CHAPITRE XVI
se condamne lui-même par son propre jugement (1). « Ainsi les désordres dont un meurtrier impie s'est rendu coupable , en envahissant le sanctuaire de l'Église , et en trempant ses mains avec la dernière barbarie dans le sang de l'évêque lui-même , ces désordres ne peuvent être effacés par aucune indulgence humaine, si l'on n'apaise en même temps Celui qui peut seul punir dignement de tels forfaits , et qui seul aussi est en état de les remettre par sa miséricorde ineffable. Pour nous , nous ne sommes point avides de vengeances ; mais nous ne pouvons, sous aucun rapport, vivre en société avec les ministres du démon. Si nous apprenons qu'ils abandonnent leurs dérèglements , qu'ils renoncent à leurs erreurs , et qu'ils se dépouillent des armes de la discorde pour se baigner dans les larmes de la pénitence , nous pouvons aller jusqu'à supplier le ciel en leur faveur, afin qu'ils ne périssent point éternellement : imitant ainsi la tendre compassion dont Notre-Seigneur nous a tracé le modèle , lorsque , attaché au bois de la Croix , il priait pour ses persécuteurs, en disant : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce quils /ont (2). Mais , pour que la charité chrétienne sollicite avec fruit la grâce de ses ennemis , il faut que les impies évacuent l'Église d'Alexandrie , qui s'est toujours fait remarquer par sa piété et par son zèle pour la religion, et qu'ils cessent de troubler audacieusement les âmes simples des fidèles par les prestiges de
(l)Tit.,w, 10.
(%) Luc, mu, 34.
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l'hérésie : afin que la doctrine de l'Évangile et des Apôtres puisse fleurir encore dans un siège où , durant tous les siècles qui ont précédé, on a vu régner constamment la foi la plus pure. Car nous aussi , nous voulons suivre , autant qu'il est en nous , l'exemple de la miséricorde divine •, nous ne demandons pour personne un châtiment rigoureux , nous désirons , au contraire , que tout le monde soit sauvé par la clémence.
« Que Votre Majesté , j'ose l'en conjurer, prête une oreille attentive aux conseils qui lui seront donnés par les légats dont le nom se trouve au commencement de cette lettre. Ainsi que je vous l'ai annoncé depuis longtemps dans une lettre précédente , je ne vous les ai pas envoyés pour disputer avec des hommes déjà condamnes par un jugement irréfragable , mais pour vous adresser mes supplications , dont l'unique objet est d'assurer la stabilité de la foi catholique. Ce que j'attends principalement de vous , Prince , c'est qu'ayant égard à votre foi , et à ce qu'exige la Majesté divine intéressée dans ces querelles , vous étouffiez entièrement les vains débats des hérétiques ; c'est que vous daigniez employer un soin miséricordieux à relever ceux qui sont tombés d'une manière si déplorable -, c'est enfin que vous rétablissiez dans son premier état la liberté de l'Église d'Alexandrie , et que vous y fassiez élire un prélat qui garde les ordonnances du concile de Chalcédoine , qui se conforme aux règles de l'Évangile , et qui soit en état de mettre la paix dans un troupeau agite par tant de troubles. Les évêques et les clercs , que le