‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 26 sur 378 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

intrigues, des caprices et des volontés arbitraires d'une femme ambitieuse , l'impératrice Eudoxie, d'un évéque indigne, Théophile, et d'une foule de courtisant corrompus. Mais tous les calculs d'une politique astucieuse , ennemie de la liberté de l'Église , ne servent le plus souvent qu'à lui susciter des défenseurs dont les vertus héroïques font sa gloire et son triomphe. Ce spectacle a été donné au monde , de Tannée 398 à Tannée 407 , dans la personne de saint Jean Chrysostome, a qui les manœuvres odieuses d'un gouvernement avili 9 coalisé avec le schisme et T hérésie, fournirent l'occasion de déployer Tuu des plus grands caractères, qui, depuis l'existence du Christianisme, eussent honoré riiumanité. Chrysostome fut du petit nombre de ces oonimes qui personnifient en eux les sentiments les plus purs et les plus élevés de leur époque. Engagé dans une lutte permanente avec une société inspirée par les passions de la vie animale, avec une cour qui vivait de ces passions et les exploitait , avec des collègues dans la hiérarchie eodésiastique, comme il s'en rencontre toujours, prêts à sacrifier les intérêts de T Église aux exigences de l'État , Chrysostome donna à son siècle , et à ceux qui suivront , les exemples les plus admirables de puissance, de grandeur et de richesse d'esprit chrétien , de fermeté et de persévérance dans le combat , dans b souffrance, dans les plus cruelles persécutions. Frappé, abattu, exilé , il triomphe et fait triompher la vérité et la sainte liberté de l'Eglise ; 9es ennemis croient l'avoir vaincu, et c'est lui qui est vainqueur par les prodiges de son dévouement et de son abnégation ; sa dernière et sa plus grande victoire est sa mort dans le désert, exilé , abandonné de tous , dépouillé de tout, épuisé de fatigues et de souffrances, mais fort de celte virilité de

l'âme qui brave la fureur des bourreaux, échappe à leur rage pour expirer avec la foi la plus inébranlable , et pour aller dans le ciel implorer en leur faveur la miséricorde infinie.

L'étude de ces discussions religieuses et de leurs suites funestes conduit principalement à la démonstration d'une vérité essentielle : elles nous font comprendre , de la manière la plus incontestable, combien la primauté du Saint-Siège est nécessaire au maintien de la liberté intérieure et extérieure de l'Église. Jamais cette coupable intervention du pouvoir séculier, intervention arbitraire, accompagnée de tant d'iniquités, n'aurait pu exercer une si déplorable influence ; jamais évêque aussi mal intentionné , aussi peu pénétré des devoirs de sa charge , comme Tétait Théophile , n'aurait pu acquérir tant de puissance et faire autant de mal , si cette primauté du Saint-Siège , inséparable de l'existence même de l'Église , avait été généralement plus reconnue et respectée en Orient , et uût par conséquent donné au Souverain-Pontife les moyens d'opposer son action salutaire et régulatrice aux manœuvres tant du pouvoir séculier que des membres indignes du pouvoir ecclésiastique. Ce n'est pas à dire que l'évêque de Rome , à cette époque, Innocent Ier, n'eût pas compris, dans ces malheureuses circonstances , toute la prééminence et la sainteté de ses devoirs ; on en voit la preuve dans la constance avec laquelle il défendit la cause de Ghrysostome persécuté , dans son refus d'entrer en communion avec ceux qui s'étaient rendus coupables d'une si révoltante injustice , dans ses efforts réitérés auprès des deux empereurs pour obtenir de les faire renoncer à leur conduite violente. Mais presque tous ses actes furent sans résultat utile ; parce que l'Orient ayant voulu contester, quant à la ju-

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