CHAPITRE IX
dans leurs rapports avec l'Église en général , et pour examiner jusqu'à quel point elles pouvaient être avantageuses ou nuisibles à son avancement. Sous cet aspect, elles durent se présenter à lui dans un jour bien différent. Il était évident qu'en accordant un semblable privilège an siège de Constantinople , on lui donnait, dans rOrient , la même prépondérance qui avait été précédemment accordée à celui d'Alexandrie , prépondérance qui , à cause de l'importance politique de la capitale , pouvait produire de graves abus et devenir dangereuse pour l'Église universelle. L'éventualité d'une séparation devenait beaucoup plus facile à prévoir , dès que la direction de tout l'Orient se trouverait dans les mains d'un seul évêque. Ce ne fut donc pas un mouvement d'égoïsme ou de jalousie, mais la pensée du bien pour la chrétienté entière , dans le présent et dans l'avenir, niais la prévoyance d'une politique aussi habile qne profonde , qui imposa an Pape le devoir de s'opposer énergiquement à ce canon. D'ailleurs, ce canon violait ouvertement la justice en ce qui regardait la juridiction des métropolitains d'Éphèsc et de Césarée , dont Tindépendance était fondée snr d'anciens décrets de l'Église légalement rendus. Saint Léon avait deviné les fatales conséquences de cette faute ; car la séparation de l'Église d'Orient, exécutée par l'ambition, appuyée sur la prépondérance accordée au siège de Constantinople, a pris son origine dans les privilèges accordés par le concile de Chalcédoine (1).
Pour faire triompher de nouveau le droit , la justice, l'intérêt universel de l'Église, saint Léon eut encore à vaincre les résistances les plus opiniâtres et les plus con-
I) Voyei Arendl, Vie de smrt Léon , p. 315 a SI t.
sidérables. Lucien, évêque, et Basile, diacre, arrivèrent à Rome porteurs de lettres de l'empereur Marcien, de l'impératrice Pulchérie, d'Anatole, évêque de Constantinople , et de Julien de Cos 5 tous demandaient avec instance au Pape d'approuver le vingt-huitième canon du concile de Chalcédoine. Mais toutes ces démarches ne purent ébranler la fermeté de saint Léon. Les renseignements donnés par les légats , à leur retour , n'avaient fait que l'affermir davantage dans son opinion. Ils lui présentèrent cette affaire -comme le résultat de l'ambition d'Anatole. Pendant leur long sér jour à Constantinople, tant avant qu'après le concile, les légats avaient eu une foule d'occasions d'apprendre par eux-mêmes à connaître la véritable situation des choses et le caractère d'Anatole : c'est là ce qui explique la vivacité des sentiments hostiles manifestés contre eux par cet évêque dans sa lettre au Pape.
Toutes les réponses de saint Léon sont datées du 22 mai 452 (1). Il écrit à l'empereur: « Je vois avec peine que l'esprit d'ambition veut continuer le trouble qui vient d'être apaisé par le concile. Anatole , en voulant augmenter illicitement ses privilèges, diminue son propre mérite. Que là ville de Constantinople , comme nous le souhaitons , ait sa gloire et que , par la protection de Dieu , elle jouisse longtemps du règne de votre clémence. Mais autre est la nature des choses du siècle, autre la nature des choses de Dieu 5 et hors de cette pierre , que le Seigneur a posée pour fondement, nulle condition ne sera stable ; qui convoite ce qui ne lui est pas dû perdra même ce qui est à lui. Qu'il suffise à cet homme que , par l'intervention de votre piété et
(1) Bp. civ, cv, cvf , cvu. — Bail.
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l'assentiment de notre faveur, il ait obtenu l'épiscopat d'une si grande ville. Qu'il ne dédaigne pas la cité impériale , parce qu'il n'en peut faire un siège apostolique } qu'il n'espère nullement pouvoir s'agrandir aux dépens des autres. Les privilèges des églises , institués par les canons des saints Pères et fixés par les décrets du vénérable concile de Nicée , ne peuvent être ébranlés par aucune improbité , ni changes par aucune nouveauté. C'est à quoi je dois veiller sans cesse; car la dispensation m'en est confiée , et je me rendrais coupable si les règles des Pères étaient violées par ma connivence , et si la volonté d'un seul de mes frères pouvait plus sur moi que l'utilité commune de toute la maison du Seigneur. Après avoir détruit l'hérésie , réprimez aussi
l'ambition et faites en sorte qu'Anatole obéisse aux $/es, conserve la paix et ne se croie pas tout permis pour avoir osé , sans aucun exemple et contre les canons, ordonner l'évêque d'Antioche , entreprise que je n'ai pas voulu punir, dans le désir de rétablir la paix et la foi. Qu'il cesse donc d'outrager les règles ecclésiastiques , de peur qu'il ne se retranche lui-même de I Eglise universelle. »
La lettre à Pulchérie se termine par ces paroles : « Qu'Anatole considère à quel homme il a succédé, et que, repoussant tout esprit d'ambition, il imite la foi de Flavien, sa modestie, son humilité, qui l'ont élevé jusqu'à la gloire de confesseur. S'il veut reproduire l'éclat de ses vertus, il sera louable, il gagnera l'affection de tout le monde. A cette condition , nous lui promettons notre cœur, ainsi que l'inaltérable dilection du Siège apostolique pour l'église de Gonstantinople. La piété de votre foi étant unie avec le Siège apostolique, nous annulons et cassons, par l'autorité du bienheureux
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Pierre , apôtre , toutes les conventions données par les évéques en opposition avec les canons faits dans le coq* cile de Nicée. »
Dans sa lettre à Anatole , le Pape lui rappelle, et l'ordination illégale de Maxime d'Antioche , et de vouloir, par ses prétentions , faire perdre au siège d'Alexandrie le second rang, à celui d'Antioche le troisième, dépouiller de leurs privilèges tous les métropolitains qui l'entourent. Saint Léon continue: « Attentat inoui, dont vous êtes tellement préoccupé que , du saint concile, uniquement assemblé pour éteindre l'hérésie et confirmer la foi catholique, vous en avez fait l'instrument de votre ambition et l'avez poussé à être de connivence avec vous : comme si on ne pouvait rejeter ce quune multitude a voulu iliieitement, et comme si quelqu'un pouvait détruire les règles de Nicée , établies par l'Esprit vraiment Saint. Les envoyés do Siège apostolique) qui présidaient au concile en notre place , ont résisté avec une louable constance à vos entreprises. On ne peut en douter, puisque vous vous en plaignez dans votre lettre , ce qui fait leur éloge et vous accuse. Les saints Pères qui , à Nicée , ont établi des lois qui dureront jusqu'à la fin du monde, vivent chez nous et partout l'univers dans leurs constitutions ; tout ce qu'on attente contre elles est cassé sans délai. Cessez, mon frère , de fatiguer les oreilles des princes chrétiens par des demandes effrontées. Le règlement fait par des évêques , il y a soixante ans , dites-vous , ne favorise en rien votre prétention; car, n'ayant pas été communiqué par vos prédécesseurs au Siège apostolique, ce règlement a été, dès l'origine , frappé de nullité, et l'usage que vous voulez en faire est aussi tardif qu'inutile* J'aime tellement tous mes frères, que jamais je n'accor-