CHANTAS XI
« sent errants , mm religion ni lois, comme sans posses»
« sion five, comme des vagibonds, traînant avec eux le « chariot qu'ils habitent. C'est là que leurs femmes c s'occupent a confectionner leurs informes costumes , m qu'elles vivent avec les hommes, accouchent et élèvent « leurs enfants jusqu'à la puberté (4). Quand on dece mande à ces enfants de quel pays ils tirent leur oric gine , ils ne savent que répondre. Ils sont conçus dans « un endroit , nés dans un autre , élevés dans un troi- « sième. Infidèles aux traités , inconstants et mobiles , « aussitôt qu'ils sentent naître l'espérance d'une posscs- « sion nouvelle , ils se précipitent tous sur cette proie « avec une fttreur effrénée. Ils ne savent pas plus que « les bétes des forêts ce qui est criminel , juste et hon- « néte. Ignorants et légers , ils ne se laissent contenir « ni par la religion, ni même par aucun genre de super- «c stition quelconque. Altérés d'une avidité insatiable « pour l'or, ils sont si changeants et si irritables que, « dans l'espace de vingt-quatre heures , ils abandonnent « leurs alliés sans apparence de raison, et se réconcilient « avec eux sans plus de motif. Livrés avec passion au « jeu , l'usure , la débauche et le meurtre sont communs « parmi eux (2). »
Telles étaient les hordes qui , vers la fin du quatrième siècle, inondèrent l'Empire romain. Dans l'année 376, quelques tribus de Huns traversèrent le Danube et rava-
(1) Dfnt ton PfinSpriqye d* Majoricn, Srçioine Apollinaire raconte que Majoriea ayant vaincu les Francs, on trouva dans de* chariots tous les préparatifs d'une •oca : U Mpaa , Ut onuaaentt , alee rasât «ouroonet de fleurs.
(2) Voyez Amnricn MarceHin , Zosime , Sidoine Apollinaire, Jornandès. — Ce portrait des Barbares du cinquième siècle ne ressemb1e«t»il pas à nos Aral>et d« l'Alpine 10 di* neuvième si Ac]« ?
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gèrent les terres de l'Empire sur la rive droite du fleuve. Ils venaient au secours des autres peuples Barbares établis dans ces contrées , quand ceux-ci voulaient entreprendre quelques expéditions de pillage , ou lorsqu'ils se voyaient serrés de trop près par les Romains. Dans les premiers temps de leur apparition , les Huns marchaient par tribus distinctes, sous des chefs particuliers, lornandès raconte qu'une horde de Huns fit le tour du Palus-Mœotis , et qu'en 401 Uldin parut avec une armée considérable sur la frontière septentrionale de l'Empire d'Orient, où il défit Gainas et les Goths. Olympiodore parle de leur roi Caraton, vers l'an 415. En 433, ils formaient, sous le gouvernement de Rugilas, une espèce de royaume des Huns, dont le siège principal était placé sur les bords du Danube, et qui s'étendait dans tout le midi de l'Europe et jusqu'en Asie. Des Alains, des Goths et d'autres peuples Barbares, qui habitaient entre le Tanaïset le Danube , obéissaient à Rugilas ou bien étaient réunis aux Huns ; ils obtinrent même des Romains , moitié de gré, moitié de force, des terres considérables en Pannonie. Rugilas mourut en 434, après avoir auparavant protégé Âétius, devenu, comme nous l'avons dit (1) , l'ami des Huns, et l'avoir fait réintégrer dans ses fonctions de général et de patrice. Rugilas eut pour successeur, dans le gouvernement des Huns, qui, à cette époque, étaient déjà devenus un grand peuple, Attila et son frère Blcda; ils occupaient une grande partie de la Germanie et toute l'ancienne Scythie. Lorsque , à l'imitation de Genséric , Attila se fut rendu seul maître, en 444, par l'assassinat de son frère, il devint le seul chef des Huns, des Alains, des Gépides, des
(1) Voyeipâfe 41.
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Goths restes en Pannonie, des Suèves et d'une multitude d'autres peuplades qui n'avaient pu effectuer leur retraite. Tous ces Barbares saluèrent dans la personne d'Attila le génie même de la Barbarie , l'homme qui représentait , au degré suprême , tous leurs intérêts de destruction, le héros appelé a réaliser les conquêtes rêvées dans les steppes de l'Asie , rêves et désirs inspirés par la colère de Dieu pour le châtiment d'une civilisation corrompue.
Rassemblant, avec un art créateur, tous les traits épars dans les récits que nous ont laissés les historiens Priscus et Jornandès, M. de Chateaubriand a dessiné , à la manière de Michel-Ange , le portrait d'Attila :
c Les conducteurs des nations Barbares avaient quel-» que cli ose d'extraordinaire comme elles. Au milieu de l'ébranlement social, Attila semblait né pour l'effroi du monde ; il s'attachait à sa destinée je ne sais quelle terreur, et le vulgaire se faisait de lui une opinion formidable. Sa démarche était superbe ; sa puissance apparaissait dans les mouvements de son corps et dans le roulement de ses regards. Amateur de la guerre, mais sachant contenir son ardeur, il était sage au conseil, exorable aux suppliants, propice à ceux dont il avait reçu la foi. Sa courte stature, sa large poitrine, sa tête plus large encore , ses petits yeux , sa barbe rare, ses cheveux grisonnants , son nez camus , son teint basané , annonçaient son origine.
a Sa capitale était un camp ou grande bergerie de bois, dans les parages du Danube. Les rois qu'il avait soumis veillaient tour à tour à la porte de sa baraque. Ses femmes habitaient d'autres loges autour de lui. Couvrant sa table de plats de bois et de mets grossiers, il
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laissait les vases d'or et d'argent, trophée de la victoire et chefs-d'œuvre des arts de le Grèce , aux mains de ses compagnons. C'est là qu'assis sur une esoabelle, le Taiw tare recevait les ambassadeurs de Rome et de Con» stantînople. A ses côtés siégeaient non des ambassa~ deurs, mais des Barbares inconnus , ses généraux et capitaines; il buvait à leur santé, finissant, dans la mu* aifioence du vin, par accorder grâce aux maîtres in monde. Lorsque Attila s'achemina vers la Gaule, il ne* naît une meute de princes tributaires qui attendaient, avec crainte et tremblement, un signe du commandeur des monarques pour exécuter ce qui leur serait ordonné.
« La génisse d'un pâtre se blesse au pied dans un pâturage; ce pâtre découvre une épée cachée sous T herbe ; il la porte au prince Tartare ! Attila saisit le glaive , et sur cette épée , qu'il appelle Tépée de Mars, il jure ses droits à la domination du monde. Il disait : « L'étoile tombe ; la terre tremble ; je suis le marteau de l'univers. » Il mit lui-même parmi ses titres le nom de Fléau de Dieu, que lui donnait la terre. * « C'était cet homme que la vanité des Romains trai-» tait de général au service de t Empire; le tribut qu'ils lui payaient était à leurs yeux ses appointements; ils en usaient de même avec les chefs des Goths et des Burgondes. Le Hun disait à ce propos *. « Les généraux des « empereurs sont des valets, les généraux d'Attila des c empereurs. »
« Il vit à Milan un tableau où des Goths et èe$ Huns étaient représentés prosternés devant des empereurs ; il commanda de le peindre, lui, Attila, assis sur un trône, et les empereurs portent sur leurs épaules des sacs d'or qu'ils répandaient à ses pieds
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* Croyez-vous , demandait-il aux ambassadeurs de a Théodose II , qu'il paisse exister une forteresse ou « une ville, s'il me platt de la faire disparaître du sol ? »
« Après avoir tué son frère Blèda, il envoya deux Goths, l'on à Tbéodoae, l'autre à Valentinien, porter ce message : « Attila , mon maître et le vôtre , vous or» donne de lui préparer un palais. »
« L'herbe ne croît plus , disait encore eet exterminateur, partout où le cbeyal d'Attila a passe (1). »
Aussitôt que , par le meurtre de son frère , le chef des Huns eut concentré le pouvoir entre ses mains , il se mit en marche pour exécuter sa mission dévastatrice.
Il commença par attaquer la Perse ; mais il rencontra une si vigoureuse résistance que le futur vainqueur du monde romain ouvrit sa carrière militaire par une bataille perdue et une retraite. Avec une habileté de calcul que nous avons eu occasion de signaler chez les Barbare* , Attila vit qu'il aurait meilleur marché de l'Empire d'Orient. Il organisa un plan d'invasion, dont les lignes offensives se déployaient du Pont-Euxin jusqu'à la mer Adriatique; et de cette immense étendue de pays les divers peuples Barbares commandés par Attila se précipitèrent sur les provinces faiblement défendues de Théodose-le-Jeune. Cet empereur ne sauva sa capitale et sa couronne que par la cession d'une partie considérable de la Thrace et le paiement d'un tribut annuel de mille livres d'or 5 à ces conditions, Attila quitta, en 446, l'Empire d'Orient.
Trois ans après, il franchit de nouveau la frontière,
(1) Chateaubriand , Êlud. hist., t. If. — Voyez t. I* de notre histoire de saint Léon, p. 207, le récit de la réception des ambassadeurs de Théodose II par Attila.
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pillant, incendiant, tuant, de la Thrace jusqu'aux Thermopiles. Théodose essaie d'arrêter ce torrent qui me-» nace d'engloutir son empire ; il livre trois batailles et les perd. C'est à cette époque, 449, qu'eurent lieu cette négociation et cette tentative d'assassinat sur Attila , qui aboutirent , comme nous l'avons raconté (1) , à de nouvelles humiliations pour l'Empire romain.
Satisfait de voir l'Orient avili et à sa merci , Attila dédaigne une proie si facile, et il cherchait de quel côté lancer ses hordes avides de pillage et de carnage, quand , en 450 , les passions qui agitaient les cours de l'Occident fixèrent les regards à\x fléau de Dieu sur cette partie du monde. La fille de Théodoric , roi des Visigoths , avait épousé un fils de Genséric , roi des Vandales. Ce dernier chef Barbare , sombre et cruel , imagina que sa belle-fille voulait l'empoisonner, et , sous ce prétexte , la renvoya chez son père , après lui avoir fait couper le nez et les oreilles. Théodoric , voulant venger l'outrage fait à sa fille , conclut un traité d'alliance avec les empereurs d'Orient et d'Occident , et se prépara à une attaque sérieuse contre Genséric. Le roi des Vandales cherchant , de son côté , des alliés pour le défendre , appela à son secours Attila.
L'intervention du chef des Huns fut encore déterminée par une de ces honteuses intrigues qui ont tant contribué à précipiter la chute de l'Empire romain. L'empereur d'Occident, Valentinien , avait une sœur digne de lui, nommée Honoria. Son inconduite la força de quitter la cour de Ravenne et de se retirer à Constantinople. Mais , à cette époque, la cour de Byzance , sous la direction de sainte Pulchérie , était un modèle de toutes
(1) Voyet p. ft>7, t. 1.
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les vertus privées et publiques. Honoria, ne voulant pas s'astreindre aux pratiques d'une vie chrétienne , préféra faire partie de la chambre nuptiale d'un Barbare. Elle envoya secrètement un de ses eunuques présenter son anneau au roi des Huns. Attila ayant réclamé une portion des États romains comme prix de la dot de sa fiancée , il lui fut répondu que les filles n'avaient aucun droit dans l'héritage de l'Empire ; mais le Barbare jura qu'il saurait bien prendre ce qu'on lui refusait.
Comme si Attila n'avait pas encore assez de prétextes pour envahir l'Occident , un troisième lui fut donné par les divisions survenues entre les fils du chef des Francs, Clodion, mort en 448. L'un d'eux réclama l'appui des Huns, pour soutenir ses prétentions; et l'autre, Mérovée, se rallia aux Romains.
C'est ainsi que Dieu faisait servir quelques passions particulières à l'accomplissement de ses desseins éternels sur le monde entier.
Dans les derniers mois de l'année 450, Attila donna le signal de l'invasion de l'Occident à la multitude des hordes Barbares de nations diverses qui le reconnaissaient pour chef. Il traversa le Rhin à la tête d'une armée évaluée par les historiens contemporains à cinq ou sept cent mille hommes. La terreur inspirée par les effroyables calamités qui accompagnaient la marche des Huns remplissait de douleur le cœur de saint Léon , quand il insistait si vivement auprès de Marcien pour ajourner la convocation du concile de Chalcédoine , afin de concentrer toute la vigilance de l'Église et de l'Empire sur les dangers qui menaçaient la civilisation.
Tout le soin de sauver l'Occident fut confié au patrice
H SAINT LsfclEMbfr-GJlAND.
Aétius. Nous avons vu(1) qu'à la suite des intrigues de la cour de Valentinien , ce général s'était réfugié auprès des Huns. Peu de temps après, il se présenta devant Ravenne à la tête d'une bande de Barbares. L'impératrice Plaoidie , qui dirigeait les affaires , se soumit aux prétentions de son sujet, et rétablit Aétius à la tête des armées et du gouvernement. Cette réconciliation rendit a la défense de l'Empire le seul homme capable de lutter contre les Barbares. Aétius était dans les Gaules au moment de l'invasion des Huns. Il s'oàeupa, avec l'activité la plus intelligente, à organiser les moyens de résistance. La tâche n'était pas facile, car il n'y avait nullement à tenii* compte de l'armée romaine. Il fallait trouver des Barbares disposés à combattre contre d'autres Barbares. A cette époque , deux peuples étrangers occupaient la Gaule , les Bourguignons , sur les bords du Rhône , les Visigoths, au midi. Les Francs campaient dans la Belgique et la Hollande , alliés et soldats de l'Empire ro* main , tout en pillant et saccageant de temps à autre ses principales villes. L'établissement des Visigoths était le plus fixe , le plus considérable et le plus civilisé. En Ai 8, Théodoric, fils d' Alaric, avait succédé à Wallia 5 depuis trente-deux ans, il régnait avec gloire, ayant affermi, par de nombreuses et heureuses expéditions, la puissance des Visigoths sur la Gaule méridionale et sur l'Espagne.
Les hordes des Francs avaient commencé, depuis 419 , à franchir le Rhin et k ravager la Gaule. Dès 427, ils occupaient une partie de la Belgique. En 445, Clodion (2) avait étendu Bes ravages jusqu'à la Somme et
(1) Voyez 1. 1, p.3SA4l.
(2) Je conserve aux noms de nos ancêtres, les Francs, leur orthographe moderne et pbptihire. M. Augustin Thierry voudra bien me le pardouner. Quand on