‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 168 sur 378 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mal, qui devenait de jour en jour plus arrogant et plus audacieux, il résolut de mettre sa menace à exécution, et d'user de la plus grande rigueur. Il envoya Tordre d'arrêter Théodose , de le saisir partout où on le trouverait , de le jeter en prison et de le livrer au tribunal suprême de la province, pour recevoir le châtiment qui lui était du. Théodose , à qui ses amis de Constantinople avaient immédiatement fait connaître le décret lancé contre lui, prit la fuite, et se cacha sur le mont Sinaï. Après son départ, l'insurrection privée de son chef se calma d'elle-même , et le rétablissement de Juvénal , qui eut lieu vers la fin de 453 , termina ce triste épisode , qui donne une déplorable idée de la situation de l'Église Orientale dans ce siècle. Plusieurs des complices de Théodose , non-seulement parmi les sécu* fers , mais parmi les moines , furent punis comme ils le méritaient. Juvénal déposa tous ceux qui avaient filé ordonnés par l'usurpateur, et tint un concile d'où il écrivit une lettre synodale, adressée à tous les abbés et moines de Palestine , pour leur déclarer que le concile de Chalcédoine n'avait fait que confirmer la foi de Nicée , et afin de les rassurer contre les calomnies des schismatiques. Il fit part au Pape de sa réintégration. Le 4 septembre 454 , saint Léon lui répondit pour le féliciter et lui rappeler ses fautes : « En faisant réflexion sur le passé , je vois que vous vous êtes attiré vos malheurs , et que vous avez perdu l'autorité pour apprendre à résister aux hérétiques, vous qui avez approuvé leur erreur, en condamnant Flavien et en recevant Eutychès au concile d'Éphèse. N'était-ce pas là renier Jésus-Christ selon le Christ ? Quoiqu'il ne soit permis à aucun prêtre d'ignorer le mystère de l'Incarnation , ils sont bien plus coupables , les chrétiens qui

demeurent à Jérusalem , puisqu'ils n'ont pas besoin de lecture pour connaître la vérité de l'Évangile , voyant de leurs yeux les lieux où les mystères se sont accomplis, C'est là qu'une vierge de la race de David a enfanté , qu'elle a enveloppé de langes son enfant dans une crèche , n'ayant pas trouvé d'hôtellerie pour se loger. C'est là que les anges ont annoncé la naissance du Sauveur 5 qu'il a été adoré des Mages ; qu'Hérode l'a cherché pour le faire mourir ; qu'il a grandi en âge et en force, qu'il est devenu homme parfait 5 qu'il a eu faim et soif; qu'il a pleuré; qu'on l'a attaché à la Croix, On y voit la pierre qui lui servit de tombeau et d'où il est sorti par sa puissance divine (1). »

L'agitation des moines de la Palestine n'était pas encore entièrement calmée , qu'il en éclata une autre, mais beaucoup plus menaçante , en Egypte. Afin d'en faire connaître l'origine et la suite , il est nécessaire de rappeler la conduite des évêques égyptiens qui s'é- •taient rendus avec Dioscore au concile de Chalcédoine. Lorsque sa condamnation fut publiée , quatre d'entre eux se détachèrent de lui et signèrent les décrets du concile. Les treize autres étaient restés, comme nous l'avons dit , à Constantinople , jusqu'après l'élection du nouvel évêque. L'empereur avait sur-le-champ donne l'ordre à Théodose , préfet d'Egypte , de surveiller l'élection du nouveau patriarche , afin que l'on ne choisit pour ce poste éminent qu'un homme qui en serait digne par sa piété et sa capacité. Le peuple d'Alexandrie, qui jouissait du droit d'élection , refusa , dans le commencement, d'élire un autre patriarche; car un grand nombre d'individus restaient fortement attachés à Dios-

(1) Qucsnel. Bp. ex.

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core , et malgré sa condamnation , le regardaient ton* jours .comme leur évêque. Toutefois, les efforts des quatre évêques joints à ceux de tout le clergé d'Egypte amenèrent les choses au point que Protérius fut élu patriarche. C'était un digne prêtre , sous tous les rapports , et qui , malgré des opinions toutes contraires à celles de Dioscore, possédait son estime. Celui-ci l'avait déjà précédemment fait archiprêtre et nommé pour le suppléer à l'époque de son départ pour Chalcédoine. Ce choix était fort heureux , car il obtenait l'assentiment de toutes les personnes honnêtes, et Marcien s'en montra satisfait, comme on le voit par le témoignage favorable qu'il rendit au Pape au sujet de Protérius , qui , plus tard, eut occasion de le rappeler à l'empereur.

Quoique les qualités personnelles de Protérius fussent de nature à rendre son élection agréable à tout le monde , néanmoins les préventions en faveur de Dioscore étaient encore profondément enracinées , surtout auprès de cette portion turbulente du peuple , disposée à manifester par des actes de violence sa répugnance pour le nouvel évêque. Mais plus les partisans de Dioscore insistaient pour qu'on leur rendît leur évêque de prédilection , plus le parti opposé se croyait tenu do défendre l'élection de Protérius. Cet état de choses excita une vive irritation dans les esprits , et les partis étaient déjà en présence quand les treize évêques demeurés fidèles à Dioscore arrivèrent de Constantinople. Leur arrivée devint le signal de troubles sérieux ; car oubliant complètement leur devoir et toujours attachés à Dioscore , ils poussèrent la fermentation au plus haut degré , en répandant partout que le concile avait rejeté Cyrille , et confirmé l'hérésie de Nestorius. Afin de faire croire à l'exactitude de cette nouvelle, ils

eurent recours à une de ces manœuvres déloyales , à l'usage des hérétiques de tous les siècles : ils répandirent de tous côtés des copies d'une traduction grecque de la lettre de Léon à Flavien, traduction qui contenait des inexactitudes, parce que le texte avait été altéré ou mal Gompris. Il paraît en effet que l'erreur de beaucoup de personnes , parmi celles qui ne voulaient pas admettre la lettre du Pape , provenait de ce que la langue latine étant peu connue dans ce pays , on s'y était servi de traductions qui ne rendaient pas fidèlement les idées de saint Léon. Le Pape s'en plaint lui-même et attribue en grande partie l'erreur des moines à des malentendus de ce genre. Mais les treize évêques qui avaient assisté au concile savaient bien que la copie qu'ils propageaient était fausse.

Ces manoeuvres atteignirent le but auxquelles elles tendaient ; elles produisirent dans le peuple d'Alexandrie une rage fanatique , et l'entraînèrent aux plus funestes excès. La populace de cette ville, de tout temps facile à soulever, attaqua le parti de Protérius , qui se composait de la magistrature et de la haute bourgeoisie. Les soldats , qui étaient en petit nombre , ayant voulu secourir les personnes attaquées et étouffer l'émeute , le peuple , dans sa fureur, tomba sur eux, les poursuivit à coups de pierre et les mit en fuite. Il se retirèrent dans l'ancien Serapium , où l'on avait construit une église dédiée à saint Jean-Baptiste ; mais les révoltés cernèrent cet édifice, et ne pouvant y pénétrer, y mirent le feu et tinrent l'église étroitement bloquée , jusqu'à ce que tous les soldats qui s'y étaient réfugiés eussent péri dans les flammes.

Dès que l'empereur eut reçu la nouvelle de ces crimes, il envoya dans la ville une forte garnison, changea

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