CHAPITRE X
tychés qui enseignait le mélange des deux natures, ni Nestorius qui admettait une distinction de deux personnes , ne peuvent donner une juste idée du Rédempteur. Celui qui ne croit pas que Jésus-Christ ait été vrai homme et ait participé à notre nature , ne peut participer h la Rédemption accomplie par le Christ dans cette nature humaine. Ce n'est que parce qu'il a pris notre corps , que dans ce corps il s'est offert lui-même, a souffert , es* mort et est monté au ciel, que nous pouvons avoir part à ce Corps et à tous les bienfaits qui en émanent. Léon explique avec une grande clarté en quoi consiste Terreur des Nestoriens , des Apollinaristes et d'autres hérétiques , et il s'attache surtout à préciser le rapport qui existe entre Eutychès et Apollinaire. Le premier, après s'être fourvoyé au milieu, des erreurs de plusieurs anciens hérétiques , avait fini par tomber dans la doctrine d'Apollinaire , en avait poussé plus loin encore les conséquences , soutenant qu'il n'existe qu'une seule nature dans le Seigneur. Si Eutychès ne voulait pas admettre que la Divinité eût souffert , ce qui était cependant le résultat naturel de son système , il était obligé, pour échapper à cette erreur, de prétendre, avec Marcion et les Manichéens , que l'humanité tout entière de Jésus-Christ n'était qu'apparente. La doctrine de l'Église , au contraire , d'accord avec la vérité , déclare que la nature divine et la nature humaine sont réunies , sans mélange, dans la personne de Dieu fait hpmme. Les œuvres accomplies par le Seigneur, et qui manifestent également sa divinité et son humanité,
prouvent la réalité des deux natures Où est la règle
de la mansuétude et du calme , de la longanimité et de la patience , de la tranquillité et de la paix , de la charité et du courage à souffrir ? Quelle conviction
vous a détournés , ou quelle persécution vous a séparés de l'Évangile du Christ ? Quelle si grande astuce vous a fait oublier les prophètes et les apôtres, oublier le symbole de votre baptême , pour vous soumettre à des illusions diaboliques ? Qu'auraient donc fait prés de vous les ongles de fer, les tourments cruels , si pour vous enlever l'intégrité de votre foi , il n'a fallu que les vains artifices des hérétiques ? Vous croyez agir pour la foi , et c'est contre la foi que vous allez 5 vous vous armez au nom de l'Eglise , et c'est l'Église que vous combattez ? Est-ce là ce que vous avez appris des prophètes , des évangélistes , des apôtres ? Vous êtes responsables du scandale que vous avez occasionné dans l'église par votre conduite insensée et violente \ il ne vous reste plus qu'à en faire sincèrement pénitence et à vous rattacher à la croyance générale (1). »
Le Pape écrivit de nouveau à Eudocie , qui , à ce qu'il paraît , n'avait pas répondu à sa première lettre : il l'exhorte de la manière la plus pressante à ne pas encourager, par son autorité, la perversité des moines, mais d'employer, au contraire, tous ses efforts pour les corriger, et de leur donner un bon exemple en renonçant complètement à l'hérésie d'Eutychès. Eudocie ne se rendit pas encore à ces conseils ; il fallait de plus sévères leçons pour faire plier l'esprit orgueilleux et vindicatif de*cette femme* On verra plus tard de quels moyens Dieu se servit pour dompter la résistance d'Eudocie.
Quand l'empereur eut reconnu que l'on ne pourrait obtenir par les voies de douceur, de ces moines aveuglés , qu'ils reniassent ce Théodose , auteur de tout le
(l) Qiiesnel. Ep. xcvn.