CHAPITRE XT
reme; lui ayant demandé s'ils ne partiraient pas le lendemain , il répondit : Je passerai toute cette semaine avec vous dans la laure , et samedi, à minuit, nous nous séparerons. — Il parlait de sa mort. Trois jours après , fête de Saint-Antoine , il leur ordonna de passer toute la nuit en prières dans l'église ; et à la fin de matines, il annonça aux plus anciens disciples que cette veille était la dernière qu'il devait faire avec eux. Il adressa ensuite une longue exhortation à tous ses religieux , et leur demanda quel était celui d'entre eux qu'ils désiraient avoir pour supérieur après sa mort. Tous nommèrent Donatien, son disciple bien-aimé, qui vivait avec lui depuis plus de cinquante ans. — Cela ne se peut, répondit le Saint, car il ne me survivra que de sept jours. — Étonnés de cette réponse , ils demandèrent Elie qu'il leur accorda. Après leur avoir donné sa bénédiction , il les renvoya tous , ne gardant près de lui que Domitien , avec lequel il passa les trois jours suivants ; et il mourut, le samedi 20 janvier 473, âgé de quatre-vingtquinae ans et cinq mois ; il avait passé soixante-huit ans dans la solitude (1).
Telle était, dans ces premiers siècles, la vie de ces conseillers des princes et des peuples.
L'hérésie , découragée par la conversion de l'impératrice Eudocie , eut un moment d'espoir par la mort de l'empereur Marcien; elle eut lieu au commencement de l'année 457 , à l'âge de soixante-cinq ans , après un règne de six ans et demi , au moment où il préparait une expédition contre les Vandales en Afrique. Marcien fut du petit nombre des princes de cette époque qui
(1) Voyez dao« D. Lottin , Analecl. Grœc. , la Vie de saint EuthynUus, écrite quanti*» après m mtt par Cyrille de Scytbopolii, qui avait tccq daot U aaena-
uèrc au Saint.
\{& SAINT LÉON-LR-GflAND.
méritèrent de se faire regretter. Il justifia toutes les espérances de son avènement par l'accomplissement de tous les devoirs que la difficulté des circonstances et sa propre dignité lui imposaient. Son courage et sa fermeté sauvèrent l'Empire d'Orient et le mirent à l'abri de l'invasion des Huns; son zèle et son habileté, et son bon accord avec le Saint-Siège , calmèrent les querelles des partis qui déchiraient le sein de l'Eglise. Marcien sut unir la clémence à la sévérité \ et ce qui sera éternellement un des plus grands sujets d'éloge pour ce monarque , quand on comparera sa conduite à celle de plusieurs de ses successeurs , c'est l'attention scrupuleuse avec laquelle il tint séparés les droits et les devoirs de l'Église et de l'Etat , reconnaissant et maintenant les uns et les autres, dans leurs limites respectives. Son attitude , pendant le concile de Chalcédoinc , offre la preuve évidente de ce fait, et ce ne fut pas la seule occasion où il manifesta le juste sentiment des rapports entre les deux puissances , et où il résolut avec succès lcproblème le plus difficile que présente l'histoire , et qui devint plus tard l'écueil de quelques-uns des plus grands génies. N'oublions pas qu'une partie de ces éloges rejaillit sur l'homme qui dirigeait à cette époque les affaires de l'Église d'une main ferme et avec un coeur plein d'enthousiasme , sur l'illustre Léon. Bien au-dessous du Pape pour la grandeur des conceptions dans les questions politiques et religieuses , Marcien , en se rattachant fortement à Léon , dès le commencement de son règne, en suivant ses conseils pour tout ce qui avait rapport aux affaires de l'Église , en secondant ses efforts pour le rétablissement de la paix , prouva combien était sincère son désir de garantir les intérêts légitimes de l'Église et de l'État, et combien était intelligente et vraie
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la notion qu'il s'était faite de sa position à l'égard du chef de la chrétienté. Sa modération , dans toutes les circonstances , unie k son inébranlable résolution de rendre la justice quand il le fallait , la gravité , la dignité de sa conduite et sa haute piété le rangent parmi les souverains les plus généreux et les plus bienfaisants d'un siècle qui se distingua par l'avilissement des caractères dans toutes les classes de la société. Saint Léon déclara la mémoire de Marcien sainte et vénérable , et r Église grecque en fait la fête , ainsi que de sainte Pulchérie , le \ 7 février.
Le 7 février 457 , Marcien eut pour successeur un tribun ou maréchal-de-camp , nommé Léon, d'une famille obscure de la T h race. Il fut élu par l'influence du patrice Aspar , qui comptait exploiter à son profit cette créature impériale. Le patriarche Anatole posa la couronne sur la tête de Léon. Ce fut le premier souverain couronné par un évêque. S'il faut en croire une anecdote touchante , racontée par l'historien Nicéphore , la pourpre impériale aurait été pour Léon la récompense d'un acte de charité. Un jour, ayant rencontré un pauvre aveugle , qui n'avait point de guide pour le conduire , il lui en voulut servir et le prit par la main pour le mener à la ville. En chemin , le mendiant, pressé de soif, pria Léon de lui aller chercher de l'eau pour rafraîchir l'ardeur qui le consumait. Plein de charité pour le pauvre homme , Léon chercha longtemps dans la forêt quelque source où il pût puiser de l'eau , sans en rencontrer. Au milieu de l'inquiétude qu'il éprouvait, il entendit une voix du ciel qui prononça ces paroles : Tu te tourmentes en vain, l'eau que tu cherches est près de toi. — 11 regarde avec soin autour de lui et il ne voit que de la boue. — La même voix se fait entendre t. u. 10
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de nouveau : « Prends de cette boue qui est à tes pieds, frotte les yeux de l'aveugle, qui , par ce moyen , va recouvrer la vue; et quand tu seras empereur, n'oublie pas de bâtir une église en l'honneur de la Vierge , dans oe même lieu, où j'accorderai toutes les prières raisonnables qui me seront adressées. » La sainte Vierge ayant ainsi parlé à Léon , il s'approcha de l'aveugle, mit de la boue sur ses yeux, qui furent immédiatement rendus à la lumière. Léon étant devenu empereur, comme il lai avait été prédit, fit bâtir en l'honneur de la Mère de Dieu une église à laquelle il donna le nom de la Fontaine , et dont Nicéphore fait une description magnifique (1).
Les intrigants et les hérétiques espérèrent reprendre crédit par l'avènement du nouvel empereur ; mais ils furent bientôt détrompés. A peine monté sur le trône, Léon adressa à tous les métropolitains une lettre dans laquelle il confirmait toutes les lois rendues par son prédécesseur au sujet du concile de Ghalcédoine , dont il se déclara le protecteur, rejetant toutes les hérésies opposées à ses décrets. Cette déclaration publique des intentions de l'empereur ne pouvait manquer d'avoir les résultats les plus avantageux. ; elle mit fin en effet à l'incertitude de beaucoup de personnes sur le parti qu'embrasserait Léon , et donna aux amis de l'ordre et de la légalité courage et confiance.
Avant même de connaître le nom et les dispositions du successeur de Marcien, les partisans d'Eutychés voulurent profiter de la mort de cet empereur pour exciter de nouveaux troubles en Egypte. On sait que le chef des hérétiques révoltés dans cette province , Timothée
(1) Niceph., IW. XV, chap. xv, xxr, xivi.