CHAPITRE XV
bordant de richesses, de commodités et de délices, tandis qu'elle-même gémissait, comme la colombe solitaire, dans les trous du rocher. Dès lors, tous les climats étaient bons pour la vertu ; l'austérité de la morale ne dépendait plus du plus ou du moins de proximité de la ligne de l'équateur : la morale de l'homme était comme l'homme lui-même , elle pouvait vivre dans tous les climats. Lorsque la continence la plus absolue était pratiquée d'une manière si admirable sous le ciel que nous venons de dire , la monogamie du Christianisme pouvait bien s'y établir et s'y conserver. Lorsque , dans les secrets de l'Éternel, l'heure aurait sonné d'appeler un peuple à la lumière de la vérité , il n'importerait plus que ce peuple vécût au milieu des frimas de la Scandinavie ou dans les plaines brûlantes de Tlnde. L'esprit des lois divines ne devait point se renfermer dans le cercle étroit que V Esprit des lois de Montesquieu a prétendu lui assigner (1). »
Après la réponse faite par tous les évêques , l'empereur Léon devait se regarder comme suffisamment éclairé pour agir contre le chef des hérétiques en Egypte. Les amis de Timothée à la cour parvinrent cependant à suspendre encore toute décision. Aspar et Basilisque persuadèrent à l'empereur d'entendre de nouveau Timothée, après lui avoir envoyé la lettre du Pape, afin de connaître les moyens de défense du meurtrier de saint Protérius. Cette ruse était fort adroite. Le parti gagnait du temps pour affaiblir l'impression défavorable produite sur l'empereur par la déclaration unanime des évêques, et, de plus, la position de Timothée se trouvait changée et améliorée , puisque , même après la sentence
(1) Le Pmtestanlisme comparé au Catholicisme, par l'abbc fia Unes; t. Il, p. 315.
prononcée par l'Église , on lui reconnaissait encore le droit de soutenir ses prétentions. La réponse de Timothée à la lettre qu'il reçut de l'empereur prouve qu'il sut très-bien apprécier la situation des choses, et qu'il était décidé à en tirer tout l'avantage possible. En effet, dans cette réponse il ne se contenta pas d'attaquer l'autorité du Pape et les décrets de Chalcédoine, mais il demanda encore que , pour justifier sa doctrine et sa conduite , et pour prendre une résolution définitive à son sujet , une conférence eût lieu en présence de l'empereur , entre quelques amis d'Eutychès et de Dioscore et un représentant que le Pape enverrait dans ce but à Constantinople. L'empereur, abusé par Aspar et Basilisque, consentit à cette proposition et écrivit immédiatement au Pape pour le prier de charger des légats de venir, en son nom, discuter cette affaire. Saint Léon se garda bien de donner dans le piège tendu par les hérétiques; et de même qu'il avait rejeté tout projet de convocation d'un nouveau concile , il repousse avec vigueur cette proposition d'une conférence par la lettre suivante :
« Léon, évêque, à V empereur Léon.
€ Mon âme est remplie d'une grande joie dans le Seigneur, et j'ai un puissant motif de vous adresser mes félicitations, en reconnaissant que la foi si excellente de Votre Clémence s'accroît, sous tous les rapports, par un don de la grâce céleste , et l'expérience m'assure qae vous possédez toute la dévotion d'un esprit vraiment sacerdotal , dévotion dont les effets se produisent au