‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 162 sur 378 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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Pf. LV.

Soulèvement des moines en Palestine contre le concile. — Théodose, chef des révoltés. — Violente émeute à Jérusalem. — Courageuse résistance des moines orthodoxes. — Saint Eulhymius, saint Gérasime, l'abbé Gélase. — Actes et lettre de l'empereur Martien contre les révoltés. — Lettre de saint Léon. — Réintégration de Juvénal a Jérusalem ; il écrit à saint Léon ; réponse du Pape. — Élection d'un nouveau patriarche à Alexandrie. — Soulèvement des moines en Egypte. — Timothée Élure , chef des révoltés. — Protérius écrit à saint Léon; réponse du Pape. — Belle lettre de saint Léon à Théodore!. — Mort de Théodore! et de sainte Pulchérie.

Toutes les tentatives du Saint-Siège et de l'Empire , pour le rétablissement de l'union et de la paix, échouèrent devant l'opiniâtreté passionnée des hérétiques et

de leurs partisans. Des mouvements séditieux éclatèrent, plus dangereux encore que les précédents , et qui menaçaient de porter à l'Eglise de nouvelles et plus profondes blessures.

Nous avons dit que les moines formaient la principale force du parti de Dioscore et d'Eutychès. Les décisions du concile furent reçues avec joie et avec respect par les plus purs et les plus saints solitaires : par saint Siméon Stylite , saint Sabas , saint Euthymius , Gélase et tous ceux qui suivaient leur direction 5 mais une multitude de ces moines, attachés par intérêt et par système à la cause de l'hérésie , accueillirent avec colère la déposition de Dioscore et le bannissement d'Eutychès. En perdant Dioscore, ils perdaient leur protecteur, l'autorité et la prépondérance dont ils avaient joui jusqu'à ce jour dans les provinces où ils étaient les plus nombreux, en Palestine, en Syrie, en Egypte. Dans la personne d'Eutychès, ils révéraient l'archimandrite, l'homme qui partageait et leur manière de vivre et leur croyance ; à leurs yeux , il était le martyr de la vie monastique. Gomme on pouvait facilement le prévoir, cette foule si portée au fanatisme, toujours prête à suivre les inspirations aveugles du moment et les suggestions du premier chef audacieux qui saurait s'emparer de ses passions , commencerait par témoigner un vif mécontentement des décrets du concile et s'y opposerait ensuite ouvertement. Il ne manquait, en effet, à ces moines que la présent** dun homme entreprenant, qui oserait exprimer les sentiments qui agitaient les masses et les diriger vers un but commun. Tous les éléments de la plus menaçante insurrection existaient déjà, et une fois Fexplosion faite , il était difficile de savoir comment elle se terminerait. L'Église

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d'Orient renfermait encore dans son sein trop de matières inflammables, restes des temps malheureux qui avaient précédé le concile, et il Suffisait d'une étincelle pour allumer Un ilnmense incendie ; l'étincelle fut jetée, 4t l'Égliie sfc vit exposée de nouveau au plus imminent danger) mais la sage modération de l'empereur, sa conduite prudente préservèrent la société chrétienne de maux plus terribles et apaisèrent le tumulte avant qu'il ne a'étendît sur un plus vaste théâtre.

Au nombre des moines présenta à Chalcédôine^ et qui avaient été attirés par l'intérêt que présentait un concile oecuménique, si important j particulièrement pour eux , se trouvait Théodose de Palestine. Convaincu de crime par son évéque> il avait été chasse de son monastère. 9'étant réfugié h Alexandrie, il attaqua Diôs» core , fut fouetté comme séditieux, promené par la ville sur un chameau* Ces disgrâces ne le découragèrent pas. D'un esprit audacieux, dévoué à la personne et aux doctrines d'Eutychès, il était prêt à tout risquer pour les défendre. Ce zèle pour l'hérésie lui avait acquis l'amitié d'un grand nombre de ses confrères, et son génie adroit et énergique , qui ne cédait point à la violence et ne craignait point d'en commettre pour son propre compte, lui avait donné une grande influence sur les masses. Il paraît avoir assisté au concile avec le fameux Barsumas, en qualité de député du parti des moines dévpués à Eulychès. Il suivit avec un intérêt passionné les premières séances, et, à peine l'affaire de Dioscore et d'Eu» tychès fut-elle décidée, qu'il quitta précipitamment la ville pour retourner en Palestine. Là, il parcourut les déserta qui entourent Jérusalem et qui étaient habités par une foule innombrable de moines et de solitaires, criant : « La foi a été anéantie par le concile : il a en-

seigné deux Fils , deux personnes , deux Christs. Dioscore, notre protecteur, a été déposé 5 Eutychès , notre ami, notre confrère, le vénérable archimandrite, a été déclaré hérétique et banni. Toute vérité, toute justice est chassée de l'Église , puisque l'on a expulsé de pareils hommes. Ce Juvénal, cet évêque de Jérusalem , qui , au concile d'Éphèse, s'était hautement et publiquement déclaré pour Eutychès , qui avait reconnu sa doctrine pour la seule véritable , obéissant aux autorités du jour, a apostasie. » Quand Théodose vit que les esprits commençaient à fermenter, il se prononça ouvertement, avertit chacun du danger qui le menaçait et du devoir qui lui était imposé.

Au milieu de cette agitation , Juvénal revint du concile à Jérusalem. A peine le bruit s'en est-il répandu que l'émeute éclate. Les moines sortent en foule de leurs solitudes ; leur haine , leur colère , qui depuis longtemps couvaient en secret, rencontrent enfin un objet sur lequel ils peuvent frapper. L'évêque était un traître à la foi , indigne de son siège 5 il avait condamné l'innocent, le pieux, l'orthodoxe Eutychès, et abandonné la doctrine qu'il avait jurée à Éphèse. Il était temps qu'il rendît compte de sa conduite-, il n'avait d'autre parti à prendre que de rétracter solennellement tout ce qu'il avait fait à Ghalcédoine -, s'il s'y refusait, c'était une preuve qu'il voulait persévérer dans l'erreur, qu'il ne se repentait pas de son apostasie, et la mort n'était pas un châtiment trop sévère pour un si grand endurcissement. Juvénal, ne voulant point se soumettre à tant d'ignominie et ne pouvant apaiser l'émeute de ces moines furieux, se sauve pendant la nuit et retourne à Constantiuople. Aussitôt l'insurrection se répand dans toutes les rues de

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