CHAPITRE I
l'empereur mourant , et , pendant la minorité de Théodose, la tranquillité de l'Empire ne fut nullement troublée de ce côté. Arcadius mourut le 1er janvier 408, à trente-et-un ans , et alla rendre compte du mal qu'il avait fait , ou plutôt qu'il avait laissé faire , pendant un règne de treize ans , livré à la conduite de sa femme et de ses eunuques.
L'administration de l'Empire fut remise entre les mains d' Anthémius , préfet de l'Orient , qui remplit avec zèle une charge si difficile ; il assura et augmenta même la paix et la prospérité de l'Empire. L'éducation du jeune prince fut confiée à sa sœur aînée Pulchérie, qui , par sa haute piété, était digne de cet emploi. Nous aurons occasion de faire connaître avec plus de détails cette sainte reine, quand nous serons arrivés à saint Léon-le*Grand. Le futur souverain de l'Orient passa sa jeunesse dans une solitude presque claustrale, n'ayant pour société que ses trois sœurs. Il donna à Pulchérie le rang d'auguste, et ce fut cette sage et pieuse princesse qui , pendant et après la minorité de son frère , dirigea toutes les affaires de l'Empire. Elle donna pour épouse à Théodose la belle et spirituelle fille d'un sophiste grec. L'avènement de cette impératrice eut lieu avec des circonstances assez piquantes.
Théodose avait vingt-etr-un ans, et sa sœur cherchait une épouse digne de lui , quand une jeune athénienne , fille de Léonce , sophiste d'Athènes , arriva à Constantin nople , chassée de sa ville natale , après la mort de son père , par ses frères qui la laissèrent sans aucune ressource. On la nommait Athénaïs et sa beauté était merveilleuse. Son père l'avait instruite dans les belles-lettres et dans les sciences , et en avait fait un grammairien , un philosophe et un rhéteur* Une idée bizarre vint à l'es-
prit de ce sophiste ; il crut qu'avec tant de talents joints, à une grande beauté , sa fille n'avait pas besoin de biens, et il la déshérita. Elle ne fut pas de l'avis de son père, et, après sa mort, elle voulut rentrer dans ses droits. C'est alors qu'elle subit de ses frères les plus odieux traitements. Elle vint se plaindre à Pulchérie de leur conduite et demander réparation. La princesse s'informa des mœurs de la jeune athénienne ; ayant appris qu'elles étaient au-dessus du soupçon , elle réalisa la pensée que lui avait inspirée la première vue de la belle athénienne et elle la maria à Théodose. Athénaïs était encore païenne 5 elle fut instruite et baptisée , et reçut le nom de Eudocie. A la nouvelle de cette fortune extraordinaire, les frères d' Athénaïs, craignant sa vengeance, prirent la fuite. Mais elle était aussi généreuse que belle, et loin de se venger de ses frères , elle les fit venir à Constantinople et les éleva aux premières dignités de l'Empire. Nous verrons cette princesse mêlée, sous le pontificat de saint Léon-le-Grand , aux manœuvres des hérétiques et des schismatiques. Elle ne sut passe montrer reconnaissante de la position inespérée qui lui avait été faite par Pulchérie et voulut combattre son influence toute-puissante. Pulchérie fut obligée de l'envoyer en exil et continua à gouverner l'empereur et l'Empire.
L'administration de cette princesse, qui ne déploya pas une grande vigueur à l'extérieur, fut néanmoins pleine de prudence et troublée seulement , en 422, par une courte guerre contre les Perses, que suscita une persécution des chrétiens dans ce royaume. Cette guerre, qui se termina par une trêve de cent ans , grâce à la généreuse intervention d'un évèque catholique , montra de nouveau l'influence salutaire exercée par l'Église dans ces temps d'anarchie et de violences. Les Romains
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avaient fait près de sept mille prisonniers qu'ils ne voulaient pas rendre et qui périssaient de faim. Le roi de Perse en était très-irrité. Alors l'évêque d' Ami de, nommé Acace , assembla son clergé et lui proposa de consacrer les vases d'or et d'argent de l'église, à racheter et à nourrir ces soldats captifs. Il fit en effet fondre ces vases , paya aux Romains la rançon des Perses prisonniers , leur fournit des vivres , le moyen de faire leur voyage et les renvoya à leur roi. Celui-ci , plein d'admiration pour cette conduite, désira voir l'évêque Acace, et, à sa prière, conclut la paix. La Charité fut plus forte que la Victoire.
Après la mort d'Honorius , Théodose , ou plutôt ulchérie, résolut de soutenir les droits de sa sœur Placidie et de son fils mineur Valentinien III au trône de Ravenne, car depuis longtemps déjà Rome n'était plus le siège de l'Empire d'Occident. Honorius avait à peine fermé les yeux, qu'un dignitaire placé près du trône, le primicier Jean , s'en était emparé , avait soumis l'Italie et appelé à son secours les Huns qui se rapprochaient de plus en plus du théâtre de leurs funestes exploits. Encore des Barbares introduits dans l'Empire parla trahison! Théodose donna à Placidie et à son fils , pour reconquérir leurs droits , une armée et une flotte commandées par Ardabure et Aspar , deux chefs qui s'étaient distingués dans la guerre contre la Perse. Le premier conduisait l'infanterie sur des vaisseaux par* la mer Adriatique; Aspar longeait la côte avec la cavalerie. Aquiléc s'était rendue à lui sans résistance , quand il apprit que la flotte de son père Ardabure avait été dispersée par la tempête et son chef amené prisonnier à Ravenne. Tout paraissait perdu, mais Ardabure , dans Ravenne même , réussit à détourner les soldats du parti de Jean et à les rendre favorables
à la cause de leur souverain légitime. Une insurrection éclata et fut appuyée par l'arrivée d'Aspar. Jean , après un règne de peu de durée, fut décapité, en 425 , et Valentinien III reconnu pour souverain de l'Empire d'Occident. A cause de la grande jeunesse de cet empereur, sa mère Placidie , la reine des Goths , fut chargée de la direction des affaires. C'est ainsi que ce vaste Empire romain , gouverné avec gloire et vigueur par Théodose-le- Grand , avec faiblesse et impuissance par ses deux fils , vint à tomber sous le pouvoir de deux femmes , dont Tune était sa fille et l'autre sa petite-fille, et qui, sous le nom de leur fils et de leur frère , gouvernèrent dans un esprit et avec une destinée bien différents.
Les services éminents que l'empereur d'Orient avait rendus à sa sœur et à son neveu furent payés par la cession de la riche et importante province d''Illyrie, et la séparation des deux Empires qui , depuis longtemps , existait de fait par la froideur qui avait régné entre Arcadius et Honorius, fut déclarée légalement et solennellement par les deux nouveaux souverains.
Les causes qui devaient décider la chute de l'Empire d'Occident, et que la bonne fortune d'Honorius, bien moins que son habileté et son énergie , avait paralysées pendant quelque temps, se développèrent rapidement sous l'administration de Placidie ; chose remarquable ! une circonstance qui aurait dû contribuer à raffermir la puissance de l'Empire , tant au dedans qu'au dehors , précipita au contraire sa destruction. Depuis la mort de Stilicon , les armées romaines n'avaient eu à leur tête d'autre général distingué que Constance. Mais Valentinien III eut le bonheur d'en posséder à son service deux qui, pour les talents militaires, pouvaient être comparés aux plus illustres capitaines de la république. Mais leurs