CHAPITRE XV
ûtué en ce moment de son discernement ordinaire, leva le pied pour se placer dans le chariot; mais ayant fait le signe de la croix pour bénir son départ, le fantôme disparut. Pour se punir de sa trop grande crédulité, il se condamna à tenir suspendu, le reste de ses jours, ce pied qu'il avait levé si légèrement. Les nouveaux efforts d'une posture si pénible, joints à la rigueur de l'hiver, lui occasionnèrent une grande plaie à la cuisse. Il ne voulut point permettre qu'on pansât cette nouvelle plaie, ni un ulcère invétéré qu'il avait au pied. De ces deux sources de corruption sortit une abondance de vers par lesquels il voulut être piqué et rongé , sans souffrir qu'on les lui retirât.
Tel était ce grand Siméon Stylite que l'empereur Léon consulta sur la conduite à tenir dans les affaires religieuses.
En attendant l'avis demandé au Pape , aux évêques et aux solitaires, l'empereur crut qu'il était de son devoir de faire poursuivre immédiatement les auteurs des cruautés commises à Alexandrie 5 en conséquence , Stilas, nouvellement nommé commandant de l'Egypte, reçut l'ordre de commencer une enquête sur les scènes déplorables qui s'étaient passées. Deux des principaux auteurs de l'assassinat de Protérius eurent la langue coupée et furent envoyés en exil. Un grand nombre d'autres personnes, .plus ou moins compromises dans cet attentat, furent bannies de la province.
De son côté , le Pape , avant même d'avoir reçu la lettre de l'empereur, avait déjà fait quelques démarches pour hâter la fin des troubles d'Alexandrie. En répondant à la lettre par laquelle Anatole lui rendait compte de tout ce qui s'était passé en Egypte, il le chargea d'engager l'empereur à prendre les mesures les plus rigou-
reuses contre ces perturbateurs et à ne leur rien accorder de ce qu'ils demandaient. Il avertit en même temps Anatole qu'il avait appris que ces hérétiques possédaient des amis et des partisans jusque dans le clergé de Constant!* nople, et il l'exhorta à exercer la.plus étroite surveillance et à punir sévèrement les coupables. Saint Léon écrivit aussi à l'empereur pour le remercier de l'accueil bienveillant qu'il avait fait aux réftigiés d'Alexandrie et le prier de mettre un terme à cette révolte. Il adressa à ces réfugiés une lettre de consolations , leur conseillant de supporter avec patience et fermeté des épreuves qui pouvaient devenir glorieuses pour eu* et utiles pour l'Église.
Vers le milieu d'octobre 458 , le Pape reçut le reserit de l'empereur aux métropolitains , et le premier soin de saint Léon fut d'écrire à Anatole pour le presser de nouveau de faire usage de toute son influence auprès de l'empereur, afin que celui-ci ne laissât pas les évoques hérétiques et usurpateurs exercer une autorité quelconque. A cette occasion il exprima de vift reproches à Anatole pour n'avoir pris encore aucune mesure de'cisive contre les membres de son clergé qui étaient parti-» sans avoués d'Eutychès. Le Pape fait surtout allusion à cet Atticus dont nous avons déjà parlé, et qui avait prêché publiquement contre la foi catholique et le concile de Chalcédoine. Saint Léon insiste fortement pour que cet Atticus soit excommunié s'il ne rétracte hautement ses opinions et s'il ne rejette, en présence des fidèles, tous les articles de l'hérésie eu tychéenne. Cette demande du Pape donna lieu, comme nous le verrons plus loin, à un renouvellement de froideur entre lui et Anatole.
Vers cette époque , l'empereur reçut les réponses aux demandes d'avis sur les affaires d'Egypte et la convoca-