‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 194 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cher un refuge dans une autre cité ; mais le saint persista à rester enfermé avec ceux de ses concitoyens qui n'avaient pu fuir et qui étaient destinés à la défense de la ville. Pendant toute la durée du siège, que prolongea la vigoureuse résistance des assiégés , le saint évéque , exposé à tous les dangers comme un simple soldat, ne cessait de porter secours aux blessés, de rendre les derniers devoirs aux morts , de prêcher à tous les fidèles le courage, la pénitence, l'offrande volontaire du sacrifice de la vie pour sauver la foi. La ville ayant été prise, les Barbares, furieux d'une si longue résistance, refusèrent toute demande de paix et de grâce. Dans cette cruelle extrémité , saint Nicaise ne pouvant aller de porte en porte assister son peuple , rassembla tout ce qu'il fut possible de réunir de monde dans son église, leur enseigna comment il fallait recevoir les grâces du martyre de la main de ces Barbares ennemis de la religion de Jésus-Christ , puis il se mit en prière , et son oraison faite , il se leva et s'avança au-devant de ces féroces vainqueurs pour tenter de les adoucir ; mais après l'avoir accablé d'insultes et d'outrages , ils lui coupèrent la tête sur le pavé même du portail de son église, le 14 décembre de Tannée 407. A côté du saint se trouvait sa sœur Eutropie , qui vivait dans la virginité ; comme elle s'aperçut que les Barbares l'épargnaient pour lui arracher l'honneur et la foi, elle les interpella avec hardiesse, leur déclarant qu'ils n'obtiendraient rien d'elle ; les Barbares, irrités, la tuèrent, et elle partagea avec son frère la gloire du martyre (1).

La reconnaissance du peuple de Reims a immortalisé le nom , le dévouement et l'héroïsme de saint Nicaise

(1) Voyei Grégoire de Tours, liv. H; Flodoard , Histoire de t Église de Reims,

par un des plus magnifiques monuments de l'art catholique, Notre-Dame de Reims. Saint Nicaise et saint Remy sont, après les personnes divines et Notre-Dame, les deux principaux héros qui figurent dans cette sublime épopée de pierre , œuvre du génie de Robert de Coucy (1).

C'est l'Église qui , en 41 0 , recueille dans les basiliques de Rome les citoyens que la fureur des soldats d'Alaric consent à épargner (2).

Nous venons d'entendre saint Jérôme raconter qu'il ne peut, sans verser des larmes , penser à Toulouse sauvée des mains des Barbares par les vertus de son saint évêque, Exupère. Ce grand saint, qui mourut vers l'année 416 , nous est surtout connu par les éloges de saint Jérôme qui, en plusieurs endroits de ses ouvrages , lui prodigue les témoignages de son estime et de sa vénération. Il loue sa charité , son désintéressement , sa piété } il le propose comme un modèle achevé de la sainteté où tout chrétien doit tendre. Saint Exupère, dit-il, souffre la faim pour en garantir les autres ; les besoins de son prochain font le sujet de ses inquiétudes et de son tourment. Il a le visage pâle et tout défait par suite de ses jeûnes , et il se détruit le corps pour refaire les entrailles et les membres de Jésus-Christ. Il n'est personne de plus riche que lui au milieu d'une pauvreté si volontaire. Épuisé par sa charité , on Ta vu réduit à porter le corps de Notre-

(1) Voir surtout les sculptures de la croisée septentrionale. — Autrefois, on voyait dans la nef de la cathédrale de Reims une pierre ronde , entourée d'un châssis de bois. La avait été le portail de l'église de Sainl-Nicaise , et cette pierre était celle sur laquelle 11 eut la télé tranchée par les Vandales. En 1744 , ce monument vénérable a été enlevé par le vandalisme d'un siècle qui a porté tant de conps de mort à toutes les traditions catholiques et nationales. Aujourd'hui , à ce même endroit et presque vis-à-vis la chaire , on lit sur un marbre noir cette inscription presque effacée : Hoc in locosanctus Nicasius Remensis archiprmsul , tnmcato capUe, martyr occabult , anno Domini 406.

(2) Voyes chap. I*,page 24,

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