CHAPITRE XVf
eotireur le plus habile fait approuver, comme plus corn forme à la vérité , la thèse dont il s'est rendu le défenseur. Mais l'Évangile de Jésus-Christ n'a pas besoin d'une pareille industrie : la doctrine de la vérité s'y manifeste par sa propre lumière } on n'y recherche point ce qui peut plaire aux oreilles ; il suffit à la foi véritable de savoir quel est le docteur qui a parlé.
« Quant à ceux qui se laissent tromper par leurs propres inventions , rien ne les éloigne plus de la parole de l'Évangile que la pensée où ils sont que la réalité de l'Incarnation de Notre «-Seigneur ne s'étend pas jusqu'à la nature humaine, c'est-à-dire jusqu'à notre nature : comme s'il avait été indigne de la gloire de Dieu que la majesté du Verbe impassible se revêtit réellement d'une chair soumise à la mort, bien qu'il n'y eut pas d'autre moyen praticable pour rétablir le salut des hommes , et qu'il eut été impossible de parvenir à ce but , si Celui qui était dans la forme de Dieu n'avait pas daigné prendre aussi la forme d'esclave. Ainsi , puisque le saint concile de Chalcédoine, qui a été célébré par les évêques de toutes les provinces du monde romain , avec l'assentiment de tout l'univers , et qui ne forme qu'un tout indivisible avec le saint concile de Nicée , puisque le concile de Chalcédoine , dis«je y a retranché du corps de la société catholique toute l'impiété du dogme d'Eutychès , comment ceux qui sont tombés dans l'hérésie peuvent-ils espérer de rentrer dans la communion de l'Église, s'ils ne se purifient auparavant de leurs erreurs par une satisfaction qui ne
laisse rien à désirer? Car le moyen d'accorder la permission de discourir et de disputer à des hommes qui ont mérité d'être condamnés par un jugement aussi juste qu'il est inviolable ? en sorte qu'on serait trèsfondé à leur appliquer cet anathème foudroyant dont l'apôtre saint lean frappait les ennemis de la Croix de Jésus-Christ , dès les premiers temps de l'Eglise naissante, lorsqu'il disait : Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans une chair véritable est de Dieu : tout esprit,' au contraire, qui divise Jésus-Christ ) ri est point de Dieu: et c'est là Vantechrist (1). Nous devons nous attacher avec piété et avec une constance inébranlable à cette doctrine de l'Esprit-Saint , qui montre en peu de mots l'abîme où se précipitent les novateurs. Nous devons empêcher qu'à la faveur *des disputes auxquelles se livrent des hommes ainsi égarés, les décrets établis par l'inspiration d'en haut ne viennent à perdre leur autorité. Il* faut que dans toute Tétendue de vos Etats, et jusqu'aux extrémités de la terre les plus reculées, la croyance qui a été confirmée à Chalcédoine se maintienne dans la paix la plus solide, et qu'on refuse absolument d'honorer du titre de chrétien quiconque se sépare avec violence de la participation à la vérité orthodoxe que nous professons. C'est ce que l'Apôtre nous enseigne en ces termes : Évitez celui qui est hérétique, après l'avoir averti une première et une seconde fois; sachant que quiconque est en cet état est perverti , et qu il pèche comme un homme qui
(1) Josn., îv, %