‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 209 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ses bords , comme un torrent. Attila voit ses hordes ébranlées par ce premier désavantage , et voulant relever leur courage, il leur adresse cette harangue (1):

«r Guerriers d'Attila * je ne vous ferai point languir par de vaines paroles. Est-il pour vous une plus importante occupation que celle de la guerre ? car , quoi de plus doux que de se venger soi-même? La vengeance est un don précieux de la nature. Marchons donc à l'ennemi avec résolution : l'audace est pour ceux qui attaquent. Méprisez ce ramas de nations désunies , que la peur seule a pu associer. Voyez-les : elles tremblent avant le combat , se réfugient sur des hauteurs , et , par un tardif repentir, se réservent des lieux de sûreté. Dès longtemps vous savez combien peu redoutables sont les armes des Romains ; la plus légère blessure , le moindre atome de poussière, suffisent pour les accabler. Tandis que feurs bataillons en désordre cherchent à former un rempart protecteur, précipitez-vous selon votre coutume en méprisant leurs cohortes , chassez les Alains et les Visigolhs : c'est là que vous triompherez et que vous mettrez fin au combat. Le corps ne se peut tenir debout quand les os en sont arrachés. Courage ! que votre fureur se rallume! Le glaive ne peut rien contre les braves avant Tordre du destin. La fortune nous aurait-elle livré tant de nations , si elle n'eût pas voulu couronner nos triomphes par les jouissances de ce grand combat? C'est -lie qui a ouvert à nos ancêtres le chemin des Palus*

(l) Jornandés, qui nous fait couualtre ce discours, fa sans doute inventé, ao joins quant à la forme. Toutefois, les idées et les sentiments exprimés ont une oolesn* de Barbare qui doane a cette harangue nn certain mérite de vratsemlance. Jornandés avait connu des vieillards qui prirent part à cette bataille de hâtons.

Méotides , fermé pendant tant de siècles. C'est elle qui nous a fait vaincre les peuples les plus aguerris , avant même que nous fussions habiles dans l'usage de nos armes. Cette foule épouvantée ne pourra regarder les Huns en face. Guerriers, si l'événement ne me trompe, voici le champ qui nous fut promis par tant de victoires ; je lance le premier trait à l'ennemi ; quiconque oserait devancer Attila au combat est mort. »

Au signal donné par le chef des Huns , tous s'ébranlent, en poussant des cris effroyables, brandissant et choquant leurs armes. L'armée d'Aétius marche au devant des Barbares. Théodoric, roi des Visigoths , est tué dès le commencement de la bataille , et reste enseveli sous des monceaux de cadavres. Son fils Thorismond et Aétius , séparés du gros de leur armée, sont au moment d'être faits prisonniers -, mais ils se dégagent, reprennent l'offensive, forcent le centre et l'aile gauche des Huns et les poursuivent jusque dans les premiers retranchements de leur camp , où le combat continue encore avec rage. Commencée à trois heures de l'aprèsmidi , la bataille ne se termina que fort avant dans la nuit. Cent soixante mille cadavres étaient étendus sur la plaine. Attila avait fait sonner la retraite et s'était réfugié dans l'enceinte la plus reculée de son camp , formée par ses chars scythes. Là, s'attendant à voir l'armée romaine le poursuivre jusque dans cette dernière limite, il avait ordonné d'amonceler toutes les selles de sa cavalerie, décidé, si l'ennemi forçait cette enceinte, à se placer sur ce bûcher et à s'ensevelir dans les flammes. Aétius, de son côté , n'avait pu , à cause de la nuit, «'assurer à qui appartenait la victoire , et ce fut le len-

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