‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 108 sur 378 · CHAPITRÉ VII · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VII

aussitôt après son avènement, s'était empressé d'en faire part au Pape. Cette lettre fut écrite au nom des deux empereurs d'Orient et d'Occident. Elle disait que 1 empereur jugeait convenable de donner connaissance de cet événement au Pape, comme à celui qui possédait la primauté de dignité épiscopale , et afin de solliciter ses prières pour le salut et la prospérité du nouveau règne. En même temps , il exprimait le désir, qui devait être si agréable à saint Léon , de la convocation d'un concile , l'intervention de l'évèque de Rome (te auctoré) pouvant seul apaiser les troubles et les discussions qui désolaient l'Église (4).

Cette détermination des empereurs produisit les résultats les plus favorables , avant même son exécution. Anatole , le nouvel éveque de Constantinople , déclara immédiatement , soit par conviction, soit par prudence > qu'il était prêt à satisfaire aux demandes du Pape. Un grand nombre d'évêques se trouvaient précisément à cette époque présents dans Constantinople, où ils étaient venus pour féliciter l'empereur. Abundius , éveque de Corne, Fun des légats, présenta la lettre de saint Léon à Flavien. Elle fut lue publiquement et proclamée conforme aux autorités des Pères latins et grecs, et à la foi catholique -, Anatole , le premier , y donna son consentement et y souscrivit , disant anathème à Eutychès et à Nestorius, à leur dogme et à leurs sectateurs. Tous les assistants, évêques, prêtres, abbés et diacres suivirent son exemple. Les quatre légats , Abundius et Asterius, évêques, Basile et Sénateur , prêtres , rendirent grâces à Dieu de ce consentement , et dirent aussi anathème à Nestorius, à Eutychès, à leur doctrine etàleurs sectateurs.

(1) O&m). de saint Léon, Ballerini , 1. 1 , p. 1019.

On décida , dans ce même concile , que les évêques qui avaient souscrit par crainte à la condamnation de Flavien ne communiqueraient qu'avec leurs églises. Anatole prit le soin d'envoyer aussi cette lettre de saint Léon à Flavien dans le diocèse d' Antioche , où elle obtint, comme nous l'apprend une lettre de Théodoret, un assentiment général. Théodoret lui-même la fit parvenir, munie de sa signature, entre les mains des légats. On le voit , quand les ennemis de l'Église ne se sentent plus soutenus par la puissance temporelle , ils se soumettent.

Anatole envoya au Pape une députa tion composée de Casterius , prêtre , de Patrice et Asclépiade , diacres , chargés de faire connaître à saint Léon que tous ses désirs avaient été remplis. Ils venaient en même temps lui apprendre qu'un grand mombre d'évêques qui, jusqu'à ce jour, avaient été attachés à Dioscore, lui avaient exprimé l'intention d'abandonner ce parti et de rentrer en communion avecl'évêqne de Rome. Anatole écrivait que, n'osant pas prendre sur lui une si grande responsabilité , il consultait le Pape sur la conduite qu'il devait tenir à cet égard.

Les envoyés d'Anatole quittèrent Rome, porteurs des réponses de saint Léon , datées du même jour, 13 avril 451 . Il écrivait à Anatole : « Les évêques qui témoignent du repentir de ce qui s'est passé à Éphèse et qui désirent se réconcilier avec l'Église , devront rester provisoirement , comme l'a décidé le concile de Constantinople, dans la possession de leur dignité et dans l'exercice de leurs fonctions ; mais ils seront exclus de toute communication avec leurs co-évêques et privés de la faculté de célébrer solennellement les cérémonies de l'Église dans tout autre diocèse que le leur , du droit d'assister et de voter aux conciles ou autres assemblées du clergé.

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En attendant, Anatole doit, après avoir consulté les légats et de concert avec eux , décider si , après avoir donné satisfaction entière, ces évcques pourront ou non être rétablis dans la communion de l'Église de Rome et des autres Églises. De ce nombre sont seuls exceptés Dioscore, Juvénal de Jérusalem et Eustathe de Béryùie , dont les noms ne seront point lus devant Tautel^). Nous voulons, au reste, ajoute-t-il, que Julien de Cos et les clercs qui sont demeurés fidèles à Flavien vous soient aussi attachés, et qu'ils regardent en vous, comme présent , celui (Flavien) que nous croyons vivre eu Dieu par le mérite de sa foi. Je vous recommande Eusèbe de Dorylée (2), et de prendre tant de soin de son église qu'elle ne souffre en rien de l'absence de son évêçue. Cette lettre sera rendue publique , afin qu'elle soit un témoignage de mon affection pour vous et qu'elle vous attire celle du peuple chrétien. »

Dans sa réponse à une lettre de Pulchérie, saint Léon remercie encore la sainte des services qu'elle a rendus à l'Église contre les hérésies de Nestorius et d'Eutycbès. Il lui recommande aussi Eusèbe de Dorylée, Julien de Cos, son légat, qui était toujours à Constantinople.

Anatole se conforma aux instructions du Pape et fut secondé avec vigueur par les nouveaux souverains. Déjà, trois jours après son avènement, Marcien avait publié un

(1) Cet noms ne forent donc point intérêt dans les diptyques de l'Église, où l'on inscrivait les noms des pieux évëques et qui se lisaient les jours de grande fête. (Test ainsi qu'on lit dans la lettre des évêques d'Egypte à Anatole , où ils se plaignent de Timothée : « In vencrabili diptycho in quo piae mémorise ac transitum ad ractos habemium episcopornm vocabula continentur, quse tempore sanctorum mysteriorum secundum sa ne tas régulas relegunlur, suum et Dioscurî nome posait. • Act. 3, Syn. chalc. Qnesnel. Not. 3 ad ep. LX.

(2) 11 était alors à Borne, et un successeur indigne lui avait été donné.

édit contre les clercs et les moines qui déserteraient Von thodoxie catholique et embrasseraient l'hérésie d'Apollinaire et d'Eutychès, les soumettant à toutes les peines ordonnées par ses prédécesseurs contre les hérétiques. Les évêques déposés par Dioscore furent rappelés de l'exil ; le corps de saint Flavien , transporté du lieu de son exil à Constantinople, fut reçu avec les plus grands honneurs et déposé dans le magnifique temple des douze Àp6tre9 , où reposaient les corps des empereurs et des patriarches. Pour détruire les suites funestes d'une révolution , arrêter le cours de ses excès, reconstituer la société surune base durable, il ne suffit pas de renoncer à une politique révolutionnaire , il faut, sans réactions , rétablir le culte de la vérité et de la justice , en réparant les désordres commis, en rendant aux victimes et aux martyrs les hommages publics qui sont la plus efficace condamnation des tyrans et des bourreaux, rois ou peuples.

Par*une politique de douceur unie à une juste sévérité, Pulchérie et Marcien parvinrent à ramener dans le sein de l'Église beaucoup de personnes égarées , et la quatre-vingt-unième lettre de saint Léon, adressée à Julien de Cos, prouve combien était général le désir delà réconciliation. Dans ces circonstances, et en considérant les progrès consolants que faisait l'œuvre de la réunion, il ne faut pas s'étonner si saint Léon ne regardait plus la convocation d'un concile comme d'une nécessité aussi urgente. Ce moyen lui avait paru le meilleur pour s'opposer à la faveur que Théodose accordait à l'hérésie, en soumettant l'erreur de quelques individus au jugement de l'Eglise entière. Mais les nouveaux souverains de l'Orient protégeant maintenant la doctrine persécutée par leurs prédécesseurs, le règlement définitif des affaires religieuses n'exigeait plus une mesure aussi grave ,

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