CHAPITRE I
est revêtu de la pourpre ; les Goths et les Romains ne doivent plus former à l'avenir qu'un seul peuple. A cette nouvelle , Honorius tremble dans son château de Ravenne ; abandonné par ses favoris et ses serviteurs , il déclare ignominieusement être prêt à partager l'Empire avec Attale. Mais cette dernière honte lui fut épargnée par l'orgueil effréné de ce parvenu qui ne voulut consentir à aucun partage de la pourpre romaine , et exigea l'abdication et le bannissement d' Honorius. Alaric renversa cet empereur d'un jour, et se montra disposé à traiter encore avec le fils de Théodose. La fidélité inébranlable de l'Afrique à la cause d'Honorius et plusieurs autres circonstances favorables, déterminèrent le roi des Goths à ces nouvelles concessions. Mais à peine le danger le plus pressant était-il passé , à peine l'empereur se vit-il seulement un peu moins menacé, que son imprudente vanité reprit ses prétentions , et lui inspira les plus fausses mesures. Par les faveurs accordées à ses ennemis , ainsi que par une attaque inattendue et perfide , Alaric fut irrité au plus haut degré , et se mit , pour la troisième fois , en marche contre Rome.
L'heure décisive où devait s'exécuter l'arrêt de la Providence avait sonné , c'était le 24 août de l'année 410, sous le pontificat d'Innocent Itr. L'historien Paul Orose nous apprend que ce pape était absent de Rome, Dieu l'ayant conduit à Ravenne , ainsi qu'il avait fait sortir Loth de Sodome , « afin qu'il ne vît pas la ruine d'un peuple pécheur (1). »
Saint Jérôme écrivait ses commentaires sur Ezéchiel , quand les cris de l'univers terrifié lui apportèrent à Bethléem la nouvelle de l'accomplissement des prophé-
(l)Paal Orose, VII, 38.
ties qu'il avait si souvent expliquées : « Rome assié- « gce , prise , pillée , ravagée par le fer et par le feu est « devenue le sépulcre de ses enfants ; la lumière de <* l'univers est éteinte, la tête de l'Empire, romain « coupée , et , pour parler plus véritablement , l'uni- « vers entier renversé dans une seule ville. »
Il raconte dans un autre endroit : « La ville qui « a pris tout l'univers est prise , ou plutôt elle périt par « la faim avant que de périr par l'épée -, et , dans une « telle désolation , on trouva à peine, dans une si grande « ville , un petit nombre de citoyens qui pussent être «c pris (1). »
Rome, l'ancienne Rome, la Rome du paganisme, avec son peuple de statues de marbre , ses chefs-d'œuvre des arts , avec toutes les magnificences dignes de la capitale du monde, disparut de la surface de la terre. Mais la Ville éternelle ne meurt que pour ressusciter ; sous les ruines de la Rome des Césars germe et pousse la Rome des Papes 5 sous la cité des dieux vit la Cité de Dieu.
Seize années après le sac de Rome par Alaric , quand ce mémorable événement remplissait encore de terreur le monde entier, saint Augustin faisait paraître l'immortel ouvrage où il rassurait , consolait et édifiait ses contemporains en leur montrant , à travers les décombres et les flots de sang , l'image rayonnante de la Cité de Dieu.
L'influence de l'Eglise catholique sur les Barbares , qui bientôt va se manifester avec tant de gloire dans la personne de saint Léon-le-Grand , seule elle réussit, dans le sac de Rome par Alaric , à protéger quelques
(1) Commentaire sur Ézéchiel. — Kp, XVI,