CHAPITRE XV. J
Élure (<), avait été exilé. Aussitôt que la nouvelle de la mort de Marcien se fut répandue , il reparut en Egypte et s9 occupa activement de rallier tous les moines fanatiques qui le reconnaissaient pour chef. Il se fit précéder dans Alexandrie par quelques-uns d'entre eux, pour exciter en secret le peuple. Les habitants de cette ville, toujours faciles à émouvoir, saisirent avidement l'occasion qui se présentait de faire une nouvelle sédition. Par malheur , Denys , commandant en chef des troupes impériales , se trouvait précisément , avec une grande partie de son armée , dans la Haute-Egypte ; de sorte que , dans le premier moment , on ne put opposer aux révoltés aucune résistance sérieuse. Timothée sut profiter de cette circonstance favorable. Quand il crut avoir suffisamment agité les esprits , il parut dans la ville , rassembla ses partisans autour de lui et parcourut les rues avec eux en poussant des cris tumultueux. La lie du peuple accompagne avec joie son héros , celui qui doit les délivrer du joug des ennemis d'Eutychès. Pierre de Majume et Eusèbe de Péluse sont, avec Timothée , à la tête de cette populace, qui se précipite vers les principales églises d'Alexandrie. Protérius et les clercs qui lui sont restés fidèles , jugeant que toute résistance serait inutile contre ces furieux , abandonnent les églises et se réfugient dans le palais épiscopal. Les révoltés étant arrivés dans la grande église d'Alexandrie , nommée la Césarienne , proclament Timothée évéque ; il est sacré par Pierre de Majume et par Eusèbe , et l'audacieux hérétique monte sur le trône des patriarches d'É-
gypte.
Le parti de Timothée regarda sa victoire comme corn*
(1) Voyei tome I , p. 414.
plète ; et pour garantir sa personne et sa nouvelle dignité, l'intrus commença immédiatement à exercer toutes les fonctions épiscopales. Il ordonna un grand nombre de clercs de divers grades, sacra des évêques, et les envoya dans les églises de la ville et de la campagne , avec mission de sommer tous les prêtres et les diacres , ordonnés par Protérius et même par saint Cyrille , de se soumettre à son autorité, sous peine de déposition et d'exil.
Mais cette mesure , loin d'être utile à la révolte , lui devint funeste : car par ces envoyés la nouvelle de ce qui s'était passé à Alexandrie parvint avec la rapidité de l'éclair dans tout le pays , et le duc Denys l'apprit dans la Haute-Egypte. Ce général accourut pour étouffer la sédition. Il entra dans Alexandrie avec des forces considérables , rétablit la tranquillité, et sut, par cette conduite prompte et décidée , intimider le parti , tout audacieux qu'il était -, au point qu'il n'osa opposer aucune résistance , lorsque , pour étouffer l'insurrection dans son germe, Denys exila Timothée de la ville. Malheureusement ce succès ne fut que passager , et il paraît que les troupes dont Denys disposait n'étaient pas assez nombreuses pour qu'il pût longtemps soutenir ces mesures vigoureuses. Les révoltés s' étant aperçus de cette situation , parvinrent à recouvrer une telle supériorité que Protérius fut de nouveau oblige de prendre la fuite. Mais les partisans de Timothée dirigeant toute leur fureur sur le patriarche , le poursuivirent et le mirent dans la nécessité de chercher [un asile dans le baptistère , où il croyait être protégé par la sainteté du lieu.
On était alors, dans la Semaine-Sainte , et ce jour était le Vendredi-Saint, 29 mars de l'année 447. Une foule de moines des couvents d'alentour et de paysans des campagnes environnantes s'étaient rendus à Alexandrie pour
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celte solennité. Timoihée profita de celte circonstance pour augmenter le nombre de ses partisans d'une multitude de gens grossiers qui , animés d'une rage fanatique, ne reculaient devant aucun crime. Aussitôt que les révoltés eurent découvert l'asile choisi par P roté ri us, ils se précipitèrent dans l'église , pénétrèrent dans la chapelle du baptême, y virent le saint vieillard en prières, entouré de quelques clercs qui lui étaient restés fidèles; sans respecter ni la sainteté du lieu , ni la vieillesse et les cheveux blancs du patriarche , ils le frappèrent d'un coup d'épée dans le ventre et de plusieurs autres coups. Non contents de l'avoir tué , ils commirent les excès les plus abominables sur son cadavre. Us l'entourèrent d'une corde et l'exposèrent sur une place publique très-fréquentée , appelée les Tétrapyles , ou les Quatre-Portes , prodiguant au martyr des insultes et des railleries. De là, son corps fut traîné dans toutes les rues de la ville, percé de mille coups , déchiré en lambeaux ; quelques forcenés de la bande dévorèrent ses entrailles , brûlèrent les restes du cadavre et en jetèrent les cendres au vent. Six autres évêques furent massacrés avec Protérius. Voilà le peuple , dans tous les pays et dans tous les siècles , quand il se laisse exploiter par des passions impies et anarchiques !
La rage de Timothée ne fut pas assouvie par la mort du patriarche $ il fallut anéantir tout ce qu'il avait touché. Les sièges épiscopaux, sur lesquels il avait coutume de s'asseoir dans les différentes églises , furent enlevés et brûlés \ les autels, sur lesquels il offrait le saint sacrifice , furent lavés avec de l'eau de mer pour les purifier. On confisqua tous ses biens ; tous les membres de sa famille furent persécutés ; son nom fut rayé de la liste des évêques dont on devait faire mémoire pendant les sainls
mystères , et remplacé par ceux de Dioscore et de Timothée Élure.
A peine ce dernier eût-il satisfait sa haine qu'il s'occupa d'affermir et d'étendre son pouvoir. Les mesures que Dioscore , son prédécesseur en hérésie et en usurpation , avait prises en semblable occasion , lui parurent les meilleures et les plus efficaces. Il admit à sa communion tous les clercs déposés et bannis par le concile de Chalcédoine , et déclara nulles toutes les ordinations faites par Protérius. Il prononça l'anathème contre le concile lui-même , ainsi que contre tous ceux qui prenaient sa défense , spécialement contre le Pape , contre Anatole de Constantinople et contre Basile d' Antioche. Par suite de cet ana thème, tous les clercs, diacres , prêtres et évêques d'Egypte , sans exception , qui s'étaient déclarés en faveur du concile et qui persistaient dans leur adhésion, furent déposés et bannis, les moines chassés de leurs couvents et les laïques mêmes poursuivis. Un grand nombre de nouveaux clercs et évêques furent immédiatement envoyés à la place de ceux qui avaient été expulsés , et il fut interdit à toutes les églises , sous peine d'excommunication , de recevoir ces derniers et de continuer des relations avec eux. Timothée employa les revenus des églises à récompenser ses partisans , à les multiplier et à les fixer à son parti par l'appât des richesses. Les évêques catholiques d'Egypte , persécutés et chassés , se rendirent presque tous à Constantinople , et ceux à qui l'âge ou la misère ne permit point de s'éloigner, furent réduits à se cacher.
Le Pape était resté fort longtemps sans nouvelles précises et détaillées de la situation des affaires en Egypte. Julien de Cos et Aétius, qui eux-mêmes n'en