‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 16 sur 378 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

c cent désastre de Rome , la coutume de la guerre eu est

« la cause. Hais ce qui s'est rencontré d'étrange et de

c nouveau, la férocité des Barbares devenue un prodige

c de clémence qui choisit , qui désigne à la multitude

« les plus vastes basiliques comme l'asile où nul ne sera

« frappé , d'où nul ne sera arraché , où les vainqueurs

« plus humains amèneront leurs captifs pour leur assurer

« la liberté , d'où les vainqueurs plus cruels ne pourront

« les emmener pour les rendre à l'esclavage, c'est au nom

« du Christ , c'est à l'ère chrétienne qu'il faut en faire

« honneur. Qui ne le voit est aveugle ; qui le voit en

t silence est ingrat; qui s'élève contre les actions des

« grâces est insensé. A Dieu ne plaise que nul homme

* sage en rapporte la gloire à ces cœurs sauvages et bar-

« hares ! Celui-là seul les a maîtrisés par le frein de l'é-

« pouvante, par les admirables tempéraments de sa dou-

a ceur , qui a dicté au Prophète cet oracle antique :

« Je visiterai leurs iniquités avec la verge et leurs péchés

« avec le fouet $ mais je ne leur retirerai pas ma misé-

« ricorde. »

Lorsque Rome n'offrit plus de butin , Alaric la quitta pour se diriger vers l'Italie méridionale, où il paraissait vouloir donner enfin à son peuple une situation fixe. Hais avant qu'il commençât à exécuter ses projets, une mort prématurée l'enleva, en 410, à Cosenza, dans la Galabre. « Il semblait, dit Bossuet, qu'il ne fût au monde « que pour accomplir son ouvrage de la destruction de « Rome. »

Alaric présente , dans l'histoire de son siècle , un phé-

kl

28 SAINT LÉON-LE-GfiAND.

nomène aussi intéressant qu'inexplicable. Hardi, entre* ' prenant , habile dans Fart de guerre , avide de butin , réunissant enfin tous les caractères disûnctifs d'un vrai ': Barbare , il se montra en même temps policé, calculateur , modéré , maître de lui-même , ne se laissant ni i étourdir par la bonne fortune, ni décourager par la mauvaise. Le but principal de tous ses efforts fut la possession de Fltalie ; il lutta avec toutes ses forces contre i son illustre adversaire Stilicon pour la conquête de ce i beau pays , mais la puissance sauvage du génie inculte 21 dut céder à la puissance supérieure du génie civilisé. ? Quand l'ingratitude et de basses intrigues ont réussi à j renverser le héros qui avait sauvé Rome de tant de pé- ;j rils , Alaric parvint enfin à faire trembler devant lui et : à humilier le sénat et le peuple ; mais cette pourpre ro- > maine qu'il a conquise , il la dédaigne pour lui-même j et la jette sur les épaules d'un obscur courtisan, Attale, , pour, bientôt après , l'en dépouiller. Le voilà maître de Rome , la domination de l'Empire est anéantie , désormais il est le seul, le véritable maître de l'Italie; c'est alors qu'il se dirige vers la Basse-Italie et reste , ce qu'il était avant ses conquêtes, Alaric, roi des Visigoths, sans songer à ceindre sa tête du diadème des empereurs d'Occident. Peut-être devons-nous voir précisément dans cette conduite étrange la preuve de son grand caractère. La conviction que son peuple était encore trop grossier et trop barbare pour conserver, par les mœurs , les lois et la suprématie intellectuelle , le pouvoir conquis par la force des armes, le détermina à préférer le titre de premier général de l'Empire romain à celui d'empereur.

Les obsèques d' Alaric furent dignes de ses exploits. Afin de dérober les restes de leur roi aux outrages des

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