‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 257 sur 378 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

fluence puissante? Les idées des solitaires passaient incessamment du désert dans les villes; puisque, en dépit de tout le soin qu'ils mettaient à éviter le contact du monde , le monde les cherchait , s'approchait d'eux et venait continuellement recevoir leurs inspirations.

« Lorsque l'on voit les peuples accourir vers les solitaires les plus éminents par la sainteté, implorer de leur sagesse le remède de leurs souffrances et la consolation de leurs infortunes , lorsque l'on voit ces hommes vénérables répandre , avec une évangélique onction , les leçons sublimes qu'ils avaient apprises dans de longues années de méditations et de prières, dans le silence de la solitude , il est impossible de ne pas comprendre à quel point ces communications durent contribuer à rectifier et à élever les idées touchant la religion et la morale , à corriger et à purifier les mœurs. Ne perdons pas de vue que l'intelligence humaine se trouvait , pour ainsi dire, matérialisée par la corruption et la grossièreté de la religion païenne. Le culte de la nature , des formes sensibles, avait poussé de si profondes racines, que, pour élever les esprits à la conception des choses supérieures, il fallait une réaction puissante, extraordinaire ; il fallait; en quelque sorte , anéantir la matière pour ne présenter à l'homme que l'esprit. La vie des solitaires était ce qu'il y avait de plus propre à produire cet effet. 11 semble, en lisant l'histoire de ces hommes , qu'on se trouve transporté hors de ce monde : la chair a disparu , il ne reste plus que l'esprit 5 et la force que l'on a employée pour dompter la chair est telle , on a insisté tellement sur la vanité des choses terrestres , qu'en effet la réalité même se change en illusion. Le monde physique s'évanouit pour céder la place au monde intellectuel et moral ; tous les liens de la terre ont été rompus : l'homme t. 11. 13

se met en communication intime avec le ciel. Les mi* racles se multiplient prodigieusement dans ces ides ; les apparitions s'y renouvellent sans cesse ; les demeures des solitaires sont une arène où les moyens terrestres n'entrent plus pour rien : les bons anges y luttent contre les mauvais anges , le ciel contre l'enfer, Dieu contre Satan. La vertu n'est là que pour servir de champ de bataille; le corps n'existe plus, si ce n'est pour être consommé comme un holocauste sur les autels de la vertu , en présence du démon qui lutte avec fureur pour en faire l'esclave du vice.

« Qu'est devenu ce culte d'idolâtrie que la Grèce dispensait aux formes sensibles , cette adoration qu'elle offrait à la nature , en divinisant tout ce qu'il y avait de délices et de beautés , tout ce qui pouvait intéresser les sens et le cœur ? Quel changement profond ! Ces mêmes sens sont assujétis aux privations les plus terribles; h plus dure circoncision est infligée au cœur 5 et l'homme» qui naguères ne parvenait plus à élever son esprit audessus de la terre , le tient maintenant sans cesse fixé sur le ciel.

« II est impossible de se former une idée de ce que nous tachons de décrire, si on n'a lu les vies de ces solitaires ; pour concevoir tout l'effet de ces grands prodiges, il faut avoir passé de longues heures à parcourir ces pages , où l'on ne trouve , pour ainsi dire , rien qui suive le cours ordinaire des choses. Il ne suffit pas <fe s'imaginer des vies pures, des austérités, des visions. des miracles ; il faut voir tout cela accumulé et porté. dans la voie de la perfection, au plus haut point de l'extraordinaire.

« Si l'on se refuse à reconnaître dans des faits si surprenants l'action de la grâce, si l'on ne veut voirdansce

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