‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 207 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

premier voyage en Angleterre : c'est une des gloires de ce siècle. Originaire de la Gaule-Belgique, il était né dans la ville de Toul. Sa famille appartenait à la plus haute noblesse de la province. Élevé avec soin dans la piété chrétienne et dans les sciences humaines , il manifesta , dès les premières années, les plus heureuses dispositions du cœur et de l'esprit. Il excellait surtout dans l'éloquence , et s'acquit une grande réputation au barreau. Vers l'an 41 7 , il épousa Piméniole , sœur de l'illustre saint Hilaire d'Arles. Us vécurent ensemble pendant sept années -, puis , inspirés par le désir si commun dans ces siècles de foi de pratiquer la perfection chrétienne , ils firent vœu de continence , vendirent tous leurs biens, les distribuèrent aux pauvres et se séparèrent pour ne plus se revoir qu'en face de Dieu. Loup se retira dans le célèbre monastère de Lérins , où il avait été déjà précédé par son beau-frère Hilaire, et où il fut suivi par son frère le fameux Vincent de Lérins. Dans ces siècles d'anarchie , de ruine universelle , de dissolution morale et de Barbarie , la vie monastique était le refuge de toutes les âmes d'élite , et c'est ainsi que nous voyons des familles entières quitter le monde pour les austérités du cloître. Là se retrempent les caractères, se préparent les natures héroïques , les saints qui deviendront les chefs , les fondateurs et les défenseurs d'une société régénérée. Les nations en décadence proscrivent les ordres monastiques ; elles renaissent et se relèvent en proportion de la liberté laissée aux ordres monastiques de s'établir et de former les hommes qui ont le pouvoir de rendre aux empires cette sève morale productrice de la virilité, de la régularité et de la perpétuité.

Loup embrassa la règle du monastère de Lérins et y passa une année dans les exercices d'une oraison conti-

miellé et de la pénitence la plus rigoureuse. Ayant été obligé de se rendre à Mâcon pour achever de vendre ses biens ei de les distribuer aux pauvres , il fut arrêté dans cette ville , au moment où il se disposait à rentrer dans son monastère , par une députation du clergé et des habitants de Troyes qui , sur sa réputation , voulaient le prendre pour évêque, en remplacement de saint Ours, mort au mois de juillet 426. Malgré la résistance la plus énergique , Loup fut emmené , malgré lui , à Troyes et forcé de se laisser imposer les mains par les évéques de la province de Sens. Sa nouvelle dignité ne lui fit rien changer à la vie pénitente qu'il avait commencée dans le monastère de Lérins. On vit toujours eu lui la même humilité, le même esprit de mortification, la même pauvreté , le même détachement des choses de la terre. Il ne portait point d'autre habit qu'un cilice avec une simple tunique. Un ais de bois composait tout son Ut. Sur deux nuits , il en consacrait une tout entière à l'oraison. 11 restait souvent trois jours sans manger, et après une si sévère asbtinence, toute sa nourriture consistait en du pain d'orge. Il continua ce rude genre de vie pendant plus de vingt ans, jusqu'à l'époque où ses infirmités l'obligèrent à se relâcher d'une si rigoureuse austérité. 11 s'appliqua à la réforme de son clergé et de son diocèse avec une vigueur et une prudence dignes d'un grand évêque et d'un apôtre de Jésus-Christ.

Il était occupé de ces importantes fonctions , quand le Saint-Siège et les évêques de la Gaule le désignèrent pour accompagner saint Germain d'Auierre dans sa mission d'Angleterre (1). Saint Loup, après son retour,

(1) Voyei plus haut, page 88.

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reprit avec un nouveau zèle le grand ouvrage de la réfbrmation des mœurs dans son diocèse. Il déploya penr dant son long épiscopat tant de capacité, d ardeur, de dévouement et de vigilance à pourvoir aux besoins des âmes , de charité à secourir les pauvres et les malades, qu'il devint un modèle de perfection dans le sacerdoce pour tous les pasteurs de l'Église de Jésus-Christ : aussi sa renommée était-elle immense et son ascendant, suivant l'expression de M. Guizot, frappait vivement VUmagination des hommes. Saint Sidoine Apollinaire en parle dans ses lettres avec les expressions d'un véritable enthousiasme \ il l'appelle : « Le père des pères, l'évéque « des évêques , le chef des prélats des Gaules , la règle a des mœurs , la colonne de la vérité , l'ami de Dieu , le « médiateur des hommes auprès du ciel (1). »

M. Guizot, établissant le parallèle de la société païenne et de la société chrétienne , trace ce portrait de saint Loup : « Il vivait durement , et la rigidité de sa concc duite , l'assiduité de ses prières étaient sans cesse cé- « lébrées par ses contemporains. Saint Loup était d'un « esprit cultivé et portait au développement intellectuel c un intérêt actif. Il s'inquiétait dans son diocèse des « écoles et des lectures pieuses ; il protégeait tous ceux « qui cultivaient les lettres.

:< Que dirai-je de plus, Messieurs? Les faits parlent « clairement ; entre les grands seigneurs de la société « romaine et les évêques , il n'est pas difficile de dire «c où était la puissance , à qui appartenait l'avenir (2). »

Le moment était arrivé où le saint évêque de Troyes

(1) Sidoine Apollinaire , liv. I, Ep. iv , is. — Liv. VI, Ep. a, — Liv. VII Ep. xiv. — Lit. IX, Ep. il.

(2) Cours tfhtst. moderne , tome I , page 129.

allait être appelé , à son tour, à protéger son peuple contre les Barbares. Ils approchaient de Troycsqui, dans l'imprévoyance du gouvernement romain , ne possédait ni armes, ni garnison, ni fortification. Comme saint Aignan, saint Loup place toute sa confiance en Dieu , confiance d'autant plus extrême qu'il n'attendait pas un secours des armées romaines. Il assemble tous les habitants, indique un jeûne et des prières publiques, afin d'apaiser la colère divine irritée par les péchés des hommes. Il donne l'exemple, couvert d'un sac, étendu sur la cendre, s'humiliant, pleurant, demandant pardon pour son peuple. Il reste dans cet état , sans manger ni dormir, jusqu'à la nouvelle que les Barbares commençaient à se montrer. Ici , la scène n'est plus la même qu'à Orléans. Saint Loup se relève plein de foi et d'espérance , se revêt de ses habits pontificaux , se fait accompagner de tout son clergé et marche en procession, précédé de la croix, au-devant d'Atilla. L'évêquc prend le premier la parole , et , d'une voix calme et ferme , demande à l'exterminateur de tant de peuples qui il est? — Je suis le fléau de Dieu , répond Attila. — Saint Loup : Respectons donc ce qui nous vient de Dieu 5 mais si vous êtes le fléau dont il veut nous châtier, songez que vous ne devez faire que ce qui vous est permis par la main qui vous meut et vous gouverne. » Attila , frappé de l'aspect vénérable et imposant de l'évêque , de ce cortège si nouveau pour lui , de ce langage auquel il était si peu accoutumé , enfin incliné à la miséricorde par Celui qui courbe et brise les cèdres , Attila s'adoucit , comme le lion sous les caresses d'un enfant, et il épargna la ville. La légende raconte que saint Loup fit passer Attila avec toute son armée à travers la ville de Troyes , sans que ni ce prince ni aucun

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