CHAPITRE XV
dehors par le redoublement de votre zèle. Car, très-glorieux Empereur, on voit clairement, dans les entretiens de votre piété , ce que le Saint-Esprit opère par votre ministère pour le salut de toute l'Église ; combien donc tous les fidèles doivent demander, par leurs prières , que votre Empire augmente chaque jour en gloire et en étendue , puisque , non content de vous livrer au soin des affaires temporelles , vous vous employez avec une religieuse prévoyance , et avec la persévérance la plus louable, à seconder l'exécution des plans arrêtés de toute éternité dans le sein de Dieu. Par ces plans providentiels, la foi catholique, qui seule vivifie, qui seule sanctifie le genre humain, doit demeurer ferme dans l'unité d'une même confession ; et les dissensions, qui naissent de la variété des opinions humaines , doivent être rejetées bien loin de cette pierre solide et inébranlable sur laquelle est bâti l'édifice de la Cité de Dieu. Mais ces dons divins ne nous seront accordés qu'autant que nous ne nous trouverons coupables d'aucune ingratitude à l'endroit des faveurs que nous avons déjà reçues 5 nous en tarirons la source si, comptant pour rien les bienfaits dont nous avons été comblés , nous paraissons plutôt souhaiter des résultats tout à fait contraires. Car, chercher à s9 éclairer sur ce qui a été manifesté avec une entière évidence , remettre en question ce qui est décidé , détruire ce qui a été réglé, qu'est-ce autre chose qu'abjurer tout sentiment de reconnaissance au sujet des grâces qu'on a obtenues , et porter la main sur lé fruit de l'arbre défendu, en cédant aux appétits déréglés d'une
avidité qui donne la mort? Ainsi, comme vous daignez veiller avec une vive sollicitude à la paix de l'Église universelle et au maintien de la foi catholique, vous démêlez clairement l'artifice profond et la témérité inouïe des hérétiques , lorsqu'ils veulent qu'une conférence s'établisse entre les disciples d'Eutychès et de Dioscore et une personne déléguée par le Siège Apostolique, comme si les choses étaient encore entières et que rien, jusqu'à ce jour, n'eût été défini. Pour déférer à une pareille prétention, il faudrait anéantir et fouler aux pieds une doctrine à laquelle tous les évêques du monde catholique donnent leur approbation, et qu'ils se réjouissent d'avoir vu confirmer dans le saint concile de Chalcédoine. Cette folle condescendance n'irait à rien moins qu'à porter atteinte aux résolutions même du saint concile de Nicée. En effet, ce qui a été décidé de notre temps à Ghalcédoine , touchant l'Incarnation de Notre- Seigneur Jésus-Christ, les Pères rassemblés à Nicée l'avaient déjà enseigné. D'après les canons fondamentaux de cette célèbre assemblée , il était défendu aux catholiques de confesser et de croire , soit que le Fils de Dieu fût dissemblable ou inférieur à son Père , soit qu'il n'eût pas pris réellement la substance de notre chair et de notre âme , lorsqu'il est devenu fils de l'homme.
« Nous devons donc détester et éviter avec persistance les demandes faites par la fourberie des hérétiques; nous ne devons pas soumettre à la plus légère discussion les questions qui ont été pieusement et pleinement dé-