CHAPITRE XIII
Baux et de quatre autres personnages. La Croix est k côté du Pape qui , la main levée comme pour bénir, regarde Attila, sur la personne duquel il contemple , avec des sentiments de reconnaissance , l'influence de Faction divine. La simplicité, la dignité et le calme de ce groupe contrastent , de la manière la plus frappante , avec l'agitation et la confusion du groupe des Barbares* La sculpture aussi a voulu reproduire cette grande scène. En 1649, sous le pontificat d'Innocent X, a eu lieu l'inauguration solennelle d'un bas-relief colossal en marbre , placé dans Saint-Pierre de Rome. L'auteur de ce bas-relief est Algardi , un des célèbres artistes de cette époque. Tout en s'inspirant du chef-d'œuvre de Raphaël , Algardi a su rester original , et c'est un bel éloge (1). Dans ce bas-relief , qui représente l'entrevue de saint Léon et d'Attila, on voit l'avant-garde des Huns qui s'avance , les trompettes qui sonnent , un des chefs qui , pour exciter l'élan des Barbares , montre Rome prête à tomber en leur pouvoir ; à ce moment, le Pape apparaît , suivi de deux évêques , d'un porte-croix et d'un caudataire \ d'une main , saint Léon ordonne à Attila de s'arrêter-, de l'autre, il lui fait signe de regarder dans le ciel les apôtres saint Pierre et saint Paul qui , armés d'une épée, menacent les Barbares. Saint Pierre désigne à Attila saint Léon pour avertir le chef des Huns que le Pape se présente avec une mission divine. Attila s'arrêta , les regards fixés sur les deux apô-
siècle par Boniface VIII. — On reconnaît encore dans la suite du Pape les portraits de plusieurs personnages du siècle de Léon X; Raphaël s'y trouve à coiéde ton maître Pcrugtn.
(1) J'ai sous les y eux la gravure à l'eau forte de ce bas-relief par Joseph-Marie M itelli. — 11 existe une autre gravure par Jean-Baptiste Bracellus , peintre florentin; mais celle-ci est d'une exécution détestable.
apôtres , les mains étendues vers ses soldats pour leur donner Tordre de la retraite (1).
Une description de ce bas-relief d'Algardi nous a été donnée par un R. P. jésuite du dernier siècle, Louis Doissin, dans sonpoëme de la Sculpture, un des derniers monuments de cette belle et pure latinité qui a péri avec les écoles des jésuites. Voici la traduction de cç fragment du poëîne de Doissin :
c J'en prends à témoin un bas-relief exécuté avec une rare perfection , où le ciseau ingénieux d'un habile artiste a représenté le Souverain Pontife saint Léon , remarquable par son aspect auguste , et la tête ceinte du triple diadème , abordant le roi des Huns , qui médite la ruine de la nation romaine , et qui se prépare à passer les habitants de Rome au fil de l'épée. Le saint Pape apaise par ses discours le prince barbare , et , le prenant par la main , il lui défend de porter plus loin sa marche téméraire , pendant que saint Pierre , et saint Paul , son fidèle compagnon , envoyés par le roi suprême du ciel au secours de Rome, paraissent dans l'air, environnés d'une nue , et , armés d'un glaive terrible , menaçant Attila d'une prompte mort, s'il ne lève sur-le-champ le siège d'une ville protégée par Dieu même , et s'il n'a soin de remettre dans le fourreau son épée sacrilège. Attila lève les yeux vers les deux apôtres ; mais ses regards ne peuvent soutenir un si grand éclat 5 sa paupière débile en est éblouie. C'est ainsi que lorsqu'on veut fixer
(1) Alexandre Algardi, né à Bologne en 1602, mort en 1664, fut à la fois sculpteur et architecte distingué. Parmi ses autres ouvrages , je signalerai un beau Christ placé dans l'église de Sainte-Marthe, à Home, et une statue de saint Philippe de Néri, revêtu de la chasuble, avec un ange qui lui présente un livre; cette statue est dans In sacristie de l'Église-Neuve à Rome.