‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 227 sur 378 · SAINT LÉON ET GEKSÉRIC · texte numérisé non relu

SAINT LÉON ET GEKSÉRIC

Seigneur, nous avons entendu , nos pères nous ont raconté les merveilles que vous avec opérées de leur temps et dans les jours anciens,

Ps. XLIU.

Soumission du patriarche de Constanlinople. — De la fixation de la Pâque pour Tannée 455. — Nouvelles manœuvres des hérétiques à Constantiaeple et en Palestine. — Persécutions contre les catholiques en Afrique* — Martyre de sainte Julie. — Genséric appelé en Italie par l'impératrice Eudocie. — Invasion des Vandales. — Saint Léon obtient la vie sauve pour les Romains. — Sac de Rome. — Charité de révêqn* de Cartilage envers les captifs romains. — Nouvelle persécution contre les catholiques. — Fin de l'Empire d'Occident.

Les deux années qui suivirent la délivrance de Rome et de l'Italie furent remplies par les soins donnés à la pacification des troubles religieux en Palestine et en

Egypte (1). Nous avons vu que le zèle, la persévérance et la modération du Saint-Siège et de l'Empire parvinrent à rétablir l'orthodoxie à Jérusalem et à Alexandrie. Les deux évêques de cette ville, Juvénal etProtérius, avaient fait acte de soumission et d'union. En Tannée 454 , une nouvelle circonstance vint donner la preuve de la sollicitude avec laquelle saint Léon veillait sur le maintien de la justice, de l'ordre et de l'indépendance au sein de l'Eglise. Il s'était introduit dans l'évëché d'Alexandrie un usage, d'après lequel les économes ne rendaient point, comme ils l'auraient dû faire, le compte de l'administration des biens de l'Église à l'évêque et au clergé , mais à des juges impériaux , ce qui plaçait ses intérêts dans la dépendance d'autorités étrangères, et consacrait l'intervention illégale du pouvoir temporel, intervention que le Pape ne consentit pas à tolérer. Il s'en plaignit donc à l'empereur et réitéra si souvent ses représentations qu'il parvint enfin à faire supprimer cet abus.

Le patriarche de Gonstantinople n'avait pas encore donné à saint Léon toute la satisfaction que celui-ci attendait. L'empereur Marcien était intervenu plusieurs fois pour amener un rapprochement entre le Pape et le patriarche. Anatole vit bien qu'avec un prince aussi sincèrement dévoué à l'Église, il n'y avait pas à compter sur la puissance temporelle pour opérer un schisme. Il manifesta donc des dispositions plus conciliantes ; mais le Pape exigea toujours , avec la plus inébranlable fermeté , le renoncement au privilège réclamé pour le siège de Constantinople. A une nouvelle lettre de Marcien , saint Léon répondit : « Anatole doit

(1) Voyeit. I, les chap. IX et X.

eiupiTAC xiv, 115

exécuter ce que les canons prescrivent, et maintenir la paix, l'amitié et la bonne intelligence avec tout le clergé, et prouver qu'il a complètement renoncé à ses anciens projets. S'il est disposé à faire cette promesse, non-seulement de bouche , mais encore du fond du cœur, aucun obstacle ne s'opposera plus à une entière réconciliation. Si, au contraire, Anatole persiste dans la conduite qu'il a tenue .jusqu'à ce jour, je ne changerai rien de mon côté à celle que j'ai adoptée, et l'empereur approuvera cette résolution. Ce ne sont pas seulement les intérêts du Saint-Siège que je soutiens et défends, mais ceux de tout le monde , en réprimant le caractère ambitieux et arrogant d'Anatole. J'ai pour maxime d'être avec tous et pour tous. »

Après cette déclaration à la fois modérée et ferme , Anatole jugea convenable de céder], et il écrivit au Pape une lettre dans laquelle il commence par lui exprimer la douleur que lui fait éprouver son long silence et le mépris que ce silence semblait indiquer. « J'ai rempli , dit-il , toutes les conditions qui m'ont été imposées ; Aétius, dont la parfaite innocence a été reconnue dans le concile tenu à Constantinople en 453 , est rétabli ; André est déposé et éloigné de l'Eglise, ainsi qu'Eutychès et tous ses partisans. Quant au privilège que j'ai réclamé pour le siège de Constantinople, et à l'accusation de projets ambitieux , portée contre moi à ce sujet , la faute n'en est pas à moi , qui ai toujours aimé le repos et la paix au sein de l'humilité, mais au clergé delà ville im«périale qui a désiré cet honneur : tous les membres de ce clergé ont été d'accord sur cette question , et ils se sont mutuellement soutenus. Après tout, l'approbation et la confirmation de ce qui s'est fait à Chalcédoine a été réservée au Saint-Siège. »

11tf SAINT LÉ0N-LE«GfiAND.

Le 29 mai 454 , saint Léon fit à cette lettre une réponse très-mesurée, et où il manifeste qu'il n'ajoutait pas pleinement foi aux assurances d'Anatole. Cependant , pour ne pas lui fournir un prétexte de se plaindre plus tard que le Pape avait repoussé ses avances, Léon loue dans sa lettre ce qui est digne de louanges , mais en déclarant qu'Anatole fait mal de rejeter sur d'autres les fautes de son ambition , attendu que son clergé n'avait rien entrepris ni pu entreprendre que ce qu'il avait lui-même approuvé. Il paraît que , dans le premier moment , Anatole ne répliqua point à cette lettre , soit qu'il eût reconnu son tort, ou qu'il eût senti qu'une plus longue opposition ne serait pas prudente. Ses relations avec le Pape redevinrent, pendant quelque temps , plus amicales et plus dignes de leurs positions respectives : nous verrons que ce bon accord ne tarda pas à être de nouveau troublé , par la faute d'Anatole.

Une autre affaire , qui exigeait une prompte décision, occupa aussi beaucoup saint Léon pendant cette année 454. Il s'agissait de fixer la célébration de la Pâque pour Tannée 455. Cette question avait été abordée avant même le concile de Chaloédoine ; mais, à cette époque, la gravité des circonstances , qui réclamaient toute la sollicitude du Pape , ne lui avait pas permis de donner ses soins à cette affaire avec toute la maturité convenable , et de prononcer une décision définitive. En 454, ia paix rétablie dans l'Orient , les soulèvements de la Palestine et d'Alexandrie apaisés , Protérius reconnu en qualité d'évéque de ce dernier diocèse, lui laissèrent le loisir nécessaire pour diriger de nouveau son attention sur ce sujet. La fixation du jour auquel la fête de Pâques devait se célébrer, dépendant en grande partie

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