‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 255 sur 378 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Pioche, de peur qu'il n'y éclate du tumulte, et ne cessez point de servir en ce lieu. »

Antoine, étant éveillé, envoya un frère à Antioche avertir l'évêque Martyrius, qui avait succédé à Basile. La nouvelle de sa mort s'étant aussitôt répandue , le deuil fut universel. Les orphelins et les veuves s'écrièrent au milieu des larmes et des sanglots : a Où vous trouverons-nous désormais, Siméon, vous, après Dieu, notre unique espoir? > Ceux qui se voyaient opprimés par les puissants et privés de leurs biens disaient avec amertume : « Nous voici les plus malheureux des mortels : c'est maintenant que nous avons à craindre la rage et la gueule des loups ! Gomment nous tirer de ces angoisses? Quel secours invoquer? Ah ! qui réveillera de son sommeil ce lion dont la voix formidable faisait trembler toutes les betes féroces? » Les malades disaient en pleurant : « Où pourrons-nous aller pour trouver un médecin pareil à vous , Siméon ? vous chassiez la maladie avant d'avoir vu le malade. » Le clergé le regrettait comme le ferme soutien de la foi et de la discipline. La seule consolation était de penser qu'après une vie si sainte , il avait reçu dans le ciel la couronne d'immortalité. Ses disciples craignaient que le peuple n'enlevât son corps : c'est pourquoi ils ne le descendirent pas de la colonne pour le placer dans la châsse, mais ils montèrent la châsse sur la colonne même, en attendant le jour des funérailles. Elles eurent lieu avec le concours d'une multitude innombrable. Le patriarche d' Antioche , Martyrius , s'y rendit avec plusieurs évêques. Ardabure , qui gouvernait l'Orient avec une puissance presque souveraine , y vint aussi avec vingt et un comtes, un grand nombre de tribuns ou généraux, suivis des troupes romaines. C'est avec cette

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pompe que le corps fut porté , d'abord par les prêtres et les évêques , depuis l'enceinte de la colonne jusqu'au premier village , l'espace de quatre milles 5 ensuite on le posa sur un char escorté par des gardes d'honneur, par les princes , par tous les magistrats de la ville , par les troupes romaines et une foule de peuple. Au chant des hymnes, à l'éclat des flambeaux se mêlait l'odeur des parfums que l'on brûlait sur son passage. Hommes et femmes , vieillards et jeunes gens , plébéiens et nobles désertaient les villes pour vénérer les reliques du Saint et recevoir de lui comme sa dernière bénédiction. Le convoi dura cinq jours , la distance étant de quinze lieues , depuis la colonne jusqu'à Antioche , où il fut placé dans la grande église. Le patriarche et son clergé instituèrent un office en son honneur.

Saint Siméon avait vécu soixante-neuf ans , sur lesquels il en employa cinquante-six au service de Dieu et en passa quarante-sept sur les colonnes. Les habitants d'Antioche demandèrent à l'empereur de conserver dans leur ville le corps -du Saint, afin qu'il leur servît de sauvegarde , en remplacement des murailles que le tremblement de terre avait fait écrouler. Au sixième siècle, on montrait la tête du Saint, que l'historien Évagre dit avoir vue avec ses cheveux et la chaîne de fer qu'il portait au cou. Depuis cette époque, on bâtit à l'endroit où il habitait une petite église en forme de croix , dont les quatre côtés étaient entourés de galeries soutenues par des colonnes 5 le milieu de la croisée était une cour découverte, ornée avec beaucoup d'art, où l'on voyait la colonne sur laquelle le Saint était mort.

En donnant au monde le spectacle d'une existence si bien faite pour confondre toutes les idées et les habitudes de l'homme , Dieu semble avoir voulu défier Tin-

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