‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 169 sur 378 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le préfet qui n'avait pas montré assez de vigueur, supprima la distribution de blé au peuple et fît fermer le théâtre, les bains et tous les lieux d'amusements publics. Les soldats qui arrivèrent à Alexandrie traitèrent les habitants avec une grande rigueur, de sorte que le peuple effrayé , tant par cette sévérité que par la famine qui ne tarda pas à se déclarer, devint plus traitable et demanda un pardon qui lui fut accordé , grâce à l'intercession de Protérius lui-même. Mais pendant que les troubles s'apaisaient ainsi parmi le peuple , le mauvais esprit qui régnait toujours au sein du cierge égyptien , ne tarda pas à se manifester d'une manière qui découvrit trop clairement les profondes plaies que l'administration de Dioscore avait faites à l'Église. Protérius rencontra partout la plus vive résistance , et la haine p» les partisans de Dioscore lui portaient mit plus dune fois le nouveau patriarche en danger de perdre la vie. 11 fallait qu'il prît des mesures décisives s'il ne voulait pas voir ses ennemis triompher. Quoique Dioscore eût été exilé à Gangres en Paphlagonie , d'où il ne pouvait plus exercer aucune influence personnelle sur Alexandrie , son parti se composait encore d'une multitude d'évêques , de clercs , et surtout de moines , qui tous réunissaient leurs efforts pour empêcher que le concile de Chalcédoine fût généralement adopté. On calomnia et ses décrets et la manière dont ils avaient été rendus , et on ne négligea aucun moyen pour augmenter le nombre des partisans de la doctrine d'Eutychès 5 on répandit dans le peuple des écrits d'Apollinaire ou de ceux qui partageaient ses opinions , et pour leur donner plus d'autorité on y attacha les noms des plus célèbres Pères de l'Église. A la tête de toutes ces intrigues , se buvaient deux clercs d'Alexandrie , dont les noms ont

acquis une triste célébrité dans l'histoire de ce siècle. Timothée Élure et Pierre de Majume , l'un prêtre , l'autre diacre , furent les plus actifs à répandre les opinions de leur parti , et opposèrent à Protérius la résistance la plus ouverte et la plus opiniâtre. Ils rejetaient complètement le concile de Chalcédoine ; et lorsque Protérius leur demanda de le souscrire , ils se séparèrent de la communion de l'Église. Chez ces deux schisma tiques, l'ambition jouait un grand rôle , surtout chez Timothée , dont l'inimitié contre Protérius provenait du dépit de n'avoir pas obtenu pour lui-même le siège vacant. Avant d'être prêtre , Timothée avait été moine , et acquis une certaine réputation par une vie en apparence sévèrement ascétique. A l'époque de l'élection d'un nouveau patriarche d'Alexandrie , Timothée se mit à parcourir, pendant la nuit , les cellules des moines , et leur parlant à travers une corne creuse , les appelait par leur nom , leur disant qu'il était un ange envoyé du ciel pour les avertir de fuir la communion de Protérius, et d'élire Timothée pour leur archevêque. Le surnom d'Élure lui vint sans doute de ces scènes de charlatanisme nocturne , car ailouros en grec signifie un chat (1). Plus tard, nous verrons cet individu jouer un rôle important en Egypte.

Marcien crut pouvoir apaiser les troubles d'Egypte , comme ceux de Palestine , en donnant aux moines l'assurance que le concile de Chalcédoine n'avait rien innové à la foi. Il fit cette déclaration dans une lettre et dans une proclamation affichée à Alexandrie. Cette mesure ne fut pas sans succès ; car elle mit Protérius dans la possibilité d'assembler, quelque temps après, un concile du clergé d'Egypte à Alexandrie , où Timothée

(I) Voyez Eyagr., liv. II.

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