CHAPITRE XVI
de l'unité universelle, ainsi Anatole aspirait à devenir un centre semblable pour l'Orient, afin de s'attribuer la même primauté que celle exercée par l'évèque de Rome dans l'Occident. L'Eglise, dans ce système, eût été, dès ce siècle, partagée en deux grandes fractions, et la catholicité eût été gouvernée par deux pasteurs suprêmes, les évèques de Rome et de Byzance. Anatole fut le promoteur actif du mouvement qui marchait à la réalisation de ce but. Mais il vint se briser contre ce rocher au pied duquel ont expiré tant de schismes et d'hérésies. Comme nous l'avons vu , saint Léon devina la pensée d'Anatole et les conséquences funestes qu'elle devait avoir pour l'Eglise. C'est pourquoi il mit tant de vigueur, de persévérance et même de sévérité pour couper le mal à sa racine. La mort d'Anatole mit fin à cette lutte , dans laquelle le génie et la prévoyance de saint Léon retardèrent de quatre siècles le triomphe du schisme qui étouffa en Orient toute la vitalité de la civilisation chrétienne. Anatole eut pour successeur Gennade , prêtre de Constantinople , qui tint le siège pendant treize ans et deux mois \ il se montra catholique plus sincère et évêque plus zélé pour la défense de la foi que son prédécesseur. La même année vit mourir aussi les patriarches d'Antioche et de Jérusalem. Leur mort ne produisit aucun changement, car ils avaient exercé pendant leur vie une influence peu considérable.
Pendant que les légats traitaient les affaires générales de l'Eglise auprès de l'empereur, saint Léon s'occupait de réparer les désordres produits par les Barbares, et de rétablir la discipline et l'ordre moral dans la société et l'Église d'Occident. Les fréquentes invasions des Barbares, le trouble qu'elles apportaient dans toutes les relations,
ne pouvaient manquer de désorganiser la vie religieuse et du clergé et du peuple. Les efforts du Pape, pendant les dernières années de sa vie, tendirent surtout à mettre un terme à ce déplorable état de choses, par plusieurs décrétâtes et ordonnances. La première occasion d'agir lui fut offerte par quelques abus qui existaient dans la haute Italie, et dont il fut averti par Âdéodat, diacre de l'Église romaine. Nicetas , évêque d'Aquilée, s'était adressé à ce clerc afin d'obtenir la décision du Pape sur certains cas douteux. Aquilée avait été, comme nous l'avons vu plus haut, prise après une vigoureuse défense, et saccagée par les Huns dans leur marche vers Rome. Les Barbares, selon leur coutume, emmenèrent en captivité tous les hommes en état de porter les armes et qui n'avaient pas été tués pendant le siège. Les femmes de ces hommes ayant renoncé à tout espoir de revoir jamais leurs époux, se remarièrent. Il arriva cependant que plusieurs de ces prisonniers, étant parvenus à briser leurs fers, retournèrent dans leur patrie et réclamèrent leurs femmes. Nicetas, à qui l'on demandait une décision dans des affaires de ce genre, pria le Pape de lui donner une règle de conduite. Saint Léon répondit par une décrétale du 21 mars 458, portant que les femmes qui avaient épousé un second mari dans la conviction que le premier était mort, ne devaient pas être blâmées , mais qu'elles devaient absolument renoncer au second si le premier revenait et la redemandait. Celles qui s'y refuseraient devaient être excommuniées. Le Pape établissait sa décision sur ces passages de l'Écriture sainte : A Deojungitur mulier viro , et Quod Deus junxity homo non separet. D'ailleurs , ajoutait-il, les lois civiles elles-mêmes ordonnaient de restituer, à relui qui revenait, ses terres et ses autres propriétés -, à combien