‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 24 sur 378 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

la loi vient justifier les sentiments hostiles du peuple, les bornes de la modération ne furent que trop souvent dépassées par la force brutale et des actes arbitraires de divers genres. Des outrages, des destructions, des crimes mêmes que rien ne peut excuser, tels que le meurtre dflypatia et la ruine de Sérapium , mirent fin au paganisme dans l'Orient , avec une promptitude telle que , dès Tannée 423 , Théodose le jeune put dire qu'il n'existait presque plus de païens. La dernière loi que le code Théodosien renferme contre l'ancienne religion est de Tannée 426.

En Occident , la position respective du christianisme et du paganisme était bien différente ; les circonstances politiques au milieu desquelles se trouvait l'Empire obligeaient à tenir une conduite plus modérée à l'égard de la fausse religion. Inquiétés par les invasions perpétuelles des Barbares , les empereurs , quoique sincèrement dévoués au christianisme, se voyaient néanmoins forcés de mettre moins de sévérité dans l'exécution des lois dirigées contre le paganisme , afin de ne pas s'aliéner ceux de leurs sujets qui restaient encore attachés à cet ancien culte. Jusque dans la dernière moitié du cinquième siècle, nous rencontrons, parmi les hommes les plus distingués de l'Empire , des païens qui , par leurs talents , soit dans les conseils , soit à la guerre , s'étaient rendus indispensables aux empereurs et avaient acquis l'estime et la faveur du souverain. De cette situation il résulta que , tout en publiant des lois contre le paganisme, les empereurs tantôt accordaient de nombreuses exemptions, tantôt révoquaient les lois elles-mêmes. Ajoutez que dans l'Occident les temples ne furent nulle part détruits, de sorte qu'aucune mesure décisive ne fut prise contre le paganisme , malgré la prescription de

lois positives. Quoique cette tolérance à l'égard de la fausse religion fût commandée par les circonstances et souvent d'une manière impérieuse , l'Église dut s'y opposer avec d'autant plus de raison que ces faveurs (car quelle plus grande faveur que d'être exempté de la soumission aux lois !) pouvaient facilement dégénérer en habitude et causer des dommages considérables à l'établissement du Christianisme. En conséquence les é vaques adressèrent des prières réitérées aux empereurs de détruire non-seulement les tableaux et les statues, mais tous les monuments du paganisme. Du reste, cette croyance était encore profondément enracinée dans l'esprit de la multitude à Rome, tout au moins sous la forme d'opinions particulières , de coutumes et de superstitions. Lorsqu'en 409 la ville fut, pour la première fois, cernée par Alaric et ravagée par une horrible famine, le sénat proposa , pour éloigner ce fléau , d'offrir des sacrifices dans le capitole et dans les autres temples. L'heure solennelle de ces grandes calamités dévoile le fond des cœurs et montre de quel côté apparaît, aux gens du peuple , le signe du salut. Les païens ne manquèrent pas d'attribuer au christianisme et k l'abandon des anciennes divinités nationales la prise de Rome et les maux effroyables qui désolèrent l'Empire. A ces ao cusations nous devons les ouvrages éloquents par lesquels saint. Augustin, saint Jérôme, Salvien et d'autres écrivains expliquèrent l'action de la Providence dans ces révolutions lamentables : « Loin de moi , s'écriait a saint Augustin , la pensée d'insulter aux misères de « Rome ; que Dieu l'éloigné dé mon cœur et de ma conte science affligée. N'avions-nous pas dans son sein beau- « coup de nos frères ^ n'en avonsnnous pas encore? « qu'ai-je donc fait, sinon d'accuser de mensonge ceux

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« qui prétendent que notre Christ a causé la ruine de c Rome et que des dieux de pierre et de bois l'auraient « sauvée? » Cette nécessité de réfuter les calomnies répandues contre le christianisme démontre combien , au commencement du cinquième siècle, le paganisme était encore enraciné dans les intelligences , et tout ce qu'il a fallu de temps et de labeurs pour substituer aux sentiments et à la vie de la religion des faux dieux, les sentiments et la vie de la religion du vrai Dieu et de son Christ.

Quoique les discussions sur le dogme parussent terminées pour de longues années par le concile tenu à Constantinople en 381 , les esprits se ressentirent encore sous beaucoup de rapports de l'agitation qu'elles avaient causée. Une foule de questions soulevées par cette lutte sur les idées fondamentales du christianisme, offrant beaucoup moins d'importance et d'intérêt que celles-ci , n'avaient pu être traitées à fond ni complètement résolues, et fournissaient par conséquent une ample matière â de nouveaux différends. Ils ne tardèrent pas à éclater.

Les écrits d'Origène jouissaient de la plus haute autorité auprès d'un grand nombre de chrétiens ; orthodoxes et schismatiques en appelaient également à ses ouvrages pour appuyer leurs doctrines respectives. Mais la position d'Origène à l'égard des partis religieux dut changer lorsque, par les décisions du concile œcuméni-

que, la lutte elle-même avait cessé et la doctrine de l'Église avait été fixée. Quand plus tard les adversaires de l'Église continuèrent à invoquer le témoignage de cet écrivain et à extraire de ses ouvrages des arguments pour la défense de leurs opinions, il ne fut plus permis aux partisans de l'orthodoxie de se déclarer en faveur du système d'Origène ; car celui qu'il soutenait sur le dogme du Verbe s'éloignait trop du sentiment de l'Église. Cette situation obligea le parti désigné sous le nom d'école traditionnelle à se prononcer le premier et avec beaucoup de force contre les origénisles. Son chef était Épiphane et il entra en lutte avec Jean, évêque de Jérusalem, . grand admirateur d'Origène. Du reste , cette discussion , par sa nature même , ne pouvait avoir aucun intérêt général ; car il s'agissait seulement de décider si Origène pouvait être regardé comme le premier inventeur de l'hérésie arienne : cette question n'étant que d'une importance secondaire , elle ne pouvait influer sur l'explication du dogme. Elle fut et demeura toujours exclusivement personnelle. L'avantage qui en résulta fut de concentrer le sujet de la controverse sur le livre d'Origène intitulé Des Principes, et elle acquit un grand intérêt littéraire par la part qu'y prirent saint Jérôme et Rufin , et par la connaissance qu'elle nous donne du caractère et des idées des plus beaux génies de l'époque. D'un autre côté, il se mêla à cette polémique tant de personnalités , tant de motifs qui ne touchaient que des individus -, la discussion prend un aspect si différent selon le point de vue d'où on la contemple , qu'il nous paraît prudent et plus juste d'embrasser l'opinion de Chrysostome , savoir : que dans Origène le vrai et le faux sont mêles -, que sa doctrine n'est exclusivement ni d'un côté ni de l'autre, et que dans cet état de choses le

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