‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 165 sur 378 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pour les novices et les jeunes gens. Les cellules de la laure étaient pour les moines plus avancés dans la per~ fection. Ils y demeuraient seuls pendant cinq jours delà semaine, depuis le lundi jusqu'au vendredi, et quand ils en sortaient, ils laissaient la porte ouverte pour montrer qu'ils n'avaient rien dont les autres ne pussent se servir, s'ils voulaient. Le samedi et le dimanche ils venaient communier au monastère. Saint Gérasime mourut en 454 , le 5 mars , jour auquel l'Église honore sa mémoire.

Un autre abbé, du nom de Gélase , défendit aussi le

concile de Cbalcédoine contre Théodose. Celui-ci , dès

le commencement de son schisme , alla trouver Gélase

fans son monastère , et lui parla contre le concile ,

comme ayant autorisé le dogme de Nestorius. Gélase ,

connaissant le personnage , amena un jeune enfant du

nombre de ses disciples , qu'il avait ressuscité , étant

mort par accident , et dit à Théodose : Si vous voulez

disputer sur la foi , voici qui vous répondra 5 car je n'ai

pas le loisir de vous entendre. Théodose se retira dans

la confusion. Quand il eut usurpé le siège de Jérusalem ,

il envoya chercher l'abbé Gélase , et usant de caresses

et de menaces , il le fit entrer dans le sanctuaire , et

lui dit : Ànathématisez Ju vénal. Gélase lui répondit

avec une calme fermeté : Je ne connais point d'autre

évêque de Jérusalem que Juvénal. Théodose craignant

que cet exemple ne fût contagieux , le fit chasser de

l'église. Les schisma tiques se saisirent de sa personne,

le placèrent sur un bûcher, menaçant d'y mettre le feu 5

mais lorsqu'ils le virent inébranlable , ils lui rendirent

la liberté , craignant un soulèvement du peuple , à

cause de sa grande réputation.

Voici un trait touchant de la chanté et du désinté-

ressèment de Gélase. Il possédait un livre écrit sur parchemin , contenant l'Ancien et le Nouveau Testament , qui valait dix-huit sous d'or. Il l'avait placé dans l'église, afin que tous les frères le pussent lire. Un moine étranger le déroba, et le saint vieillard, qui s'était aperçu de ce vol , ne poursuivit point le coupable. Celui-ci se rend dans la ville, cherche à vendre le livre et en démande seize sous d'or. La personne qui voulait l'acheter courut consulter Gélase qui lui dit : Achetez-lé, il est beau et vaut bien ce prix. L'acheteur dit au voleur : Je l'ai montré à l'abbé Gélase, et il m'a dit que c'est trop cher, et qu'il ne vaut pas le prix que vous demandez. Le voleur : Ne vous a-t-il rien dit de plus ? Non , répondit l'autre. Le voleur ajouta : Je ne le veux plus vendre-, et, touché de repentir, il vint trouver Gélase , et lui voulut rendre son livre ; mais il refusa de le reprendre. Le moine lui dit: Si vous ne le reprenez; je n'aurai point de repos. Il le reprit donc , et le moine étranger, converti par cet acte de charité, resta avec Gélase jusqu'à sa mort (1).

Tels sont les hommes qui défendaient , en Palestine , la vérité , la justice et l'humanité contre les attaques des hérétiques et des schisma tiques.

Aussitôt que Marcien eut reçu la première nouvelle de la fermentation qui régnait parmi les moines , il donna l'ordre au général qui commandait dans la province de renforcer la garnison de Jérusalem, car il prévoyait que cette ville deviendrait le point central de la révolte. Cette mesure arrêta le cours des violences. M ais Juvénal étant absent et le parti de Théodose fort nombreux et

(l) Voyez la vie de saint Eulhymiui, par le moine Cyrille, dans AnalecU Crac, par D. Lottin; Cotelier, Monum. Grœc; Bollandus et Baillet.

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