CHAPITRE XIII
hommes en état de porter les armes sont massacres. Après avoir enlevé les femmes et toutes les richesses de la ville, ils y mirent le feu et se retirèrent dans cette opulente partie de la plaine d'Italie , située a l'embouchure des grandes rivières et nommée la Vénétie. Tous les habitants, terrifiés par la catastrophe d'Aquilée , se réfugièrent dans les îles à moitié inondées qui embarrassent les bouches de l' Adige , du Pô , de la Brenta et du Tagliamento. Ils s'abritèrent sous des cabanes de feuillages et y transportèrent tout ce qu'ils avaient pu sauver de leur fortune ; leur séjour se prolongeant , ils établirent des habitations plus commodes et plus so~ lides : des petites villes furent fondées, et c'est ainsi que Venise sortit du milieu des eaux. Milan, Pavie, Vérone t toutes les villes de la Haute-Italie tombèrent au pouvoir des Huns. Qui donc résiste à ces Barbares ? qui protège les populations? que fait l'empereur d'Occident, puisqu'il y a encore un empereur? Où sont les armées vies torieuscs dans les champs catalauniques? Le dernier des généraux romains, Aétius , ne teutera-t-il pas de sauver Ra venue , la ville impériale, Rome , la ville des Césars , l'Occident, toute l'Italie, l'antique civilisation? Valentinien III, usé parla débauche, n'a pas même la force de penser au danger qui le menace, Ce qui restait de soldats aux maîtres du monde a été épuisé dans les plaines de Châlons, et les débris de cette armée sont restés dans les Gaules. Aétius a-t-il été dans l'impuissance de former une autre armée ? Voyant cet Empire condamné à mourir, a-t-il eu des pensées de trahison pour se ménager la faveur des conquérants? Malheureusement pour lamémoire d' Aétius , il avait été déjà Pallié de ces mêmes Huns. Quoi qu'il en soit, aucun moyen de résistance ne s'est trouvé organisé , et Attila n'a qu'à poser le pied sur Rome et l'Italie pour les écraser.
L'empereur, averti qu'il n'est plus en sûreté dans Ravenne, se sauve à Rome près du Pape. L'héritier des Césars qui ont voulu étouffer dans des flots de sang la religion catholique, n'a plus d'espoir de salut pour sa personne , son trône et son Empire que dans la protection du chef de cette religion. Attila avait établi son camp sur les rives du Pô , d'où il se disposait à envahir l'Italie centrale et à venir s'emparer de Rome. L'empereur, le sénat et le peuple vivaient dans la plus cruelle anxiété , s'attendant à subir le sort de toutes les autres villes tombées au pouvoir des Barbares. Dans cette situation désespérée , tous les regards se dirigent sur le Souverain -Pontife. Une députation solennelle se présente devant saint Léon et sollicite son intervention auprès d'Attila. Ce grand Pape, ne consultant que son amour pour sa patrie et le peuple dont il était le pasteur et le père, accepta cette mission aussi difficile que périlleuse. Jamais ambassadeur ne fut chargé d'une négociation du succès de laquelle dépendaient de si vastes intérêts. Il ne s'agit pas ici seulement d'une ville et de ses habitants , mais de l'univers et de la chrétienté. Si Rome tombe au pouvoir des Barbares, s'ils s'emparent de l'Italie, ils seront bientôt les maîtres du monde, et alors que devient le christianisme ? Car avec Rome disparaît le centre de l'unité spirituelle qui a dirigé l'établissement et les progrès de l'Église pendant les siècles qui viennent de s'écouler. Où trouver une autre ville qui remplisse la même fonction? L'Afrique gémit sous les persécutions des Vandales ; l'Espagne et la Gaule sont, en grande partie , occupées par les Goths ariens; l'Eglise d'Orient est divisée par les hérésies, par l'ambition et la tyrannie des évêques. L'heure est arrivée d'une de ces crises terribles dans lesquelles le travail des siècles