‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 213 sur 378 · CHAP1TAE XII · texte numérisé non relu

CHAP1TAE XII

jeune épouse, son fils encore petit, ses armes, qui n'avaient plus de maître j il s'en alla du côté de l'Est. Depuis, quand commencèrent les malheurs de mon cousin Théodoric , quand il fut un homme sans amis , mon père ne voulut plus rester avec Odoacre. Mon père était connu des guerriers vaillants; ce héros intrépide combattait toujours à la tête de l'armée ; il aimait trop à combattre , je ne pense pas qu'il soit encore en vie. — Seigneur des hommes, dit Hildebrand, jamais, du haut du ciel , tu ne permettras un combat semblable entre hommes du même sang. Alors il ôta un précieux bracelet d'or qui entourait son bras, et que le roi des Huns lui avait donné. Prends-le, dit-il à son fils, je te le donne en présent. — Hadebrand , fils d'Hildebrand, répondit : C'est la lance à la main, pointe contre pointe, qu'on doit recevoir de semblables présents. Vieux Hun! tu es un mauvais compagnon \ espion rusé, tu veux me tromper par tes paroles, et moi , je veux te jeter bas avec ma lance. Si vieux, peux-tu forger de tels mensonges? Des hommes de mer qui avaient navigué sur la mer des Vendes m'ont parlé d'un combat dans lequel a été tué Hildebrand, fils d'Herebrand. — Hildebrand , fils d'Herebrand , dit : Je vois bien à ton armure que tu ne sers aucun chef illustre, et que dans ce royaume tu n as rien fait de vaillant. Hélas ! hélas I Dieu puissant ! quelle destinée est la mienne ! j'ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés ; on me plaçait toujours à la tête des combattants; dans aucun fort on ne me mit les chaînes aux pieds, et maintenant il faut que mon propre enfant nie pourfende avec son glaive , m'étende mort avec sa hache, ou que je sois son meurtrier! Il peut t'arri ver facilement, si ton bras te sert bien, que tu ravisses à un homme de cœur son armure, que tu pilles son cadavre \

fais-le, si lu crois en avoir le droit , et que celui-là soit le plus infâme des hommes de l'Est qui te détournerait de ce combat dont lu as un si grand désir. Bons compagnons qui nous regardez, jugez dans votre courage qui de nous deux aujourd'hui peut se vanter de mieux lancer un trait , qui saura se rendre maître de deux armures.— Alors ils firent voler leurs javelots à pointes tranchantes, qui s'arrêtèrent dans leurs boucliers 5 puis ils s'élancèrent l'un sur l'autre. Les haches de pierre résonnaient ils frappaient pesamment sur leurs blancs

boucliers -, leurs armures étaient ébranlées , mais leurs corps demeuraient immobiles (1). »

Tel est le fidèle tableau des mœurs de ces Barbares que nous avons vus si respectueux , si doux et si cléments en présence des évêques catholiques. Quand des peuples sans foi et sans amour sont emportés par les instincts de leur nature, Dieu, à la voix de son Église, fait descendre du ciel l'ange de la Miséricorde , qui rétablit la paix et la charité dans ces cœurs indomptés. Ah! si cette voix n'est pas écoutée , malheur à vous, malheur à nous , les lions et les tigres du désert seront moins impitoyables !

(I) Ici s'arrête le chant. M. de Chateaubriand a publié dan» ses Etudes historiques une traduction de ce chant par M. J.-J. Ampère; M. Micbelet, dans son Histoire de France, donne une autre traduction; j'emprunte celle de M. Ampère.

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