CHAPITRE I
divisions perdirent l'Empire que leur union aurait pu consolider et sauver.
Boniface surpassait Aëtius par ses vertus comme par son intelligence. Après la mort de sa première femme , il prit la résolution de quitter les armes , et de se faire moine ; mais il en fut détourné par son ami saint Augustin qui croyait Boniface appelé à rendre , en vivant dans le monde , de plus grands services à l'État et à l'Église. Il épousa en secondes noces une parente du roi des Vandales. Ce mariage lui fut fatal et lui fit perdre une partie de ses vertus , et surtout la continence. En 41 3 , il défendit Marseille contre les Goths; en 417, il gouvernait F Afrique. Si Aëtius n'était pas plus moral , il était pins adroit que Boniface. L'impératrice Placidie ne sut pas tenir la balance égale entre ces deux rivaux , et rendre les grandes qualités de l'un et de l'autre utiles aux intérêts de son fils. Aëtius avait eu déjà précédemment de fréquentes relations avec les Barbares, et surtout avec les Huns ; partisan du primicier Jean, la chute rapide de cet usurpateur lui fit perdre tous ses amis qui , comme il arrive d'habitude, se déclarèrent pour le vainqueur. Boniface , fidèle ami de saint Augustin, avait toujours , au contraire , défendu avec zèle la cause de Placidie , ce qui lui avait valu la faveur particulière de l'impératrice 5 il en fut récompensé par le gouvernement de l'Afrique. Aëtius supporta difficilement la préférence accordée à son rival , et ne trouva pas de meilleur moyen de le perdre que la calomnie jointe à de perfides conseils. Il commença par représenter à Placidie que Boniface pouvait se rendre trop puissant en Afrique , et devenir dangereux pour l'autorité impériale; que la prudence exigeait donc qu'on lui retirât un poste si important. Quand l'impératrice , cédant trop légère-
40 SAINTLÉON -LE-GRAND.
ment à ces représentations malveillantes , eut envoyé à Boniface l'ordre de se démettre de ses fonctions , Aëtius persuada à celui-ci de résister et de se déclarer indépendant. Boniface , irrité de l'ingratitude dont on payait ses loyaux services , suivit les conseils de ce faux ami , et repoussa à main armée l'ordre qui lui avait été transmis. Cette funeste résolution fut un triomphe pour Aëtius , et l'impératrice se décida à faire rentrer, par la force , ce serviteur rebelle dans le devoir. Boniface, malgré quelques succès obtenus dans le commencement , jugea bientôt qu'il lui serait impossible de résister plus longtemps au pouvoir impérial , et ne prit conseil que de son désespoir. Lui aussi , il appela à son secours les Barbares , cette vengeance toujours prête pour servir toutes les trahisons contre l'Empire romain. Les Vandales avaient peu à peu soumis les Suèves et les autres tribus de Barbares avec lesquels ils étaient venus des Gaules en Espagne-, leur roi Genséric accepta l'invitation de Boniface , et conduisit ses hordes dans cette Afrique alors fertile , civilisée et catholique. Le grand ami de Boniface , saint Augustin , lui écrivit une lettre admirable , inspirée par le patriotisme et la religion , afin de le détourner de cette alliance, aussi fatale à la nationalité africaine , qu'aux intérêts de l'Église. Les'Vandales étaient Ariens. L'intervention de saint Augustin eut pour résultat de réconcilier l'impératrice et le comte Boniface ; les intrigues d' Aëtius se découvrirent , mais il était trop tard , les Barbares avaient mis le pied en Afrique ! Boniface déploya tous ses talents pour chasser les Vandales de cette province, la dernière qui restât à l'Empire , mais les Barbares ne se laissèrent pas enlever leur proie. Malgré tous ses efforts , Boniface fut battu à plusieurs reprises. Le dernier acte de cette lutte san-