‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 200 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

hardie surprit ce chef Barbare; et Dieu qui tient le cœur • des rois en sa main , abattant la fierté. d'Éocarich , lui inspira du respect pour le courageux évêque. Il consentit à suspendre les hostilités , pourvu que les rebelles obtinssent grâce d'Aétius ou de l'empereur. Germain déclara qu'il irait en personne demander ce pardon.

Le voilà de nouveau en route pour aller trouver l'empereur Valentinien à Ra venue. Passant par Alise , il logea chez son ancien ami , le prêtre Sénateur, qui vivait encore et qui lui présenta une fille muette âgée de vingt ans. Germain prit de l'huile qu'il bénit, lui en frotta le front , les lèvres et tout le visage , lui donna ensuite un breuvage dans lequel il jeta trois morceaux de pain qu'il avait coupés lui-même. Il mit un de ces morceaux dans la bouche de la jeune fille et lui ordonna de lui demander sa bénédiction : ce qu'elle fit d'une voix fort distincte , à la grande admiration de tous les assistants, et elle conserva la parole jusqu'à la fin de sa vie. Le saint évêque, en prenant congé du prêtre Sénateur, l'embrassa tendrement, lui prédit qu'ils ne se reverraient plus sur la terre , priant Dieu qu'il leur fît la grâce de se revoir sans confusion au jour de son jugement.

Il était parti d'Auxerre accompagné seulement de son diacre ; mais quel roi a jamais eu un cortège si considérable et si enthousiaste ? Les populations qui venaient au devant de lui ne le quittaient que pour faire placé à d'autres qui le joignaient à mesure qu'il avançait. Lorsqu'il était passé , les peuples plantaient des croix ou dressaient des chapelles sur les chemins et les chaussées, aux endroits où il s'était arrêté pour prêcher ou pour prier. Au moment où il traversait un défilé des Alpes, vers la ville de Suse , il rencontra des paysans qui reve-

naient de leur travail , tous chargés de leur fardeau ; il se réunit à eux, et, comme ils connaissaient tous les détours qu'il fallait prendre , il s'engagea avec ces paysans dans le chemin jusqu'à leur arrivée au bord d'un torrent qu'il fallut passer entre deux précipices. Un pauvre homme, un des plus lourdement chargés , se voyait obligé de resteren arrière, parce qu'il était fort vieux et boiteux. Le saint évêque , quoique guère moins âgé et d'ailleurs tout atténué par ses jeûnes et ses austérités , eut le courage et la charité de prendre le fardeau du vieillard , de le mettre sur ses épaules et de le porter de l'autre côté du torrent ; puis il chargea le pauvre homme sur le dos et le transporta sur l'autre bord.

Étant arrivé à Milan, un jour que plusieurs évêques se trouvaient assemblés pour célébrer la fête de quelques saints , probablement de saint Gervais et de saint Protais , il entra dans l'église pendant la messe , sans être attendu ni connu de personne. Mais un possédé s'écria du milieu du peuple : « Germain, pourquoi nous viens-tu chercher en Italie? Qu'il te suffise de nous avoir chassés de Gaule et d'avoir vaincu nous et l'Océan par ta prière. » Le peuple, étonné y demande quel est ce Germain ? Enfin , malgré la pauvreté "de son habit, on le reconnaît à la majesté de son visage. Aussitôt les évêques le saluent avec respect et le prient de délivrer le possédé; il obéit, le tire à part dans la sacristie et le ramène guéri. Comme on le pense bien , il fut environné d'une multitude de fidèles qui cherchaient à le voir et à l'entendre , ou à faire recouvrer la santé à leurs malades par sa bénédiction.

Le saint prélat, joignant toujours des instructions salutaires à ses œuvres surnaturelles , ne guérissait point les corps sans travailler en même temps à la gué»

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