CHAPITRE XV
orédulité des siècles futurs , par l'accumulation des témoignages les plus irrécusables , constatant l'authenticité de ce triomphe prodigieux de la volonté sur la faiblesse delà nature humaine. La vie de saint Siméon Stylite a été écrite par trois de ses contemporains , témoins oculaires des actes qu'ils racontent: par Théodoret , Pun des plus graves et des plus savants écrivains ecclésiastiques (1) j par Antoine , disciple du Saint (2) ; par le prêtre Gosme , en 474 , quinze ans seulement après la mort de Siméon (3). À moins de nier toute certitude historique , aucun doute ne peut donc être élevé sur les faits extraordinaires de cette existence (4), Mais l'incrédulité s'est moins attachée à nier ces faits qu'à les dénaturer, à les ridiculiser, à contester la réalité des services rendus par ces athlètes de la pénitence chrétienne. Les actes de ces grands solitaires, l'admiration et la reconnaissance de leurs contemporains , empereurs , rois , évêques , peuples, font justice de l'ignorance et des railleries de ces générations , dont la foi éteinte et la charité tarie ne peuvent plus comprendre l'immolation volontaire de l'homme pour l'homme. Je suis heureux de pouvoir opposeï» à tant d'idées fausses, légères et injustes , quelques considérations pleines de bon sens , de vérité et de justice , produites par un des écrivains les plus distingués de l'Espagne contemporaine. La mission religieuse et sociale des solitaires
(1) Chap. XXVI de son Philolhée ou Histoire ascétique des solitaires.
(2) Voyei Bolland.
(3) Cette curieuse biographie, écrite en chaldaïque, a été publiée à Rome, en 174S, par Etienne Assemani. J'ai emprunté la traduction de l'abbé Rohrbacher pour la partie des renseignements puisés dans cette vie de saint Siméon. — Voir encore Évagreet Théodore- le -Lecteur.
(4) Depuis saint Siméon jusqu'à l'époque de la domination des Musulmans , il y a toujours eu des Stylites en Orient ; le climat les a empêchés de s'établir en Occident.
d'Orient n'a jamai? été mieux exposée que dans les lignes qui suivent :
« Certes, ce serait une grave erreur de penser que tant de milliers de solitaires n'exercèrent point une grande influence. En premier lieu , et pour ne parler que de ce qui a rapport aux idées , il faut observer que les monastères de l'Orient s'élevèrent à la portée et sous les yeux des philosophes. L'Egypte fut le pays où la vie cénobitique fleurit le plus; or, personne n'ignore le haut renom qu'avaient , peu de temps auparavant , les écoles d'Alexandrie. Sur toutes les côtes de la Méditerranée, sur cette ceinture de terre qui, commençant à la Libye, allait se terminer à la mer Noire , les esprits étaient, à cette époque, dans un mouvement extraordinaire. Le christianisme et le judaïsme , les doctrines de l'Orient et celles de l'Occident , tout s'était réuni et accumulé dans cet endroit du monde ; les restes des anciennes écoles de la Grèce s'y trouvaient avec les trésors que le cours des siècles et le passage des peuples les plus fameux de la terre avaient apportés dans cette contrée. De nouveaux et gigantesques événements étaient venus jeter des torrents de lumière sur le caractère et la valeur des idées \ les esprits avaient ressenti des secousses qui ne leur permettaient plus de se contenter des leçons paisibles contenues dans les dialogues des anciens maîtres. De ces pays illustres sortirent les hommes les plus éminents des premiers temps du christianisme , et nous connaissons à leurs ouvrages la largeur et l'élévation que l'esprit de l'homme avait atteintes à cette époque. Etait-il possible qu'im phénomène aussi extraordinaire, une ceinture de monastères et d'ermitages , embrassant cette zone du inonde et se déroulant en face des écoles philosophiques , n'exerçât pas sur les esprits une m-