CHAPITRE II
devoir de ceux qui connaissent la vérité est de séparer le bon grain de l'ivraie. Tel semble aussi avoir été , dans le commencement de la discussion , la manière de voir du Saint-Siège ; car, quoique, par le nombre d'amis que Rufin et saint Jérôme possédaient tous les deux à Rome, la querelle s'y fût montrée plus vive que partout ailleurs, le pape Sirice, qui occupa le Saint-Siège jusqu'en 399 , ne fît cependant presque aucune attention à celle controverse , n'y voyant engagé pour l'Église aucun intérêt général qui exigeât sa suprême intervention . Mais son successeur Ànastase , à la décision duquel l'affaire fut soumise , se déclara contre Rufin , celui-ci , après plusieurs sommations , n'ayant pas comparu.
En Orient , cette discussion prit une tournure bien différente , d'autres questions qui se rapportaient de loin à celle-là s'y étant ratlacbées. Parmi le grand nombre d'hommes , dont beaucoup appartenaient aux classes inférieures, qui s'étaient consacrés à la vie religieuse , il ne pouvait manquer de s'en rencontrer plusieurs qui , par le peu d'étendue de leur esprit , seraient conduits à expliquer les dogmes du christianisme d'une manière inexacte , et quoique leurs interprétations fussent d'un caractère trop peu élevé pour exercer une notable influence , leurs partisans , qui , dans un zèle aveugle et fanatique , attachaient une grande importance à ces opinions , les soutenaient avec une coupable opiniâtreté, et les proclamaient les seules vraies, les seules capables de procurer le salut. Ce qu'il faut le plus regretter, c'est que des chefs du peuple, dans des vues passionnées et des intérêts de parti , aient si souvent exploité l'influence et l'autorité des moines. Ainsi dans les couvents d'Egypte il s'éleva une dissidence qui , par la suite , produisit les plus funestes résultats pour
l'Église d'Orient. Les religieux plus éclairés du mont Nitri opposèrent des notions plus spiritualistes aux idées grossières que beaucoup de moines s'étaient formées de la nature divine ; ces derniers furent donc accusés d'anthropomorphisme, et les autres d'origénisme. Ceuxci étaient beaucoup moins nombreux, quoique bien supérieurs à leurs adversaires par l'intelligence. Théophile, évêque d'Alexandrie , monta sur ce siège en 385 ; homme distingué par son esprit et ses connaissances , mais ambitieux et rusé , il était beaucoup trop instruit pour se déclarer en faveur des anthropomorphistes; aussi , dans le commencement , favorisa-t-il les origénistes. Il serait difficile de savoir par quels motifs fut déterminé ce changement d'opinion qui, plus tard, l'entraîna dans des démarches si blâmables ; peut-être s'aperçut-il que, dans la discussion des évêques de son diocèse avec les moines , ceux-ci étaient les plus forts , et par conséquent qu'en se rattachant à eux , il pourrait dominer les autres. Il est encore possible qu'il ait été blessé de voir les origénistes , comme leurs adversaires, pousser les choses jusqu'aux dernières extrémités. Quoi qu il en soit , il embrassa tout à coup le parti des moines , faisant exécuter avec une sévérité excessive les décrets des conciles contre les origénistes; par ces mesures , il força les religieux du mont Nitri à quitter leur couvent et à chercher un refuge, les uns à Scythopolis, en Palestine, les autres à Constantinople auprès de saint Jean Chrysostome.
Tel fut le commencement de ces fameuses querelles, qui , pendant de si longues années , déchirèrent l'Église de Gonstantinople , excitèrent tant de haines , de persécutions , de fanatisme et d'injustices ; mirent les affaires les plus importantes de l'Église à la merci des ruses, des