CHAPITRE X
la ville. Jérusalem ressemble à une place prise d'assaut par l'ennemi; des actes de violence de toute nature sont commis; on attaque par le fer et la flamme le parti opposé et surtout les prêtres ; on rend la liberté aux criminels et aux prisonniers ; l'autorité des lois est suspendue. Eudocie, veuve du dernier empereur, qui pleurait dans un couvent à Jérusalem le pouvoir qu'elle avait perdu et la cbute de ses amis , ne fut pas étrangère à tous ces mouvements. Elle espérait, du fond de sa retraite, amener une réaction qui s'étendrait dans tout l'Orient , et qui la vengerait de ceux qui l'avaient renversée. Afin de régulariser le soulèvement et de donner aux masses un centre , de l'unité et de la puissance, Eudocie se rattacha à Théodose et le fit élire patriarche de Jérusalem, en remplacement de Ju vénal.
L'insurrection ayant un chef, Théodose combattit sans ménagement la doctrine de Ghalcédoine. Quiconque ne prononçait pas l'anathème contre le concile et le Pape était déposé , s'il était évêque ou prêtre , et sa place donnée à un partisan d'Eutychès; s'il était laïque, on ne craignait pas de le punir par toutes sortes de cruautés. Pour se venger de n'avoir pu assassiner Juvcnal , les révoltés tuèrent Sévérien , évêque de Scythopolis. Les femmes elles-mêmes furent odieusement maltraitées. La terreur et la persécution, à l'usage des hérétiques , des révolutionnaires et des tyrans de tous les siècles , n'épargnaient ni l'âge , ni le sexe , ni les positions les plus sacrées. Un diacre , nommé Âthanase , eut un jour le courage de dire à Théodose , au milieu de l'église , au moment où il était assis sur son trône : « Gesse de faire la guerre à Jésus-Christ et de dissiper son troupeau, et connais enfin l'affection que nous portons à notre véritable pasteur; nous ne saurions entendre la
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voix de l'étranger. » A peine eut-il prononcé ce» paroles , qu'il fut jeté dehors par les satellites de Théodose 9 et après lui avoir fait souffrir toutes sortes de tourments, on lui coupa la tête; son corps fut traîna dans toute la ville et donné, en pâture aux chiens. L'Église honore la mémoire de ce martyr, le 5 juillet. Le diacre Athanase ne fut pas seul à résister aux impiétés et aux violences de Théodose. Les grands crimes font naître les grandes vertus. A cette époque vivait en Palestine un saint célèbre par Be& austérités et l'influence qu'il exerçait dans le pays. Euthymius sortait d'une noble et riche famille de la petite Arménie. Dès l'âge le plus tendre , il se distingua par sa piété , son humilité, son amour de la solitude. Il fut ordonné prêtre et nommé supérieur général de tous les monastère» du diocèse dans lequel il habitait. Souvent il se retirait dans un couvent du nom de Saint-Polyeucte auquel il avait la plus grande dévotion. Habituelle* ment il passait les nuits en prières sur une montagne voisine , depuis l'octave de l'Epiphanie jusque vers la fin du Carême. Son amour pour la solitude s9 augmentant de plus en plus , il prit la résolution de se retirer entièrement du monde. Il sortit donc secrètement de son pays , à l'âge de vingtntieuf ans , pour se rendre en Palestine. Son premier soin ftit de visiter les lieux saints à Jérusalem 5 puis il s'enferma, à deux Keues de cette ville , k Pharan , dans une cellule située auprès de la laure de ce village. Une laure était un certain nombre de cellules écartées les unes des autres , et non placées sous le même toit , comme dans un monastère. Là , dégagé de tout attachement aux choses terrestres, il ne vivait qu'avec Dieu , et se livrait à ces austérités qui étonnent la mollesse et la sensualité des chrétiens de
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nos jour», et que les mécréants calomnient, faute de pouvoir les comprendre. Saint Euthymius possédait le don des larmes à un degré éminent. Aux exercices de la plus sublime piété, il joignait le travail des mains, qui consistait & faire des paniers. Le produit de ce travail était un fonds plus que suffisant pour fournir à ses besoins , et il y trouvait encore de quoi assister les pauvres. Cinq ans après, il se retira du côté de Jéricho, arec un saint ermite nommé Théoctiste. Ils s'enfer* menait tous deux, à quatre lieues de Jérusalem , dans une caverne ou ils ne vivaient que d'herbes crues; ils y resterait longtemps inconnus, mais ils finirent par être découverts. La vie de ces grands solitaires est trop souvent méconnue, même par des chrétiens, et considérée comme l'égoïsme d'une piété inutile à la société. La prière seule des saints est un service immense rendu au monde dont die sauve un grand nombre d âmes, et auquel elle épargne souvent de terribles épreuves ; mais , sous un autre point de vue , ces solitaires , dans leur austère isolement, étaient encore très-utiles, comme le prouve l'histoire et surtout la vie du plus illustre de ces moines, saint Siméon Stylite, contemporain de saint Léon-»le-Grand. Les évoques, les docteurs, les princes venaient les consulter sur les questions les plus graves de dogme ou de discipline , dans les moments de crise et de troubles. Leur influence sur les populations était prodigieuse , et leur intervention suffisait pour prévenir on étouffer des révoltes. Nous aurons occasion de cons~ tater ce fait, en parlant des autres saints qui ont vécu dans le siècle de saint Léon.
Quand la retraite de saint Euthymius et de saint Théoctiste eut été découverte , on vint les visiter de toutes parts. On sollicitait comme une faveur inappré-
ciable d'être admis au nombre de leurs disciples. Vers Tan 41 1 , Euthymius se détermina à en recevoir. Ils furent bientôt assez nombreux pour bâtir un monastère dont il confia le gouvernement à Théoctiste. En 420, Euthymius construisit une laure aux environs de ce monastère , sur le chemin de Jérusalem à Jéricho. lamais il ne voulut diriger ses moines par lui-même. Il vivait toujours dans un ermitage écarté, où les supérieurs venaient prendre ses avis le samedi et le dimanche. Les moines avaient aussi la liberté de le consulter les mêmes jours ; il les recevait avec une charité et une humilité qui lui gagnaient tous les cœurs. Dieu favorisa son serviteur du don des miracles. Aspebète , prince arabe et idolâtre, avait inutilement consulté les médecins et les magiciens pour rendre la santé à son fils Térébon, dont une paralysie avait desséché la moitié du corps. On le présenta au saint, qui le guérit avec le signe de la croix accompagné d'une courte prière. Aspebète, frappé de ce prodige, demanda le baptême et prit le nom de Pierre. Sa conversion fut suivie de celle d'un grand nombre de Sarrasins; et Ju vénal, patriarche de Jérusalem , le sacra évêque de ces nouveaux chrétiens. En 431 , il assista au concile tenu à Épbèse contre Nestorius.
Le bruit de la guérison miraculeuse de Térébon attira auprès de saint Euthymius un grand nombre de malades qui, se trouvant aussi guéris par la vertu de ses prières , propagèrent au loin sa réputation. Son humilité , jointe à son amour pour la retraite , qui ne pouvait s'accorder avec une affluence de monde presque continuelle , lui fit prendre la résolution de changer de demeure , et d'aller se confiner dans le désert de Rouba , appelé aujourd'hui le désert de la guaiuntaine,