‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 192 sur 378 · CHANTEE XI. {Q · texte numérisé non relu

CHANTEE XI. {Q

martyres. L'Allemagne a consacre de splendides louanges à sainte Ursule et k ses compagnes. On lit cette séquence sur un missel manuscrit d'une de ses plus anciennes abbayes (1).

« Louange au Père du Fils souverain , à Tango du grand conseil, à l'Esprit qui envoie les sept dons. La glorieuse Trinité comble de délices et de beauté son épouse ; elle la revêt d'une robe blanche comme le lis , sur laquelle brille l'éclat empourpré de la rose. L'épouse se tient avec amour à la droite du roi , où elle chante de nouveaux cantiques.

« C'est Ursule , l'amante du roi de gloire , la reine de la milice virginale. Un prince infidèle l'a désirée : il ébranle , par ses menaces et ses caresses , le père de la vierge. Elle, d'une grande ferveur de cœur, s'adresse au ciel , à sa coutume. Celui qui est la Tour de défense la console par ses oracles.

« Le consentement pour les noces est donné ; on réunit une troupe de vierges , on prépare des navires. La fiancée reçoit le baptême -, la vierge du Christ est dans l'allégresse par la compagnie des vierges qui lui sont données.

« Bientôt elles se confient à la mer, sans pilote pour guider les rameurs ; la flotte vagabonde aborde à Thil , et de là à Cologne. Là , une vision les dirige vers Rome, où elles implorent la délivrance des embûches de leurs puissants ennemis.

t Ayant consulté le Pontife , elles descendent le cours

(1) J'emprunte les chants que l'on va lire à Y Auxiliaire catholique, nouveau recueil qui relève et fortifie les Mines tradition de la piéié, de la science et de la poésie chrétienne.

du Rhin , marchant vers leurs couronnes à travers de vaillants combats. Les Huns voient leur retour; ils se précipitent sur ces vierges , ils les égorgent avec fureur, et cette auguste troupe est baignée dans son propre sang.

<r Que l'Empirée se réjouisse pour tant de perles qui ajoutent à son éclat , pour tant de mérites dont il est enrichi ! Que l'époux se réjouisse en l'épouse ; ô Christ, fils de la Vierge, embellis encore ton Eglise militante.»

Écoutez l'Église de Cologne qui chante à son tour les vierges qui font sa gloire :

« Louange joyeuse à Dieu , au jour consacré à ses saintes, à celles que l'époux des vierges , qui paît parmi les lis , couronne au ciel de gloire et d'honneur , à celles dont les triomphes réjouissent la cour céleste , dont les couronnes ornent la mère Église.

« Heureuse Bretagne , qui a produit tant de vierges choisies ! Heureuse Cologne , empourprée de leur sang généreux!

« Ursule, vouée à Dieu, la reine de cette bienheureuse armée , avait connu , par les anges , le martyre futur des vierges , ses compagnes. A cette nouvelle , celles-ci sont dans la joie ; elles versent des larmes, elles adorent, elles louent Dieu d'un cœur humble, d'une voix pieuse.

<x Elles recommandent leurs âmes au Christ, elles déprisent le monde; vierges prudentes, d'un commun accord , elles préparent l'huile , elles allument leurs lampes. 0 Dieu vraiment admirable dans tes saints, qui, aujourd'hui, par ta grâce puissante, a couronné onze mille vierges dans un instant !

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a Les Huns! nation féroce, barbare , ennemis de tous les peuples , immolent, avec une rage inouie, ces brebis innocentes, troupeau du Seigneur.

« C'est ici que coulèrent les torrents du sang précieux de ces martyres : ici que leurs corps , jonchant la terre, ont été ta protection, ô Cologne !

a Le siège est levé , la liberté est recouvrée , les ennemis sont en fuite , la ville est sauvée par les mérites des martyres.

« Réjouis-toi , Cologne ! Triomphe , ô Bretagne ! Et toi , ville de Rome , qu'elles visitèrent par leurs vœux et leurs prières ! Que les saints tressaillent d'allégresse pour tant de nouvelles compagnes ; l'Église , pour ces nouvelles protectrices !

« En vénérant leurs mérites, nous demandons la remise de nos péchés. A vous , Père céleste, avec le Christ et le Saint-Esprit, louange et gloire, ô seul Dieu, à jamais! »

Au douzième siècle , le bienheureux Herman Joseph, de l'ordre des Prémontrés, chanta la gloire des onze mille vierges, auxquelles il était particulièrement dévot, dans des strophes pleines de douceur et d'harmonie. Nous en rapporterons ici quelques-unes.

« Roses vermeilles du Christ , belles au delà de toute mesure ; perles gracieuses et recherchées , élégamment polies, venez, écoutez-moi, prenez-moi pour votre esclave.

« Je suis pauvre et tout dévoué à votre service , fervent dans votre amour. Par votre bonté, quand je vous prie ou vous honore , que mon hommage vous soit agréable, et obtenez-moi votre faveur.

22 SAINT LéON-LE-GRAND.

« 0 jeunes vierges ! tendres agneaux , chères colombes du Christ , sans ruse et sans fiel -, étoiles du ciel, demeures de Dieu , jubilez sous votre pourpre , et, couronnées , régnez avec l'agneau d'innocence.

« Que doux est votre repos ! Vous qui jouirez tôu* jours de Dieu , qui demeurerez toujours avec lui , qui de lui ne manquerez jamais , qui le voyez , qui le possédez , quand il vous serre dans ses bras et vous sourit d'un visage serein.

« 0 jeunes reines ! sœurs dans le martyre, familières à Dieu , ses préférées , fleurissez maintenant , réjouissezvous, toujours jeunes, toujours joyeuses, menez un chœur de fête.

« Philomèles au chant mélodieux , vous qui formez onze compagnies ; épouses de Dieu , pleines de Dieu , chantez sa louange en vos concerts de vierges, et , dans les parvis célestes , faites entendre un chant mélodieux.

a 0 sœurs bien-aimées , dont les fleurs ne flétrissent jamais , celui-là vous a prédestinées , qui , dans la vallée , vous a cueillies ; il vous a choisies , il vous a réunies , il vous a jointes en guirlandes , le Dieu de toute beauté !

« A votre tête , troupe généreuse , paraît cette rose fleurie , la seule rose principale $ car il n'est pas de rose telle que l'on puisse comparer à la mère qui a porté le Seigneur du ciel.

« Illustres vierges , accomplissez mon désir , et quand viendra l'heure de ma mort , subvenez-moi sans tarder, dans une si terrible tempête ; assistez-moi , défendezmoi des embûches du démon.

« Qu'aucune de vous ne fasse défaut. Que la Vierge mère y soit la première. Si quelque poison s'attache à

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moi pour me blesser de sa souillure , par votre prière qu'il s'éloigne : que l'ennemi vous sache présentes et qu'il gémisse de sa confusion.

<c Tout ce que jamais j'ai fait de mal , jeunes saintes , corrigez-le par votre fleur de virginité ; présentez-moi à Dieu; devant Dieu, soyez avec moi-, plaidez ma cause, et que le dragon n'ait point de prise sur moi. »

J'ai voulu , par ces accents poétiques de la piété chrétienne , adoucir la douloureuse impression que produit cette extermination d'êtres humains qui tombent sous les coups des Huns, comme les feuilles des forêts par les vents impétueux de l'automne. En attendant que les maîtres du monde aient pu trouver des soldats pour combattre, qui donc défendra les populations, qui viendra se placer entre elles et ces hordes impitoyables , qui les sauvera d'un massacre général , qui sauvera l'ordre social , qui sauvera la jeune société catholique contre cette avalanche d'hommes plus destructeurs que tous les éléments de la nature en colère (1 ) ?

(1) Voyez les auteurs indiques à la fin du chapitre t" du tome 1. — Ajout** Grégoire de Tourt et Sidoine Apollinaire.

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