CHAPITRE II
ridiction , la primauté de révoque de Rome , il tomba dans une indépendance et une séparation qui causèrent les plus grands maux à l'Église ; celte séparation ne contribua pas seulement à substituer la discorde à l'union , mais elle favorisa l'orgueil , l'arrogance, la violence des individus , les querelles et les schismes , et enfin maintint [l'Église orientale dans une honteuse et servile dépendance du pouvoir temporel , dépendance à laquelle l'Eglise d'Occident ne se soumit jamais. L'Orient a payé cher cette séparation de l'unité ! Il l'a payée de sa liberté et de sa nationalité , et son esclavage dure encore. Terrible leçon! elle devrait mettre les peuples modernes en garde contre les théories qui prétendent affaiblir la primauté du Saint-Siège , dans le but d'établir la prédominance de l'État sur l'Église.
En défendant et fortifiant avec tant de courage , de génie et de gloire , la primauté du Saint-Siège , saint Léon a sauvé l'indépendance de l'Église , la civilisation chrétienne , la liberté et la dignité de l'intelligence humaine. C'est ce qui sera démontré dans les chapitres suivants, par les actes de son pontificat.
Continuons l'exposé du mouvement des hérésies avant l'avènement de ce grand pape.
Les discussions au sujet d'Origène ne présentaient, comme nous l'avons dit , qu'un intérêt secondaire. 11 y eut, vers cette époque, d'autres décisions dogmatiques dune importance bien plus considérable, qui furent produites , comme de coutume , par les doctrines erronées de quelques intelligences distinguées. Tel est toujours le service rendu à l'Eglise par les hérésies. Nous voulons parler ici des querelles du pélagianisnie cl du nestorianisme. C'est vers la fin du troisième siècle que Lucien d'Antioche fonda , en Orient , une école qui ,
s' appuyant principalement sur l'exégèse, professa une doctrine qui , dans son application au dogme chrétien , subordonnait l'élément traditionnel. L'arianisme tenait de fort près à ce système , et Ton pourrait même dire peut-être qu'il en fut la conséquence. Pour prouver ses propositions , basées sur une conception abstraite et rationaliste des dogmes chrétiens, l'arianisme s'était approprié la méthode de l'école de Lucien et ses principes d'explication , parce qu'ils laissaient pleine liberté à sa dialectique , en apparence serrée et logique , mais en réalité superficielle , et dont les conclusions semblaient contenues dans l'Ecriture sainte , selon l'exégèse qu'il avait adoptée. Mais si l'arianisme dut beaucoup à l'école d'Antioche , il le lui rendit avec usure 5 il se fit entre ces deux doctrines une sorte de fusion dont les produits se manifestèrent vers le commencement du cinquième siècle. Aussi , faut-il regarder comme une des pertes les plus sensibles que la littérature ait faite , celle des travaux de l'école d'Antioche à cette époque , dont il ne nous reste presque rien qui puisse nous mettre en état d'en suivre avec exactitude le développement. A l'exception des commentaires de Théodore de Mopsueste , déjà connus , et de ceux du même auteur qui ont été nouvellement découverts , nous ne possédons que quelques notices éparses , et ne traitant que des questions secondaires. Tout ce que l'on peut en conclure avec certitude , c'est que cette école avait une tendance évidemment rationaliste. Théodore de Mopsueste , prêtre à Antioche , en 393 , avait représenté cette tendance dans le sens le moins équivoque et avec beaucoup de succès. Il est facile de reconnaître qu'il était, sous beaucoup d'autres rapports, en contradiction avec l'enseignement de l'Eglise ; mais soit que le choix