‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 17 sur 378 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Romains 9 les Goths détournèrent les eaux du Bisenzio pour ensevelir Alaric dans le lit de cette rivière qui coule au pied des murs de Cosenza. Ayant comblé la fosse avec une foule d'objets précieux et les corps des prisonniers qui l'avaient creusée , pour s'assurer du secret, ils firent reprendre aux eaux leur cours naturel, et leur murmure calme et solitaire se fît entendre , comme de coutume, sans que le passant pût se douter qu'elles cachaient le corps du destructeur de l'Empire romain.

La politique prudente d1 Alaric fut suivie par Ataulf , son beau— frère et son successeur. Quoique tombée si bas , Rome, avec le souvenir de son ancienne puissance, inspirait encore une sorte de respect et d'effroi qui semblaient menacer d'une ruine inévitable quiconque oserait renverser un tel colosse. D'un autre côté , Ataulf se montra plus convaincu encore qu' Alaric de l'impossibilité de fonder , dès à présent , un Empire barbare qui pût avoir quelque durée ; il s'exprima hautement à ce sujet , déclarant qu'il fut un temps où son désir le plus vif avait été la destruction du nom romain et la conquête de toutes les possessions romaines , enfin l'établissement d'un Empire Goth qui remplaçât l'Empire fondé par Auguste ; mais l'expérience lui ayant démontré que les Gotbs , par leur caractère sauvage et indompté , étaient incapables de se soumettre au respect des lois , sans lesquelles le maintien d'un État n'était pas possible, il avait pris la résolution de préférer à la gloire de fonder un tel Empire celle de défendre l'Empire romain \ c'est pourquoi, ajoutait-il, il se décidait à traiter de la paix avec Honorius et à lui offrir le secours de ses armes pour vaincre ses ennemis et raffermir son autorité dans les provinces insurgées.

Cet appui inespéré contribua beaucoup à soutenir en-

core pendant quelque temps l'Empire ébranlé; mais s'il retarda , il ne put empêcher sa chute. Quand l'Italie, après des calamités si affreuses , put jouir d'un repos passager , quand plusieurs lois sages vinrent essayer de guérir les profondes blessures du pays , l'insurrection ne fit qu'éclater avec plus de violence dans les provinces ; les usurpateurs qui se succédèrent en si grand nombre prouvèrent à quel point l'autorité de Rome était annulée hors de l'Italie.

En Afrique , province qui était toujours restée si fidèle à l'empereur, Héraclius, le meurtrier de Stilicon, se souleva , prit la pourpre et se montra , avec une flotte assez considérable, sur les côtes de l'Italie. Mais sa lâcheté ne lui ayant pas permis de soutenir son entreprise en face du danger, il expia sa révolte par une mort ignominieuse.

En Gaule et en Espagne , Constantin , fils du roi des Bretons , avait conservé pendant longtemps le pouvoir, lorsqu'un de ses généraux , nommé Gerontius , se souleva contre lui , revêtit de la pourpre son ami Maxime , et pénétra dans la Gaule méridionale , pour attaquer Constantin lui-même. Constant, le fils de ce dernier, qui avait quitté le repos du cloître pour venir partager avec son père le fardeau du pouvoir, fut fait prisonnier et mis à mort. Constantin ne dut son salut qu'à l'approche d'une armée romaine , commandée par Constance , Romain de distinction. Mais si , pour le moment , il échappa au danger dont Maxime le menaçait , ce ne fut que pour recevoir plus tard la peine méritée par son usurpation. En vain Constantin appelat— il à son secours les Huns et d'autres peuples Barbares, Constance , qui rendit aux armes romaines un reste de leur ancien éclat , défit les Barbares , et Constantin es-

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