CHAPITRE VIII. SIS
j'ai demeuré quinze ans , préférant le service de l'Église aux avantages que j'avais lieu d'espérer de ma charge. Mais Dioscore , ayant succédé à Cyrille , m'a aussitôt chassé du clergé, sans qu'il y eût contre moi ni accusation ni plainte , seulement à cause de mon affection pour Cyrille ; car il a pris à tâche de chasser de la ville, et même de faire périr, non-seulement les parents du vénérable patriarche , mais ses amis , comme ennemis delà doctrine nouvelle. Car Dioscore est hérétique origéniste et parle mal de la sainte Trinité. Il a commis des homicides , brûlé et abattu des maisons , coupé des arbres. Il a toujours mené une vie infâme : ce que je suis prêt de prouver. Enfin , il a osé prononcer une excommunication contre le Saint-Siège de Rome avec les évéques qui l'avaient suivi d'Egypte , au nombre environ de dix , qu'il a forcés de souscrire.
Théodore désigne cinq témoins et demande qu'il soient mis en sûreté.
Ischyrion : Les empereurs fournissent du blé aux églises de la Libye , où il n'en pousse point , premièrement pour le sacrifice non sanglant , puis pour les étrangers et les pauvres du pays. Dioscore n'a pas permis aux évêques de recevoir ce blé ; il l'a acheté pour le revendre bien cher en temps de disette. En sorte que, depuis cette époque, on n'a point célébré le terrible sacrifice (1), ni soulagé les pauvres et les étrangers. Péristérie , d'illustre mémoire , avait laissé par son testament une grande quantité d'or pour être distribué aux monastères , aux hôpitaux et autres pauvres d'Egypte. Dioscore se l'est fait donner et l'a distribué à des danseuses et à des comédiens. Son incontinence n'est
(1) Preuve admirable, contre les hérétiques, de la perpétuité du saint sacrifice àt l'autel.
ignorée de personne dans le pays. On voit des femmes déshonnêtes fréquenter continuellement l'évêché et entrer dans son bain, principalement la femme Pansophie, surnommée la Montagnarde , et le peuple d'Alexandrie a souvent parlé d'elle et de son amant ; il a même occasionné des meurtres.
Quant à moi , j'ai été honoré de la cléricature pour avoir longtemps servi l'église d'Alexandrie , et j'ai été employé par saint Cyrille à plusieurs voyages, particulièrement à Constantinople. Mais aussitôt après sa mort , en haine de sa bienveillance pour moi , Dioscore m'a interdit de servir aux saints mystères. Il a envoyé des moines et d'autres personnes dans mes petits héritages , d'où je tirais ma subsistance -, il a fait brûler les bâtiments , couper tous les arbres fruitiers et rendu la terre inutile , me réduisant à la mendicité. Non content de cela , il a envoyé contre moi une bande d'ecclésiastiques, ou plutôt de voleurs, avec Pierre, diacre , Harpocration et Menas , prêtres , pour me tuer et lui apporter mon corps mort. Et comme je m'étais sauvé à Alexandrie , il m'a fait prendre par Harpocration et enfermer dans un hôpital d'estropiés (1) ; il a envoyé des gens pour me tuer, comme tous ceux de l'hôpital le savent, m'en ayant délivré eux-mêmes , et il ne m'a retiré de cette injuste prison qu'après m' avoir fait promettre de sortir d'Alexandrie , tout infirme que je suis. Ischyrion nomme six témoins , même des domestiques de Dioscore.
Le prêtre Athànàse : Mon frère Paul et moi, nous étions neveux de saint Cyrille, fils de sa sœur Isidora. Par son testament, il laissa à son successeur, quel qu'il
(1) On voie que, dès le cinquième tiède, l'Église avait déjà des hôpitaux pour toutes les infirmités humaines.