‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 246 sur 378 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

troisième jour de la première semaine du jeûne , deux j ours après que Siméon se fut enfermé, le comte traversait sur un char la place publique , lorsque tout à coup il fut arrêté par cinq officiers du palais, traîné la corde £iu cou devant le tribunal , où une foule d'accusateurs demandaient vengeance de ses nombreuses iniquités. Le maître de la cavalerie , qui avait reçu les ordres secrets de l'empereur, le condamna à une forte amende et le fit jeter en prison. Alors le comte supplia humblement les .deux jeunes gens d'intercéder auprès de Siméon , et d'en obtenir des lettres pour l'empereur. Ils lui remontrèrent que c'était juste le temps où le Saint ne recevait personne ; que, sans cette circonstance , il serait sans doute intervenu auprès de l'empereur et des préfets du prétoire. Abandonné ainsi de tout le monde, le malheureux comte fut ignominieusement conduit par toutes les villes jusqu'à Constantinople , où l'empereur le priva de tous ses biens et le condamna à l'exil ; il n'arriva pas même au lieu de son bannissement , car il périt misérablement en route.

Après de pareils événements , le concours des malheureux de toute espèce devint prodigieux. On réclamait l'intercession du Saint, non-seulement contre l'injustice des hommes , mais contre toute espèce de calamités. Ainsi , le territoire d'Aphson étant ravagé par une multitude de rats qui s'attaquaient aux animaux mêmes, les habitants recoururent à Siméon. Il leur fit sentir d'abord que c'était une punition de leurs péchés, puis leur commanda de prendre au pied de sa colonne quelques parcelles de poussière , de tracer avec cette poussière trois croix dans chaque maison , et une aux quatre coins de leur ville, de célébrer les vigiles, avec le saint Sacrifice , pendant trois jours , et d'apaiser Dieu

par leurs prières « Ils le firent, et, le troisième jour, on ne vit plus un seul de ces innombrables reptiles*

Au milieu de cette multitude d'hommes qui affluaient de toutes parts , Siniéon était un apôtre toujours en chaire > prêchant perpétuellement et les chrétiens et les païens. Aux premiers , il rappelait la perfection de l'Évangile , avec les moyens de se corriger de leurs défauts. Ainsi , pour les déshabituer de jurer par le nom de Dieu > il les engageait à jurer par le siem

Plus d'une fois , à la suite de ses exhortations * une paroisse , une peuplade entière , prenait l'engagement par écrit d'être fidèle aux préceptes de la vie chrétienne. Nous avons un exemple de ce fait dans la lettre que lui adressa la bourgade de Phaeir. Bile est au nom du prêtre Gosme , des diacres , des lecteurs et dé tout le peuple avec ses magistrats : « Us souscrivent tolis unanimement aux préceptes qu'il leur a imposés 5 de sanctifier le dimanche et le vendredi; de n'avoir pas deux mesures , mais une seule , qui soit juste ; de ne pas outre* passer les limites de son champ $ de ne pas refuser le salaire aux ouvriers $ de réduire à moitié l'intérêt du prêt ; de rendre leur billet à ceux qui paient ; de juger* suivant l'équité, la cause des petits et des grands } de n'avoir aucune déférence contre la justice, et de ne recevoir de présents contre qui que ce soit ; de ne calomnier personne; de n'avoir aucuà commerce avec les malfaiteurs et les voleurs ; de réprimer les contempteur* des lois ; de fréquenter assidûment l'église t si quelqu'un ose violer ces règlements , ravir le bien d autrui , opprimer les innocents , suborner les juges, prendre quelque chose aux orphelins , aux veuves , au* pauvres > ou enlever une femme, qu'il soit anathème ! Car tout ce que vous nous avez prescrit , et que nous ayons ratifié ,

CHâPITBB XT. 171

nou* roulons qu'on l'obterVe à l'avenir. Et ce que nous ayons promis , nous jurons de le faire * nous le jurons par Dieu , et par son Christ , et par l'Esprit vivifiant et sanctifioateur , et par la victoire de nos seigneurs les empereurs. Si quelqu'un ose y contrevenir, qu'il soit anathème d'après votre parole ; nous le réprimanderons, notas n'aurons pôiht de communion avec lui , On ne recevra point son offrande à l'église , nous n'assisterons point à la sépulture des siens. *

Souvent) au pied de la colonne, les créanciers remettaient leurs dettes aux pauvres , les maîtres affranchissaient gratuitement leurs esclaves. Lorsqu'à la fin du carême y on l'ouvrait les portes de son enceinte j nonseulement la inontagtle de Thélanissé , mais les montagnes des environs fourmillaient de peuples* Le voir de loin suffisait à un grand nombre de pécheurs et de pécheresses pour embrasser la pénitence et se retirer dans des monastères. On l'invoquait absent comme présent.; les nautonniers venaient lui rendre grâces de les avoir secourus dans la tempête et de les avoir sauvés du naufrage. Des chrétiens lui envoyèrent des lettres et une ambassade pour lui rendre grâces d'avoir délivré de prison trois cent cinquante d'entre eux , et d'avoir fait cesser la persécution par la fin tragique du mage qui l'avait excitée.

Au milieu de cette gloire , il était si humble qu'il se croyait le dernier des hommes. De facile accès, doux et agréable 5 il répondait à tout le monde , fut-ce un artisan, un paysan, un mendiant $ il disait à ceux qu'il avait délivrés de leurs maladies : Si quelqu'un vous de* mande qui vous a guéris, dites que c'est Dieu ; gardeo* vous de parler de Siméon , autrement je vous avertis que vous retomberez dans le même mal. Théodoret ,

qui l'avait vu et entretenu plusieurs fois , et qui a écrit, Siméon vivant encore , l'abrégé de son histoire , voyait bien la peine qu'on aurait à croire tant de merveilles. C'est pourquoi il en parle ainsi : « Encore que j'aie pour témoins , s'il faut ainsi dire , tous les hommes vivants, je crains que mon récit ne paraisse à la postérité une fable entièrement destituée de vérité. Car ce qui s'accomplit ici est au-dessus de l'humanité ; cependant les hommes ont coutume de mesurer qe qu'on leur dit par les forces de la nature, et si quelques actes en passent les bornes , cela paraît un mensonge à ceux qui ne connaissent pas les choses divines. »

Au milieu de tant de faveurs extraordinaires , Dieu voulut faire sentir à Siméon qu'il était toujours homme, ce dont semblaient douter ceux qui ne voyaient en lui qu'une existence surnaturelle. C'est pourquoi il fut éprouvé rudement par des tentations, des outrages, des humiliations et par diverses souffrances. Simcon se servit de toutes ces épreuves pour faire constater sa propre misère et ses infirmités à ceux qui , par simplicité ou par malice, relevaient au-dessus de la condition humaine -, il se crut obligé de montrer aux plus incrédules la pourriture et les ulcères de son corps , et de prendre , en leur présence , des aliments, pour prouver qu'il ne subsistait pas autrement que le reste des mortels. Un jour, Dieu permit, pour rendre le Saint toujours plus humble et plus vigilant sur lui-même , qu'il fût une fois surpris dans un piège dangereux que lui tendit l'ennemi du salut des hommes. Siméon crut voir un ange de lumière venir à lui , monté sur un chariot tout rayonnant de feu céleste. L'esprit s'étant approché, lui dit : Je suis envoyé de Dieu pour te faire monter et t' enlever dans la gloire qui t'est préparée. Le Saint, des-

Page 1