CHAPITRE
monuments , et ce forent des églises ; à sauver quelques victimes , et ce furent les citoyens qui .se réfugièrent dans la basilique de Saint-Paul et dans la basilique de Saint-Pierre qui avaient été assignées , par Âlaric luimême, pour asile inviolable au vainqueur.
Un chef des Goths trouve dans la maison qui dépendait d'une église une vierge consacrée à Dieu et âgée ; il lui demande son argent. Elle répond avec fermeté qu'elle en possède beaucoup et qu'elle va le lui montrer. Elle lui expose un grand nombre de vases qui excitèrent l'admiration du Barbare par leur richesse et leur beauté. Ce sont , dit la vierge , les vases consacrés à l'autel de l'apôtre saint Pierre ; prenez-les si vous l'osez , vous en repondrez. Le Barbare frappé de respect, fit connaître l'aventure à Alaric qui donna l'ordre de reporter les vases à la basilique de Saint-Pierre, et d'y conduire aussi la vierge et tous les chrétiens qui voudraient la suivre. Cette maison étant éloignée de l'église de Saint-Pierre , il fallut traverser toute la ville. Les vases sacrés furent portés un à un et à découvert 5 des deux côtés marchaient des Goths ayant à la main l'épée qui venait d'immoler tant de victimes ; les vainqueurs et les vaincus , les Bar- * bares et les Romains, suivaient cette procession chantant ensemble des hymnes à la louange de Dieu.
Les Barbares apprirent à connaître la charité , le courage et la vertu des femmes catholiques.
Lorsque Alaric entra dans Rome , Proba , veuve d'un préfet appartenant à une illustre et ancienne famille, se sauva dans un bateau sur le Tibre , accompagnée de sa fille et de sa petite-fille. Proba possédait de grands biens en Afrique 5 elle les vendit pour soulager ses compagnons d'exil et de malheur.
Après la prise de Rome , plusieurs soldats entrèrent
dans la maison qu'occupait sur le mont Aventin sainte Marcelle ; elle vivait dans la prière et la méditation des Saintes Écritures, avec une jeune fille d'une grande beauté , nommée Principia , qu'elle formait à la piété. Les soldats lui -réclamèrent son or. Elle leur répondit qu'elle l'avait distribué aux pauvres , et qu'elle ne s'était réservé que le vêtement qui la couvrait. Les Barbares la frappèrent violemment , persuadés qu'elle voulait les tromper. Sans se préoccuper d'elle-même > elle leur demanda pour unique grâce de ne pas la séparer de Principia, exposée par sa jeunesse et sa beauté à des outrages plus cruels que la mort. Les soldats furent touchés de cette fermeté , et ils conduisirent les deux femmes à la basilique de Saint-Paul.
Dans une autre maison, un soldat s' empara d'une jeune femme chrétienne remarquable par sa beauté ; n'ayant pu assouvir sur elle ses instincts de brute , il tira son épée et lui mit la gorge en sang. Inébranlable dans sa résolution , elle présenta sa tête au barbare , qui , plein d'admiration pour cette héroïque vertu, la fit entrer dans la basilique de Saint-Pierre , la recommanda aux gardes en leur ordonnant de ne la remettre qu'entre les mains de son époux (1).
Voilà cette Cité de Dieu décrite par saint Augustin , et c'est en apprenant ces faits édifiants , au milieu des horreurs de la destruction de Rome païenne, qu'il écrivit le septième chapitre de son livre 1 er, intitulé :
« Le nom de Jésus-Christ seule cause de la clémence des Barbares ; » et il dit :
« Ainsi ruines , meurtres , pillage , incendie , désola- « tion , tout ce qui s'est commis d'horreurs dans ce ré—
(1) Procop., Hist. vand. — Paul Orose, Sotomèae , HisU — S. Jérôme, Bp. XVI. — S. Aagimin, Cité de Dieu, 1. I.