C0AP1TAE VIII
fût, plusieurs legs considérables, le conjurant, par les saints mystères , de protéger sa famille et de ne lui faire aucune peine. Toutefois, Dioscore, dès le commencement de son épiscopat , nous menaça de mort mon frère et moi, et nous fit quitter Alexandrie pour venir à Constantinople , où nous espérions trouver de la protection ; mais il écrivit à Ghrysaphius et à Nomus, qui gouvernaient tout alors, de nous faire périr. Nous fumes mis en prison et maltraités en diverses manières, jusqu'à ce que nous eussions donné tout ce que nous avions en meubles , et nous fûmes même obligés d'emprunter plusieurs sommes à grosses usures. Mon frère est mort des suites de ces mauvais traitements. Je suis demeuré avec sa femme, ses enfants et nos tantes , ohar* gàdeses dettes, n'osant nous montrer. Afin qu'il ne flous restât pas de retraite , Dioscore a fait convertir nos maisons en églises.
Non content de cela , il m'a déposé de la prêtrise sans aucun sujet *, et depuis sept ans nous sommes errants ; poursuivis tant par nos créanciers que par Dioscore , n'ayant pas même la liberté de demeurer dans des églises ou des monastères. Je m'étais réfugié dans celui de la Métanée , à Ganope , qui a de tout temps été un asile; mais il a défendu que je puisse user du bain public, ni acheter du pain ou aucune autre nourriture, ffle voulant faire périr : en sorte que je suis réduit à mendier avec deux ou trois esclaves qui me restent. Les sommes qui ont été exigées de nous, tant de notre bien que des emprunts que nous avons faits , montent environ à quatorze cents livres d'or. Ces sommes ont été données à Nomus et à Chrysaphius , qui n'a pas laissé de se mettre en possession de mon bien , et d'exiger de nos tantes , sœurs de saint Cyrille , quatre-vingt-cinq
livres d'or, et quarante livres de la veuve dé mon frère et de ses enfants orphelins.
Sophronius , laïque : J'avais obtenu des ordres de la cour contre un officier d'Alexandrie nommé Macaire , qui m'avait enlevé ma femme. Dioscore a empêché l'exécution de ces ordres , disant qu'il était plus maître du pays que les empereurs, et a envoyé un diacre nommé Isidore avec une troupe de paysans , qui m'ont ôté tout ce que j'avais en habits et en autres choses pour vivre avec mes enfants ; en sorte que j'ai été obligé de m'enfuir. Je soutiens , de plus , que Dioscore a souvent proféré des blasphèmes contre la sainte Trinité , qu'il a commis des adultères et des entreprises contre le service de l'empereur, prétendant être maître de l'Egypte , comme prouvent les actes faits devant plusieurs magistrats. Plusieurs autres personnes ont éprouvé sa fureur \ mais la pauvreté ou la crainte les ont empêchées de porter leurs plaintes devant vous.
Ces quatre plaintes, ayant été lues et avouées par les parties présentes, furent insérées dans les actes. Ensuite le concile fait citer Dioscore pour la troisième fois , non pas pour répondre à l'accusation d'Eusèbe seul , mais aussi à celle des quatre nouveaux plaignants. On députa Francion , évêque de Philippopolis , Lucien de Bize et Jean de Germanie , avec Pallade, diacre et notaire. Ils portaient une citation par écrit , où le concile déclarait à Dioscore qu'il ne recevait point ses excuses et qu'il eût à venir se défendre , sous peine d'être jugé par contumace. Dioscore, persistant toujours dans les mêmes subterfuges , refusa de se présenter. Rapport fut fait au concile auquel le légat Pascasin demanda , à cinq reprises différentes , ce qu'il y avait à faire. Le concile