‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 212 sur 378 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de ta gloire, c*est 'qu'ils ne se trompent pas; car il n'est aucun d'eux qui ne se rappelle chaque jour que, malgré les splendeurs de ta noblesse et l'éclat de tes vertus, guidé par ton amour seul , tu as rompu toutes les entraves, toutes les barrières, surmonté tous les obstacles qui s'opposaient à ton voyage, c'est-à-dire la longueur du chemin, la brièveté des jours, l'abondance des neiges, la disette des fourrages , la solitude des lieux , le désagrément des hôtelleries , la difficulté des routes devenues impraticables par les eaux ou par des gelées , des monceaux de pierres élevées ça et là , des fleuves glacés et dangereux , des collines âpres et rudes , des vallées que sillonnent de nombreux éboulepients : tous ces obstacles , surmontés par toi sans aucun intérêt particulier, t'ont mérité l'amour public.

Il nous reste à prier Dieu qu'il recule , selon nos déîirs , les bornes de ta vie 5 puisses-tu toujours ainsi am- )itionner, recevoir et posséder l'amitié des gens de rien ; puisse te suivre l'affection que tu laisses ici ; misse l'estime dont tu jouis partout grandir sans cesse t durer toujours ! Adieu (1). »

Retournons vers Attila. Rentré, avec ses hordes, dans es campements du Danube, il passa l'hiver de 451 à 452 réparer ses forces et à venger sa défaite. J'imagine que ans les longues soirées passées sur leurs chariots, qui iur servaient de tentes, les Huns, en se racontant les inidents divers de leur expédition dans les Gaules, ne pensent pas sans amertume qu'ils avaient rencontré en face eux, et parmi leurs ennemis les plus acharnés, d'autres

(1) Sid. ApolL, 1. 1; édit. Grégoire et Collombet.

Barbares, enfants de la même race, les uns de la même tribu, d'autres de la même famille. Si les sentiments de tristesse qu'inspiraient ces fatales rencontres ne furent pas exprimés par les Scaldes qui chantaient pour distraire les ennuis d'Attila, du moins ils se transmirent dans la poésie germanique. Trois siècles après la bataille de Châlons , on retrouve ces sentiments , sous la forme la plus pathétique , dans un antique monument de la littérature germauique connu sous ce nom : Chant SHilr debrand et de Hadebrand. Le père et le fils, séparés de* puis bien des années , se rencontrent au milieu d'une bataille , dans des rangs ennemis ; le fils ne reconnaît pas le père , et le père se voit dans la nécessité de périr ou de tuer son fils.

a J'ai ouï dire que se provoquèrent dans une rencontre Hildebrand et Hadebrand, le père et le fils. Alors les héros arrangèrent leur sarrau de guerre , se couvrirent de leur vêtement de bataille , et par-dessus ceignirent leurs glaives. Comme ils lançaient les chevaux pour le combat, Hildebrand, père d'Hadebrand, parla; c'étaitun homme noble, d'un esprit prudent. Il demanda brièvement à l'autre qui était son père parmi la race des hommes , ou de quelle famille es-tu ? si tu me l'apprends je te donnerai un vêtement de guerre à triple fil ; car je connais, ô guerrier ! toute la race des hommes.

Hadebrand, filsd'Hildebrand, répondit : Des hommes vieux et sages dans mon pays, qui maintenant sont morts, m'ont dit que mon père s'appelait Hildebrand ; je m'appelle Hadebrand. Un jour il s'en alla vers l'Est} il fuyait la haine d'Odoacre, il était avec Théodoric et un grand nombre de ses héros. Il laissa seule, dans son pays, sa

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