CHAPITRE I
de Stilicon , lorsqu'il songe au devoir qui lui est imposé d'épargner à un pays déjà si malheureux, et si déchiré toutes les horreurs d'une guerre civile, et il tombe victime de sa générosité. Après le massacre de Pavie , Honorius envoie contre l'illustre général des bandes pour le tuer 5 Stilicon prend la fuite, après avoir vu un grand nombre de Barbares fidèles se faire immoler pour sa défense sur le seuil de sa tente ; il se retire à Ravenne , et quoique toujours poursuivi par l'empereur, ne trouvant nulle part de sûreté pour ses jours, il se préoccupe moins encore de sa personne que du danger dont la patrie est menacée par le besoin de vengeance qui anime une armée de Barbares privés de leur chef. Cet homme, traqué comme une bête fauve , sous prétexte d'avoir cherché , à l'aide de cette même armée , à renverser le trône de son empereur , conjure toutes les villes de la Haute-Italie de fermer leurs portes aux Barbares , à ces Barbares de qui seuls il peut attendre son salut , renonçant ainsi à toute possibilité de se sauver. Dans cette époque, où tant de calamités et de divisions livraient les hommes à de si cruelles violences les uns contre les autres, la justice et l'humanité n'avaient d'autre refuge que dans le sein de l'Église qui ne reconnaissait ni Grecs, ni Romains, ni Barbares , ni vaincus, mais des êtres persécutés à protéger contre les fureurs de tous les partis vainqueurs. Celui qui avait triomphé d'Alaric et sauvé l'Empire romain, n'ayant plus où reposer sa tête et aucun secours à demander aux hommes , frappe à la porte d'une église chrétienne. Elle s'ouvre. C'était à Ravenne. Suivi de près par ses ennemis , ils se présentent devant le sanctuaire et somment l'évêque de leur livrer le général. L'évêque refuse de violer les droits sacrés de l'asile chrétien. Pour arriver à leur but, les ennemis
de Slilicon ne craignent pas de se parjurer, et font serment de respecter sa vie. Stilicon se hasarde hors du sanctuaire ; mais à peine sorti de l'église , il est frappé et reçoit la mort avec une fermeté digne du reste de sa vie.
Cette scène sanglante s'exécutait le 23 août 408; « c'était Rome , dit M. de Chateaubriand , qui portait sa tête sur l'échafaud (4). »
Par cet assassinat , Honorius se priva de son plus ferme appui et livra l'Empire sans défense aux invasions des Barbares. Tous les services rendus par Stilicon furent j
oubliés, sa mémoire vouée à l'ignominie, sa famille également sacrifiée; Eucher , fils irréprochable d'un père innocent , reçut la mort , et l'empereur répudia Thermantia, fille du vainqueur d'Alaric. Des courtisans corrompus et des écrivains vendus s'empressèrent d'imputer au grand homme , qui n'était plus là pour se défendre, des vices qui lui avaient toujours été inconnus , et de formuler contre sa mémoire des accusations contre lesquelles protestent et sa vie et sa mort. Un de ses plus grands éloges , c'est la fidélité inviolable que lui conservèrent ses amis et ses partisans , même après son assassinat ; ils préférèrent souffrir les plus cruelles tortures, et jusqu'à la mort, plutôt que de donner crédit à la calomnie de ses ennemis.
Tous les historiens varient dans leur opinion sur Stilicon et semblent se partager la passion de ses amis et de ses persécuteurs; dans notre jugement, malgré l'opposition des principaux historiens chrétiens , nous n'avons voulu tenir compte que des actes de ce grand personnage , et ils nous ont paru contredire les accusations
(1) Études hist,, (• H, pag. 104.