CHAPITRE X
tort répandu parmi le peuple , l'évêque scliisma tique se maintint encore pendant vingt mois sur son siège, où il continua à exercer un pouvoir absolu. A la vérité, la présence de la garnison l'empêcha de se livrer à ses cruautés ; mais la situation illégale des affaires demeura ia même. Les moines, qui se sentaient gênés par les fonctionnaires impériaux , écrivirent à Pulchérie , pour se plaindre avec amertume des soldats, une lettre qui servit elle-même à donner la preuve de toute la perversité de leurs dispositions. L'empereur Marcien se chargea de leur faire une réponse sévère : « Au lieu de vivre en repos, de vous faire instruire par les prêtres, et d'obéir à leur doctrine , comme vous y êtes obligés par votre profession , vous avez entrepris , par une audace violente , de vous faire docteurs des peuples; vous vous êtes follement persuadés qu'il fallait plutôt vous suivre en la science de Ja foi , que les saints Apôtres , les Prophètes et les Pères de l'Église. Vous ne pouvez nier les crimes dont vous vous êtes rendus coupables; les maisons et les monastères truies , les homicides et les autres violences commis dans Jérusalem , comme dans une ville prise d'assaut. Je ne puis assez in étonner qu'ayant anathématisé Eutycliès, vous adhériez à Théodose, homme de la dernière audace , qui suit toutes les opinions de cet hérésiarque, de Valentin et d'Apollinaire ; Jésus-Christ, notre Seigneur, ne manquera pas de faire justice de tant d'impiétés. A l'avenir, vous vous abstiendrez de toutes assemblées contraires aux canons , sous peine d'encourir les peines établies par nos prédécesseurs contre les hérétiques. L'évêque Juvénal s'étant employé auprès de moi, avec beaucoup de chaleur, pour obtenir votre grâce , je la lui accorde , espérant que par la pénitence vous expierez les crimes que vous avez commis. »
La nouvelle de l'insurrection était arrivée aussi à Rome ; les premiers avis furent vagues et incertains , et le Pape désirant se procurer des rapports positifs sur le véritable état des choses , écrivit à son légat à Constantinople, l'évêque Julien de Cos : a J'ai appris que l'esprit des moines de la Palestine est depuis quelque temps dans une grande agitation , mais je n'en connais pas la véritable cause , et ne sais si elle provient de leur attachement pour Eutychès ou de leur irritation contre Ju vénal. » Cette lettre était à peine expédiée que des nouvelles plus circonstanciées arrivèrent de la part de Julien , qui faisait connaître l'origine et la suite de cette affaire. En même temps, le Pape fut instruit des mesures que l'empereur avait prises. Saint Léon remercia Marcien et Pulchérie de leurs efforts pour maintenir la paix de l'Église et loua la conduite prudente et modérée de l'empereur. Par la même occasion, il s'acquitta d'une commission que ce prince lui avait donnée. Marcien ayant connaissance de la part qu'Eudocie avait eue à tous ces mouvements, mais respectant trop dans sa personne la dignité dont elle avait été revêtue , pour agir publiquement contre elle , Marcien , disons-nous , avait prié confidentiellement le Pape de tenter une démarche auprès d'Eudocie afin de lui faire sentir ce qu'il y avait de peu convenable et même de criminel dans sa conduite. Saint Léon s'empressa d'adresser une lettre dans ce sens à Eudocie *, et engagea en outre son gendre Valentinien à lui faire, de son côté , quelques représentations.
En cette même année 453, il écrivit aux moines révoltés une lettre éloquente dont voici l'analyse : «La première cause de tous les malheurs est une interprétation erronée delà doctrine de l'Église, occasionnée sans doute par une fausse traduction de ma lettre à Flavien. Ni Bu-