‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 170 sur 378 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Élure et Pierre de Majume furent condamnés avec leurs sectateurs. Les évêques qui avaient embrasse ce parli furent excommuniés et envoyés en exil par l'empereur. Le nouveau patriarche 9 ses ordinateurs , la portion du clergé qui avait admis le concile firent connaître au Pape le choix qui avait été fait pour remplacer Dioscore. Protérius prit soin d'envoyer en même temps sa profession de foi. Saint Léon lui répondit, ainsi qu'à ses ordinateurs et au clergé d'Alexandrie, et il écrivit à Julien de Cos, en lui faisant passer copie de ses réponses. Dans la même lettre, il se plaignit de ce qu'enlisant publiquement à Gonstantinople sa lettre au concile de Chalcédoine , en présence des évêques et des prêtres, on n'avait toque la première partie, concernant la foi, et non la seconde, contre les prétentions d'Anatole au sujet de la pri- Dumté de son siège. Saint Léon ayant fait connaître à Protérius qu'il ne trouvait pas sa profession de foi assez complète, celui-ci lui en envoya une autre telle que le Pape la désirait. Par une lettre datée du 10 mars 454 , saint Léon félicite Protérius de son empressement et de sa soumission , il lui écrit : « Maintenez avec vigueur la pureté de la foi contre les hérétiques , sans permettre qu'on altère la vérité par le changement d'une seule syllabe , ce qui suffit pour servir de prétexte à l'hérésie. Efforcez-vous de ramener les sectateurs d'Eutychès , en leur faisant voir combien la doctrine catholique est éloignée de celle de Nestorius, Montrez-leur que vous ne leur enseignez que ce qui a été enseigné par leurs Pères , et particulièrement par Athanase , Théophile et Cyrille , dont vous leur lirez premièrement les ouvrages , et ensuite ma lettre à Flavien, afin qu'ils en voient la conformité. Maintenez l'honneur et les droits de votre Église contre tous ceux qui voudraient y porter atteinte;

contenez sous votre autorité les évêques ; obligez-les de venir à vos assemblées quand vous les appellerez pour consulter en commun sur ce qui pourrait être utile à l'Église. Comptez que je vous appuierai de tout le pouvoir de la Chaire apostolique. »

Le même jour, saint Léon écrivit à l'empereur Marcien , qui avait rendu témoignage de la foi de Protérius; il le priait d'envoyer à Alexandrie , par une personne sûre et sous le sceau impérial , sa lettre fidèlement traduite en grec par les soins de Julien de Cos , et de l'adresser aux juges de cette ville pour la faire lire publiquement. Le Pape prenait cette précaution afin de déjouer les manœuvres dont nous avons parlé, à laide desquelles les eutycbiens répandaient des falsifications de cette lettre à Flavien (1).

Les avis qui parvinrent à saint Léon d'une autre partie de l'Orient remplirent encore son âme de douleur, Le nouvel évêque d'Antioche, Maxime, avait envoyé des membres de son clergé à Rome pour féliciter le Pape sur les décisions du concile, et aussi pour le prévenir que l'hérésie n'était pas, à beaucoup près, étouffée dans les diocèses de l'Orient, et que les décisions de Gialcedoine sur la foi étaient méconnues en beaucoup de localités. Saint Léon profita du retour de ces députés pour répondre à Maxime , par une lettre en date du i 1 juin 453. Parmi les abus que signale le Pape se rencontre celui de la prédication. La discipline de l'Église s'était relâchée sous beaucoup de rapports , et il en était résulté que des moines et d'autres personnes à qui leur élat ne permettait point la prédication , en avaient néanmoins usurpé les prérogatives , et de là de fausses in-

(l) Bail. Sp. cxxix, cxxx , cxxxt. — Qaeso. cir , cm, av.

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terpre'utions de la doctrine de l'Église 9 des haines , un faux zèle et de l'esprit de parti; car ces prédicateurs sans mission s'efforçaient de propager parmi le peuple leurs idées particulières et de l'exciter contre celles qui leur étaient opposées. Le Pape exigea donc que l'évéque seul se réservât le pouvoir de disposer du droit de prêcher, afin qu'une régularité parfaite régnât dans l'Église de Dieu. Saint Léon parait avoir regardé cet abus comme une des principales causes des troubles de l'Orient) car il donna également Tordre précis à Julien de Gos et à Tbéodoret de le faire cesser (1).

Voici les principaux passages de la lettre à Maxime : «Maintenez-vous ferme dans la foi de saint Pierre t telle que ce prince des apôtres l'a fondée dans le monde x mais spécialement dans les villes d'Antioche et de î; il faut donc bien prendre garde que les hérés n'altèrent cette foi > leur résister avec une autorité sacerdotale, et nous informer souvent, par vos lettres , de ce qui se passe dans les églises. Car il est juste que vous preniez part à la sollicitude du Siège apostolique et que, pour agir avec confiance, vous vous rappeliez les privilèges du troisième siège , que l'ambition de personne ne diminuera , parce que j'ai un tel respect pour les canons de Nioèe , que je ne permettrai jamais qu'on les viole par aucune nouveauté. Les mérites des pontifes peuvent être quelquefois divers , mais les droits des sièges subsistent (2). Si donc vous avez quelque chose à poursuivre touchant les privilèges de l'Église d'Antioche , expliquez-le par vos lettres , afin que je puisse vous répondre d'une manière plus précise. Il suf-

(1) Voyea la page 105 sur la même question.

(2) On voit combien taint Léon était préoccupe de la gravité et des dangers de 1* prétention émise au sujet du siège de Constant! nople.

419 SAINT LÉON-l*fi>OfUND.

ûra, pour le moment, de prononcer, en général, que, si un concile quelconque s'est permis une décision contraire aux canons de Nicée , elle ne peut porter aucun préjudice à ces inviolables décrets. L'ambition prend souvent occasion de se glisser dans les conciles, comme dans le concile d'Éphèse, où Juvénal crut pouvoir usurper la primauté de la Palestine , et établir sa prétention par des écrits supposés ; Cyrille , de sainte mémoire, s'y opposa, et m'écrivit pour me faire connaître cette entre* prise et empêcher qu'elle ne fût autorisée. Nous ayons trouvé dans nos archives l'original de sa lettre , dont vous nous avez envoyé copie. Quant à moi 9 je déclare que toute décision contraire aux constitutions des trois cent dix-huit Pères, rendue par une multitude d'évoqués , si grande qu'elle soit , doit être cassée au nom de la justioe; car il est impossible de maintenir la paix dans le monde , si on ne conserve pas pour les canons un respect inaltérable. Tout ce qui aura été fait par mes frères , envoyés au concile uniquement pouf régler la foi y sera sans aucune fonce , puisqu'ils auront etcéié leur pouvoir. Ce qui est contraire aux règlements de Nieée n'obtiendra jamais le consentement du Siège apostolique. Vous verrez quelle est , à cet égard , notre conviction , par les copies de la lettre que nous avons envoyée k l'évêque de Constantinople pour réprimer son ambition , copie que vous ferez parvenir à la connais* sance de tous nos confrères et collègues.

Veilles a ce que, à l'exception des évêques, aucun individu, moine ou laïque, ne s'attribue le droit d'enseigner ou de prêcher. Bien qu'il soit désirable que tous les enfants de l'Église possèdent la science de la vraie et saine doctrine, il ne faut pas cependant permettre qu'un individu étranger à Tordre sacerdotal s'arroge la fonc*

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tion de prédicateur, attendu que , dans l'Église de Dieu, tout doit se faire avec ordre* de telle sorte que les membres supérieurs du corps de Jésus-Christ remplis* sent leur office , et que les inférieurs se maintiennent dans la subordination (1). »

Le même jour, 1 1 juin 453 , saint Léon écrivit à TWodoret , évêque de Cyr, une lettre qui est restée uû des plus magnifiques monuments de l'éloquence de ce grand Pape. Elle n'est point une réponse , mais l'épanchement spontané de la joie que lui fait éprouver la victoire remportée par la vérité et la justice. Malgré sou étendue , je veux placer cette lettre tout entière sous les yeux du lecteur, parce qu'elle nous fait entrer dans l'intimité du génie et de l'Ame de saint Léon ; elle nous montre à la fois le Pontife , le docteur, l'homme et l'orateur éloquent. Comment pouvons-nous mieux clore le récit de cette grand* bataille de cinq années entra l'Eglise et l'hérésie, que par ce chant de triomphe échappé du cœur de celui dont la foi , l'activité, la persévérance et l'habileté ont décidé la défaite signalée des ennemis de l'Incarnation de Notre-Seigneur Jésus- Christ? La naissance du Christ a été la première fête de l'humanité 5 voici la seconde fête , s'écrie saint Léon : l'Incarnation divine , que l'hérésie avait voulu anéan* tir, nous est rendue victorieuse !

Cette lettre à Théodoret est aussi un résumé de tout œ (jui s'est passé depuis le conciliabule d'Éphèse jusqu'au moment où elle est écrite. Elle contient , sur les abus à éviter dans la controverse , des conseils et des «vis dont tous les siècles peuvent profiter. On remaiw <pera, comme réponse à ceux qui prétendent que l'E-

(1) Baller. Ep. cxix. — - Quesn. xcn.

glise a peur de la discussion, le langage de saint Lcon sur F utilité d'un examen raisonné pour fortifier la foi(1).

Léon, évéqite, à Vévéque Théodoret, son très-cher Jrère.

« Par le retour de nos frères les évêques , que le Siège apostolique avait envoyés au saint concile , nous avons reconnu qu'avec le secours du Tout-Puissant vous étiez resté victorieux avec nous , tant de l'impiété de Nestorius que de la folie d'Eutychès. Aussi nous glorifionsnous dans le Seigneur, en chantant avec le prophète: Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait fê ciel et la terre (1). Ce suprême ordonnateur de toutes choses n'a pas permis que nous perdions aucun de nos frères; mais il a confirmé, par l'assentiment irrévocable de tout le corps des évêques , ce qu'il avait auparavant défini par notre ministère : afin de montrer qu'il était lui-même le véritable auteur d'une décision qui , émanée d'abord du premier siège du monde , s'est vue ensuite consacrée par le jugement de l'univers chrétien tout entier : en sorte que , sur ce point comme sur tous les autres , les membres sont d'accord avec le chef. Ce qui redouble , dans cette occasion , le sujet que nous

(1) Bail. Ep. cxx. — Quesn. xcm.

(2) Pi. cxmi , 8.

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