‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 142 sur 378 · ONZIÈME, DOUZIÈME ET TREIZIÈME SÉANCES · texte numérisé non relu

ONZIÈME, DOUZIÈME ET TREIZIÈME SÉANCES

29 et 30 octobre 451 .

Ces deux sessions ne traitent que d'une seule affaire: celle de Bassien et d'Etienne , qui se prétendaient tous deux évêques d'Éphèse (1). Ce conflit nous présente un fidèle tableau et des mœurs de l'Église dans ce siècle, et du désordre et de l'anarchie qui régnèrent sous le #Mirernement de Théodose-le-Jeune.

Bassien est introduit dans le concile et demande lecture de la requête qu'il avait présentée à l'empereur et que celui-ci avait renvoyée au concile.

Le sénat : Quels sont les noms de ceux dont vous vous plaignez ?

Bassien : Ils sont plusieurs ; mais leur chef est Etienne, maintenant évêque d'Éphèse; il retient mon siège et mon bien.

Etienne s'adressant au sénat : Les évêques de la province d'Asie sont ici ; qu'ils viennent, et je me défendrai.

Le sénat : En attendant , répondez vous-même.

Etienne : Celui-ci n'a point été ordonné à Ëphèse , mais l'église étant vacante , il a assemblé une troupe de gladiateurs et d'autres gens armés; il y est entré et s'est

(1) Voir sur celle affaire tome I, page 160.

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assis. Après qu'il a été rejeté, selon les canons, et chassé comme il le méritait , quarante évêques d'Asie m'ont ordonné par le suffrage des nobles , du peuple , du clergé et de la ville. Il y a aujourd'hui cinquante ans que j<? suis dans le clergé d'Éphçse.

Bassien : Dès ma jeunesse , j'ai pris soin des pauvres, j'ai bâti un hôpital , où j'ai placé soi$ante-et-dix lits; j'y recevais tous les malades et les blessés (1). L'évêque Memnon en fut jaloux , parce que j'étais aimé de tout le monde , et fit tout ce qu'il put pour me chasser de la ville. Il m'imposa Jes mains et m'ordonna évéque d'Euasus ; je ne le voulais point. Il me tint devant Tautel depuis l'heure de tierce jusqu'à midi , et me maltraita : de sorte que Y Évangile et l'autel furent inondés de sang. Je n'allai point à Euasus, et je ne l'ai jamais vu. Memnon mourut -, Basile fut ordonné. Ayant assemblé le concile de la province et appris la violence que j'avais soufferte , il ordonna un autre évêque pour Euasus , et me rendit la communion avec le rang d'évêque. Il mourut aussi , et je fus placé sur le siège d'Ephèse malgré moi et avec une grande violence par le peuple, le clergé et les évêques, dont un, Qlympius, est ici présent. L'empereur confirma mon élection, Je vins à Constantinople , communiquai avec Proclus , qui m'envoya ses lettres synodiques. Je suis demeuré ainsi quatre ans; en sorte que j'ai ordonné dix évêques et plusieurs clercs. L'empereur ayant envoyé un silentiaire avec des lettres pour la paix des églises , le lendemain , au sortir de la liturgie , ils mirent les maijis sur n*oi, m'enfermèrent, m'arrachèrent l'habit sacerdotal et tout ce que j'avais,

(l) Encore une preuve de l'antiquité des établissements de la charité caiholique.

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primai un d'entre eux 9 savoir Etienne que voila , et le firent évéqne.

Etienne : Le» éveques «ont ici; qu'ils viennent déposer la vérité. Il ait entre dans l'église avec des gladiateurs , des épées et des flambeaux , et s'ert rais dans le ftége opiscopal ; c'est pour ce motif qu'il a été chassé par le irès<*aint archevêque de Rome , Léon , par le bienheunemt Flavien* par les évéques d'Alexandrie et d'Antioche -, c'«t pour ce motif encore que l'empereur envoya le primieter de6 sileniiâires , pour juger entre lui et les pauvres qu'il avait maltraités.

La sénat : Que Bassien montre qui l'a établi évéque.

il ne peut nommer qu'Olympiua , évéque de Théodo* siopolis. Olympius , interrogé, répond :

Après la mort de l'évêque Basile, j'étais chez moi; le clergé d'Éphèse me manda pour ordonner un évéque ; j'y allai, croyant que les autres éveques avaient été appelés» Après avoir attendu pendant trois jours , quelques-uns des clercs me vinrent dire '. Les autres évéques ne sont point ici , que faut-il faire ? Je leur dis : Il est contre les canons qu'un seul évêque dispose d'une église , principalement d'une si grande métropole. Comme je parlais ainsi, une grande multitude environna ma demeure ; je ne savais où j'en étais. Hs m'emmenèrent et me conduisirent à l'église , entre autres un officier, nommé Holoséricus , qui mit l'épée à la main. Ainsi deux ou trois cents hommes m'entraînèrent au siège épiscopal avec Bassien , et il y fut placé.

Bassien : II a menti.

Le sénat ayant de nouveau interpellé Etienne sur la manière dont Baçsien avait été déposé , il répète que Bassien a été condamné par l'empereur, par le Pape

Léon et par Flavien. A ce dernier nom , Cécropius, évêque de Sébastopolis , s'écrie : Seigneur Etienne , que Flavien est puissant , même après sa mort!

Il lui reproche, par ces paroles, d'avoir condamné Flavien à Éphèse.

Tous les evêques et les clercs : Il est vrai ; éternelle mémoire à Flavien! Voilà la vengeance! Voilà la vérité! Flavien vit après sa mort! Le martyr prie pour nous!

Le sénat demande l'opinion du concile.

Les evêques : La justice est pour Bassien ; que les canons soient observés.

Le sénat : Pour nous , il nous semble que ni Bassien ni Etienne ne sont dignes d'être evêques d'Éphèse, et qu'il faut en élire un autre ; mais nous laissons le tout au jugement du concile.

Le concile : Ce jugement est juste : c'est le jugement de Dieu. Vous gardez les canons et les lois.

Les evêques d'Asie se prosternent devant le concile et s'écrient : Ayez pitié de nous et de nos enfants. Si on ordonne ici un autre évêque , on fera mourir nos enfants, et la ville est perdue.

La plupart de ces evêques avaient été mariés, et ils craignaient une sédition à Ephèse , si on y envoyait un évêque élu à Chalcédoine.

Aucune décision n'ayant pu être prise dans cette séance , l'affaire est renvoyée au lendemain 30 octobre.

Le sénat : Notre assiduité au concile porte préjudice aux affaires publiques : c'est pourquoi , cherchant a finir promptement , nous vous prions de dire s'il vous est venu quelque nouvelle lumière sur l'affaire d'Ephèse.

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