‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 210 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

demain seulement que l'immobilité d'Attila fit connaître au général romain son triomphe. Malgré les instances de Thorismond, qui voulait venger la mort de son père, Aétius refusa de poursuivre les Huns , soit qu'il se crût trop affaibli par les pertes de la bataille pour reprendre l'offensive , soit qu'il craignît d'avoir à lutter contre les Huns réduits aux dernières extrémités, soit enfin qu'il ne voulût pas, par l'extermination des hordes d'Attila , donner trop de puissance aux Visigoths. Aétius licencia ses alliés , quitta le champ de bataille et revint en Italie.

Attila ne s'aperçut de la retraite des vainqueurs que par le silence de mort qui régnait autour de son camp. Je dis bien : silence de mort! car Attila ne vit que les :ent soixante mille cadavres qui ne troublaient pas le ;alme des champs catala uniques. Surpris d'avoir échappé i une destruction qui lui paraissait certaine, le chef des luns se hâte de profiter d'un bonheur inespéré , orlonne d'atteler les chariots , de charger les bagages et le reprendre la route du Rhin.

Telle a été la dernière victoire de l'Empire romain , ►recédée du triomphe obtenu par sainte Geneviève à ■aris , par saint Aignan à Orléans, par saint Loup à Voyes. Rendons grâces à l'Église catholique, aux solats Romains d' Aétius, à nos ancêtres Francs et Visigoths e M érovée et de Théodoric ; car, si Attila eût été vainueur, si la race Tartare eût établi et maintenu sa doli nation dans les Gaules, que serions-nous aujourd'hui, rancais du dix-neuvième siècle? des esclaves civilisés, îarqués de l'empreinte indélébile de la Barbarie, des hinois et des Russes.

Au milieu des préparatifs de sa retraite, Attila se souint de ce vieillard dont l'auguste majesté et la parole

intrépide avait fléchi sa férocité devant Troyes. Le chef des Huns venait d'apprendre que tout l'art de9 augures et les victimes immolées aux dieux n'avaient pu le préserver d'une terrible défaite. Il pensa donc que le Dieu de saint Loup , qui avait dompté le cœur d'Attila , serait assez puissant pour le protéger dans sa retraite contre les poursuites de l'armée romaine. Il envoya chercher saint Loup, le priant de l'accompagner jusqu'au Rhin. L'évêque se rendit à l'appel d'Attila et le suivit à travers les Gaules. Quelle scène! Ce vieillard chrétien marchant, comme un ange gardien, à côté de l'exterminateur de tant de peuples ! Ces Barbares id<y la très qui croient , sans la connaître, à l'autorité de ce représentant de la religion du Christ L qui se confient à sa présence pour les défendre contre leurs vainqueurs! Et cet évêque , la veille sauvant les Romains et les Gaulois contre les Barbares ., et le lendemain sauvant les Barbares contre les Romains et les Gaulois ! La mission de l'Église est tout entière dans ce tableau.

Arrivé sur les bords du Rhin , Attila renvoya saint Loup , en se recommandant à ses prières. Mais , pendant son absence, le saint fut exposé aux plus indignes calomnies par des gens qui ne comprenaient pas le in& rite de son action. Ils soulevèrent le peuple contre leur évêque , en l'accusant d'intelligence avec les Barbares et d'avoir favorisé leur retraite. A son retour, le saint trouva les esprits si vivement irrités contre sa personne , qu'il se vit obligé de s'éloigner de la ville qui lui devait son salut. Il se retira à quinze lieues de Troyes, sur une montagne où il pratiqua toutes les austérités de la solitude et de la mortification. Quelques années après, les esprits s' étant calmés , ils reconnurent leur méchanceté et leur ingratitude , et le grand et saint évêque rentra

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