‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 158 sur 378 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

concile, de préférence aux autres patriarches d'Orient-, mais cette assemblée n'avait rien dit positivement d'un privilège de juridiction , ce qui était le point réel et essentiel. L'intention du concile , de lui conférer en même temps la juridiction t ne peut donc être que supposée, mais non prouvée: et cette preuve serait d'au* tant plus difficile à donner que le deuxième canon du même concile , d'après lequel les évéques de la capitale impériale devaient jouir de la préséance d'honneur après le Siège de Rome , réserve expressément la franchise des privilèges des diocèses d'Asie , du Pont et de Thrace , ce qui serait une contradiction avec l'assertion quece concile aurait voulu placer ces diocèses sous l'autorité de l'évéqne de Constantinople ; ajoutez encore ijtrilest dit que rien n'est changé à la juridiction des métropolitains. Il est vrai que les évéques de Constantinople avaient entendu ce canon dans ce sens , comme s'il leur eût donné aussi la juridiction : ce qui était naturel , la chose étant si conforme à leurs intérêts , et ils l'avaient même exercée , depuis cette époque , en diverses circonstances. L'importance de cette ville , résidence de l'empereur et de toutes les autorités supérieures , centre de l'Empire pour tout l'Orient , ne pouvait manquer de favoriser leurs prétentions ; et les empereurs d'Orient cherchaient aussi , comme de raison , à donner à leur capitale autant de puissance , d'éclat et de prépondérance qu'il leur était possible. Les évéques <pn en dépendaient devaient aussi voir avec satisfaction leur patriarche jouir d'un semblable privilège, puisque, plus il avait de puissance, plus il pouvait défendre avec efficacité leurs intérêts auprès de l'empereur; ils ne demandaient donc pas mieux que de lui accorder le pri vi-

lége qu'il réclamait, alors même qu'aucune décision de l'Église ne l'autorisait.

A ces motifs se joignaient peut-être des considérations d'une nature plus générale. La triste expérience des dernières années avait suffisamment appris combien était dangereuse pour le repos de l'Eglise la prépondérance que le patriarche d'Alexandrie possédait en Orient. Le monachisme , qui s'était principalement étendu en Egypte où il jouissait d'une grande influence, dépendant presque entièrement de ce patriarche , pouvait facilement , comme on l'avait vu sous Théophile et sous Dioscore, être exploité par lui , dans un but d ambition et au détriment de la liberté universelle de l'Eglise. Or, nous voulons bien le croire, le concile pensait peut-être que le meilleur moyen de remédier à ce péril serait d'accorder au siège de Constantinople des privilèges qui le mettraient en état de maintenir celui d'Alexandrie dans des limites convenables. Gomme s'il n'était pas plus simple et plus prudent de s'en tenir au pouvoir modérateur départi au Siège de saint Pierre par Jésus-Christ lui-même! Mais , on le découvrit plus tard, le nouvel évêque de Constantinople, Anatole r n'était pas exempt de projets ambitieux, et la décision du concile fut due principalement à ses sollicitations auprès de l'empereur , pour le moins autant qu'aux raisons que nous venons d'exposer.

Le Pape ne pouvait entrer dans de semblables considérations. Intimement convaincu que ses fonctions de pasteur suprême lui imposaient l'obligation de veiller au salut de l'Église universelle , Léon devait nécessairement mettre de côté l'utilité ou même la nécessite' locale de ces décisions, pour ne les contempler que

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