‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 13 sur 378 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

portées contre ce dernier des défenseurs de l'Empire romain (4).

Par la mort de Stilicon, le chef des Goths se vit délivré de son plus redoutable adversaire. Alaric n'attendait qu'une occasion favorable pour exécuter le projet auquel il n'avait jamais renoncé de s'emparer de Borne; l'imprudence de la cour ne tarda pas à la lui fournir. Honorius , croyant avoir détruit dans la personne de Stilicon le principal appui des Barbares, s'imaginait que ceux qui restaient encore dans l'Empire seraient facilement anéantis d'un seul coup. En conséquence , une conspiration , organisée par l'empereur, ayant éclaté contre eux , au même moment , dans toutes les villes de l'Italie, ils furent tous massacrés avec leurs parents et leurs serviteurs , et leurs propriétés confisquées. Ceux qui purent échapper à cette boucherie se réfugièrent auprès d' Alaric; et c'est ainsi que , par suite de cette politique insensée qui précipitait la ruine de l'Empire , les guerriers Barbares , noyau des armées romaines , à l'heure des grands dangers , devinrent les ennnemis irréconciliables d'Honorius , et n'éprouvèrent plus d'autre désir que de venger l'assassinat de leurs compatriotes. Alaric , pour trouver un prétexte de commencer la guerre , réclama le paiement des sommes qui lui avaient été accordées. On eut encore la folie de les lui refuser. Aussitôt le roi des Goths se met en mer pour la Péninsule avec une puissante armée , s'empare de la Haute-Italie qu'il pille et dévaste en vrai Barbare. Longeant les côtes jusqu'à Ariminum (Rimini) , il passe les

(l) Saint Augustin, Zosime, Orose,Tillemont, Bossiiet, se prononcent contre Stilicon; Claudien , Gibbon, Sismondi, Chateaubriand, prennent sa défense. Dans son savant ouvrage, de la Destruction du Paganisme en Occident, M. Bengnot expose un jugement impartial et fait connaître les véritables opinions religieuses de Stilicon. (Voyez les trois premiers chapitres dit tome deuxième.)

Apennins , se dirige vers l'intérieur du pays, et se présente victorieux devant les portes de Rome qu'il tient étroitement bloquée.

En traversant les Apennins , Alaric rencontra un pieux ermite qui chercha à le détourner de ses projets de vengeance, en lui représentant toutes les calamités dont il allait être la cause. Alaric lui répondit : Je n'y vais pas de moi-même, mais quelqu'un me presse et me tourmente tous les jours , en disant : Marche et va saccager Rome !

Cette voix terrible ne fut que trop facilement écoutée. Une famine effroyable décima la ville, et elle n'échappa à la destruction qu'en livrant tous ses trésors à Alaric. Il consent à négocier et demande le titre de général en chef des armées de l'Empire d'Occident , un tribut annuel , et , en outre , la cession en toute propriété de la Norique , de la Dalmatie et de Venise , afin de fonder dans ces provinces kun royaume indépendant pour les Goths. Mais la faiblesse et l'indécision de l'empereur qui se berçait encore de vains rêves d'une puissance anéantie , les intrigues de ses favoris , l'ignorance de la véritable situation de l'Empire , des troubles et des insurrections qui éclatèrent jusque dans le voisinage de la cour, empêchèrent d'accepter ces conditions et d'autres plus modérées dont Alaric offrait de se contenter. Pour comble de folie de la part des conseillers de l'empereur, ils rédigèrent le refus en termes personnellement offensants pour Alaric. Ainsi s'évanouit tout espoir d'accommodement.

Alaric se rapproche de Rome ; il s'empare d'Ostie et par conséquent des sources qui fournissaient de l'eau à la ville ; de là il dicte ses lois au sénat : Honorius est déclaré indigne de l'Empire; Attale , préfet de la ville ,

Page 1